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Yémen : un cri d’alarme international

Le Yémen, 177e pays sur 189 dans le classement des états du monde par indice de développement humain, connaît une crise humanitaire sans précédent. Depuis 2014, une guerre civile opposant principalement le gouvernement de l’actuel président Abdrabbo Mansour Hadi et les rebelles chiites houthis ravage le pays.


Dans un rapport publié le 27 octobre 2020, l’ONU indique que « plus de 24 millions de personnes ont besoin d’une forme d’assistance humanitaire et de protection », soit près de 80 % de la population Yéménite. Considérant la situation du pays comme étant la « pire crise humanitaire au monde », elle alerte sur le niveau de malnutrition important chez les moins de 5 ans : « Le nombre d'enfants mal nourris pourrait atteindre 2,4 millions d'ici la fin de l’année ».

De nombreuses ONG dénoncent la situation inquiétante au Yémen. Selon l’organisation Armed Conflict Location and Event Data Project (ACLED), plus de 112 000 personnes ont perdu la vie à cause de la violence, dont plus de 12 600 civils tués dans des attaques ciblées. Les civils, très souvent les premières victimes des conflits sont forcées de fuir leur habitation pour se rendre dans des camps de réfugiés installés à travers tout le pays, risquant leur vie à chaque instant.

En 2018, Jean-François Corty, alors directeur des opérations internationales de Médecins du Monde annonçait que : « près de 50 % des centres de santé ont été détruits, soit de manière délibérée par des bombardements de la coalition, soit par d’autres acteurs du conflit », affectant ainsi d’avantage l’accès aux soins dans un pays déjà durement touché par le manque de structures et de personnels médicales.


Photographie d’un enfant souffrant de malnutrition, se faisant peser à l’hôpital de Hajjah au nord-ouest du Yémen ©AFP Essa Ahmed, 2018.

Un conflit impérissable

La guerre civile qui touche le pays depuis 2014 est la continuité de l’insurrection houthiste au Yémen comprenant la guerre de Saada déclenchée par les chiites houthis au nord-ouest du Yémen en 2004 après que les forces gouvernementales aient tué les principaux chefs houthistes dont leur leader Hussein Badreddine al-Houthi ainsi que l’actuelle guerre civile. De confession zaïdite, issue de l’Islam chiite, les Houthis représentent environ 40% de la population yéménite. S’ils sont aujourd’hui soutenus financièrement par l’Iran, le gouvernement d’Abdrabbo Mansour Hadi est lui soutenu par une coalition depuis 2015, dirigée par l’Arabie saoudite et regroupant neuf états arabes. Cette même coalition qui depuis 2015 a mis en place un blocus aérien, maritime et terrestre sur tout le pays, freinant considérablement les actions humanitaires sur place. Il est aussi l’une des origines d’une famine grandissante. Selon l’organisation Action contre la faim c’est « plus de 90 % » des denrées alimentaires du pays qui sont importées de l’étranger, or avec ce blocus les importations sont beaucoup moins fréquentes.



Un appel à la mobilisation internationale


Dans un communiqué de presse publié le 16 septembre 2020, dans le cadre de la 75e Assemblée générale des Nations unies débutée la veille, Action contre la faim et d’autres organisations, présentes au Yémen appellent à la mobilisation internationale. Ces associations ont notamment diffusé un appel aux deux parties qui s’affrontent à cesser les combats, d’une violence extrême. Elles les invitent notamment à : « Démontrer qu’elles donnent la priorité à la paix au Yémen, en appelant à une cessation immédiate des hostilités dans tout le pays ».

Elles dénoncent évidement la violence, que ça soit la violence des « frappes aériennes, [des] bombardements [ou des] combats terrestres ». « Les combats intenses […] mettent en danger la vie des civils, provoquant des déplacements massifs et privant les populations de l’accès aux services essentiels. Les infrastructures civiles continuent d’être ciblées par toutes les parties impliquées en toute impunité ». Dans cette déclaration, les organisations appellent aussi la communauté internationale à « exercer une pression concertée sur les parties belligérantes pour qu’elles cessent d’utiliser l’économie comme une arme et de restreindre l’accès aux biens et services essentiels ». Une aide financière est largement nécessaire aux associations humanitaires afin de venir en aide à la population, mais aussi d’installer une paix durable dans le pays. Si aujourd’hui de nombreux cris d’alerte sont lancés par les ONG, la crise au Yémen reste très peu médiatisée dans le monde, passant souvent au dernier plan de l’actualité, ou n'étant même pas traitée du tout.

Marine Bordiniok

©2020 par Les Berges De L'Info.