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  • Arsène Gay

Sport extrême : l'histoire d'un enfant qui n'aimait pas son nom

Mis à jour : oct. 9

Alors que leur popularité ne cesse de grandir depuis des décennies, les "sports extrêmes" sont aujourd’hui reconnus en tant que disciplines incontournables mais paradoxalement assez inconnus pour leur histoire. Retour sur les origines d’une appellation récente et en (quasi) perpétuelle évolution.


Qui n’a jamais entendu parler du VTT ? Du rafting ? Du snowboard ? De l’escalade ? De la Formule 1 ? Absolument personne. Plus fort encore ! Nous savons tous que ces sports n’ont rien à voir entre-eux dans leur pratique intrinsèque, et pourtant nous leur trouvons tous immédiatement un point commun : pour nous, ce sont des "sports extrêmes". Mais alors pourquoi arrivons-nous à trouver un point commun entre le fait de descendre sportivement des cours d’eau coupés de rapides en "raft" (radeau pneumatique) et celui de réaliser l’ascension d’une paroi rocheuse pour en atteindre le sommet ? Et bien cela s’explique par le caractère "dangereux" que peuvent avoir ces deux disciplines. Mais tout cela est bien trop précipité, revenons d’abord aux origines de cette notion.


« Il y a seulement trois sports : la tauromachie, la course automobile et l'alpinisme ; tous les autres ne sont rien que des jeux d'enfants. » Cette phrase, bien que très réductrice et simpliste, est considérée comme la première évocation de ce que serait un "sport extrême". Elle est l’œuvre de Ernest Hemingway, un romancier américain, et daterait seulement des années 1950, ce qui est relativement récent. Pourquoi "récent" ? Et bien car les sports considérés comme extrêmes ou violents sont apparus bien avant 1950. Au 15ème siècle par exemple, le surf était déjà considéré comme une pratique courante sur les îles Hawaiiennes. De plus, on ne saurait dater précisément la naissance de l’alpinisme, tant la probabilité que nos ancêtres préhistoriques s’aventuraient déjà sur des sommets montagneux est élevée. Bref, la liste est trop longue pour continuer à s’attarder dessus mais la grande majorité des sports extrêmes sont apparus bien avant ce fameux milieu du XXème siècle.



Sports extrêmes : évolution extrême


Depuis cette époque, le terme de "sport extrême" a énormément évolué. À ses débuts, ce néologisme était réservé aux sports qui le "méritaient" vraiment. Dans les années 70-80, la règle est simple : pour être un sport extrême, il faut que la discipline pratiquée présente un risque mortel en cas d’erreur. C’est cru, mais ça a le mérite d’être clair. Par conséquent, la liste de sports associés à cette appellation est forcément beaucoup moins longue qu’aujourd’hui, le BMX (inventé outre-Atlantique au début des années 70) par exemple, n’est pas encore considéré comme tel et il est loin d’être le seul.


Ce sont dans les années 90 que des premiers changements de mentalités vont apparaître. Désormais, l’auto-proclamation en tant que sport "extrême" est plus courante, dans le but de valoriser la discipline. Tout cela va commencer à déranger les "puristes" des sports extrêmes, dérangés que l'on puisse si facilement se comparer à eux. L’anthropologue David Le Breton publie en 1991 Passions du risque, une œuvre au titre révélateur. En effet, déjà, les sports extrêmes commencent à faire rêver. L’exposition à des sensations fortes, les risques importants et la mise à l’épreuve du courage sont des caractéristiques qui retiennent l’attention des spectateurs et attirent de nouveaux pratiquants. Le sport extrême se diversifie, s’ouvre au monde et les années 2000 ne vont faire que confirmer cette tendance.

Depuis 20 ans, la définition de "sport extrême" s’est encore assouplie, et toujours dans le but de fédérer de plus en plus. Les disciplines reconnues comme "extrêmes" deviennent aussi celles qui offrent "simplement" une forte poussée d’adrénaline ou des variations de disciplines traditionnelles mais dans une pratique plus dure, complexe et dangereuse. Encore plus qu'avant, cela dérange dans le monde des sports extrêmes plus anciens, et même dans les rangs de ceux arrivés dans la décennie précédente ! Mais cela fait aussi le bonheur de ceux qui peuvent désormais se vanter de pratiquer l'un de ces sports. En 2003, Robert E. Rinehort et Synthia Sydnor publient To the Extreme: Alternative Sports, Inside and Out, un ouvrage de 25 chapitres qui va aider au développement et à la banalisation de l’emploi du terme de "sport extrême" qui devient de plus en plus populaire et récurrent. En parallèle de cela, la liste de ces sports considérés comme extrêmes ne fait donc que s’agrandir. Là où Ernest Hemingway en citait seulement trois dans les années 1950, Joe Tomlinson va en proposer plus de 40 dans son livre In Search of the Ultimate Thrill publié en 2004. Dans cet ouvrage, il présente ces sports avec une classification réalisée en fonction du milieu où ils sont exercés : les sports aériens, les sports terrestres et les sports aquatiques.


Définir l’extrême


Cependant, malgré tous les efforts réalisés afin de recenser les sports extrêmes entre-eux, il reste aujourd’hui encore très difficile de donner une définition claire de ce qu’est un "sport extrême". Cela s’explique très simplement par le fait qu'il s'agisse de sports parfois totalement différents et pourtant regroupés sous cette même étiquette. Le terme "extrême" lui-même est remis en question et ce pour 2 raisons :

           - Il ramènerait le sport à la pratique d’une discipline sous la menace du danger, or la sécurité des sportifs pendant les compétitions est la première chose mise en avant. Pour contrer ce point, certains diront que des accidents peuvent malgré tout toujours arriver et que, hors-compétition, cette sécurité n’est plus aussi assurée.

           - "L’extrême" devrait aussi se rapporter à la difficulté de l’épreuve, cette dernière étant également remise en cause lorsque l’on voit parfois le nombre d’inscrits à certaines compétitions qui semblent trop accessibles.


Néanmoins, certains arrivent quand même à recentrer un peu la définition de ce que serait un sport extrême selon les caractéristiques de ces derniers et notamment d’une : le jeu avec la gravité. Mais, malgré tout, cela reste trop vague et la liste des caractéristiques ne fait que s’allonger (milieux hostiles ou incertains, vitesse élevée, mise à l’épreuve de l’endurance ou de la volonté, opposition violente (duelle ou collective), etc…)

Il semblerait alors que la seule manière de définir les sports extrêmes passe par l’énumération. Soit par celle de caractéristiques comme écrit ci-dessus, soit par celle des sports en eux-mêmes comme ont pu le faire Mathilde Baës, Gaëlle Brohan et Manon Barré dans leur article reprenant la liste des sports proposés par Joe Tomlinson en la complétant. Toujours est-il que même si faire une liste de 70 sports semble être la meilleure manière de contenter tout le monde, cela n’est en réalité pas le cas.


C’est la subjectivité qui permet de définir ce qu’est un sport extrême, chacun voit les choses d’une manière différente et un sport qui sera extrême pour l’un ne le sera pas forcément pour l’autre et inversement.


Un coup de vieux


C’est pourquoi l’appellation "sport extrême" est aujourd’hui remise en cause. Son caractère trop vague, et laissant trop de place à la subjectivité est problématique car cette notion est déjà bien ancrée dans les esprits. Le développement des nouvelles technologies a permis aux sports extrêmes de pouvoir être vus par beaucoup plus de monde. Leur popularité est chaque année plus grandissante et ces sports, aussi appelés "adolescents" (Loret, 2002), attirent toujours plus de jeunes chaque année. Aujourd’hui, on ne compte plus les grands noms de la Formule 1 connus par le grand public, ni les exploits de BMX, VTT, snowboard, surf, ski extrême et autres retrouvables sur Internet. Et si chaque exploit dans ces disciplines est unique en son genre, ils sont victimes de la notion de "sport extrême" car plus personnes ne fait la différence entre certaines pratiques qui sont pourtant bien distinctes.


Il faut donc immédiatement remédier à cela puisque nous en sommes arrivés à parler de l'archaïsme d'un néologisme. Et oui, malgré la relative jeunesse de cette expression, elle appartient d’ores et déjà à une autre époque car les sports extrêmes ne sont plus ce qu'ils étaient. Alors que faire ? Changer l'appellation en elle-même ou simplement la redéfinir afin de diminuer le nombre de sports pouvant y prétendre ? Impossible de répondre à cette question en l'état actuel des choses mais il faut se préparer au fait que cela puisse changer à l'avenir et que certains ne seront pas en accord avec ce qu'il adviendra.


Arsène Gay

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