ICJ23791418 Un double message derrière Les Misérables
  • Ewen Gavet

Un double message derrière Les Misérables

Dans la tête de tous, Les Misérables est un roman de Victor Hugo. Mais aujourd’hui, c’est un film prix du jury au festival de Cannes 2019 qui décrit la réalité d’une France pauvre.


Ladj Ly oppose deux forces dans Les Misérables : la police face aux habitants de la cité de Montfermeil. © Le Monde

Victor Hugo ne se retournera pas dans sa tombe. Malgré ses tendances racistes, il aurait approuvé sans doute le film du même nom que son roman paru en 1862, réalisé par une personne noire, qui a vécu lui-même dans ces conditions quand il était plus jeune : Ladj Ly. Ce film qui tire bien son nom puisqu’il montre les difficultés, financières d’un côté de gens principalement immigrés, puis de l’autre côté la difficulté de la BAC (Brigade Anti-Criminalité ou dans le film "Brigade Anti-Cam) à répondre aux frustrations de ces habitants de quartiers défavorisés.

Un double message est envoyé : le premier aux politiques pour qu’ils répondent à la précarité dans les cités de France ; le second, subliminal, pour ceux qui critiquent la police, comme Yann Moix : « la peur au ventre, vous n’avez pas les couilles d’aller dans des endroits dangereux » répondait-il à un policier en septembre 2018.


L’intelligence du réalisateur Ladj Ly a aussi été de faire participer beaucoup acteurs amateurs, et nombre de figurants, dont il donne les noms avant que l’on sorte de la salle obscure, encore scotchés à notre fauteuil, « bouleversé » comme dirait le président de la République, par les 1h44 du film. Certains ont été repérés dans des courts-métrages, et plus précisément des clips de rap du groupe de Corbeil-Essonne et sa cité des Tarterets, PNL : « Naha - Part.1 » qui se finit par « Jusqu’au Dernier Gramme - part.4 » pour Omar Soumaré en passant par « Onizuka - Part.2 » où Lucas Omiri joue. Ces mêmes clips qui racontent la vie d'une cité en 8 à 30 minutes pour le plus long.


Techniquement, les plans très larges lors de la course poursuite sur le toit ou les plans en plongée sur le marché et la cité sont très beaux. Tandis que nous sommes totalement immergés, la peur et le stress montent en nous dans la dernière scène où la caméra laisse s’exprimer les nombreux jeunes acteurs qui prennent toute la place dans la cage d'escalier.


C’est un film plein de violences, qu’elles soient physiques ou verbales mais qui montre la réalité. Ceux qui cherchent à recadrer les jeunes sont peu présents et c’est encore le cas dans leur vie, qui n’est pas une fiction. Tellement inspiré de la vie réelle que cela pourrait être un documentaire si « l’affaire du lion » et la famille Lopez, qui apporte une touche d’humour ou au moins qui rappelle que ce film est une fiction, est coupée au montage.


Ewen Gavet

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