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  • Marion Deygas

Une arme de séduction ET de contestation ?

Publications des partisans du mouvement #VermelhoemBelem,

©Instagram


Au-delà de son versant charnel, le rouge à lèvres rouge est devenu un véritable symbole au pouvoir redoutable, en s’immisçant au cœur de mouvements sociaux.


De l’appartenance aux classes sociales les plus aisées au statut de prostituée, la perception du rouge à lèvres n’a cessé d’évoluer. Au début du XXe siècle, les femmes s’insurgent pour obtenir une meilleure représentation au sein de la société : c’est la fin des corsets pour laisser place aux soutiens gorges et l’affirmation des attributs féminins pour séduire. C’est dans cette lignée que le rouge à lèvres apparaitra comme un symbole de rébellion.



Des suffragettes aux lèvres teintées de rouge


1912, des milliers de « suffragettes » défilent dans les rues de New-York afin de faire entendre leurs voix. Sur leur passage se trouve le salon d’Elizabeth Arden, fondatrice de la marque de cosmétique du même nom. Profondément engagée dans la lutte pour les droits des femmes, elle se mêlera à cette marche pour l’égalité en distribuant d’innombrables bâtons de rouge à lèvres aux manifestantes. Perçu comme un « signe de rébellion et de libération » selon Courrier International, ce nouveau symbole sera rapidement adopté par l’intégralité du mouvement des suffragettes et par la même occasion, il deviendra l’emblème de l’émancipation féminine.



#SoyPicoRojo : un bâton pour s’opposer à la politique du Nicaragua

Face à la montée en puissance des actions répressives de son Président, Daniel Ortega, l’opposition de ce petit pays d’Amérique Centrale ne s’est pas laissée abattre. Le 14 octobre 2018, une centaine de manifestants se rassemblent sur le parking d’un centre commercial de la capitale Managua. Ce mouvement contestataire donnera lieu à de multiples arrestations. Parmi elles, une femme : Marlen Chow, journaliste et militante féministe. Lors de son interrogatoire de police, elle arbore un rouge à lèvres rouge vif qu’elle transmettra ensuite à ses codétenues. « Je fais partie de l’association des becs rouges », dira-t-elle ironiquement aux policiers. Ce geste, anodin au premier abord, va générer un déferlement de réactions sur les réseaux sociaux. Homme ou femme, ils sont des milliers à se rallier à cette cause en publiant des photographies d’eux-mêmes avec les lèvres peintes en rouge. Le mouvement de résistance « #SoyPicoRojo » a vu le jour.



#VermelhoemBelem : quand le Portugal s’unit contre le sexisme

A l’aube des élections le 24 janvier dernier, un coup de tonnerre a semé le trouble dans la course à la présidentielle portugaise. Le 13 janvier, lors d’un rassemblement politique, le candidat du parti d’extrême droite Chega, Andre Ventura a commenté la tenue et l’attitude de sa concurrente du Bloc de gauche, Marisa Matias. Des moqueries concernant son « image » et ses « performances » suivies de critiques sur son physique : « avec son rouge à lèvres… comme si c’était une poupée » n’ont cessé de raviver la colère dans les yeux de l’opposition déjà bien présente face à la montée de l’extrême droite. Ces propos jugés sexistes n’ont ainsi pas manqué de faire réagir une grande partie de la population via les réseaux sociaux.


Des dizaines de milliers de portugais se sont affichés avec du rouge à lèvres de couleur rouge sous le hashtag « #VermelhoemBelem ». Littéralement, « Rouge à Belém », en référence au quartier de Belém à Lisbonne où réside le Président de la République.


De son côté, Marisa Matias, n’a pas manqué d’adresser une réponse à son opposant lors d’un autre meeting. « Les femmes ne sont pas des poupées » a-t-elle scandé, avant d’ajouter « cet homme qui insulte les femmes a appris ces jours-ci que la solidarité surmonte la peur ». En l’espace de quelques jours, le mouvement baptisé « VermelhoemBelem » est monté en puissance de manière fulgurante.

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