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  • lauraguigue73

SOS étudiants en détresse

Mardi 24 novembre, Emmanuel Macron annonçait la fermeture des établissements d'enseignement supérieur jusqu'au mois de janvier. Ce deuxième confinement a eu de lourdes conséquences entraînant une augmentation de la fragilité étudiante ainsi qu’une augmentation du décrochage scolaire.


Le flottement des silences ou l'enivrante odeur des petits plats de maman, lors du confinement, la réalité n'est pas la même pour tous. En appartement, seul ou chez ses parents, la cadence des études post bac ne diminue pas. Des étudiants en fragilité qui doivent tout faire pour éviter les laissés aller pour maintenir un niveau d'étude et des connaissances identiques aux autres années sans devenir une génération « facilement diplômée ».


En 2010, l’Observatoire national de la vie étudiante (OVE) publiait une “Enquête sur les conditions de vie des étudiants”, en France. 27% des étudiants interrogés déclaraient ne pas être en bonne santé psychologique et 35% se disaient déprimés. Huit ans plus tard, avec l’épidémie de Covid-19 et les différents confinements, la fragilité étudiante n’a pas régressé et les résultats sont toujours d’actualité.



Crédits photo: g-stockstudio De : article Figaro Étudiant "Décrochage scolaire : «C’est à partir du lycée que le phénomène prend de l’ampleur» publié le 14/11/2016 .


Léa, 20 ans, en première année de droit à l'université de Chambéry explique avoir de « mauvaises bases pour l'année prochaine ». Elle a peur que cela lui porte préjudice pour la suite de ses études. En Droit, il y a une forte charge de travail. La correction de copie tout comme les cours se déroulent à distance, cela reste très compliqué d'autant plus que les remarques sont trop générales et non personnelles.

Dans un cours ordinaire en présentiel, le professeur explique avec plus de détails alors que pendant les visioconférences, « on se sent laissé dans notre coin, c'est toujours à nous de solliciter les enseignants. » Entre les mails non reçus, non compris et les espaces de dépôts de devoirs introuvables, il est difficile de ne pas être anxieux, « On ne trouve pas les zones de dépôts pour les devoirs donc on se retrouve avec des travaux non-rendus ». Si cette étudiante arrive à dissocier études à la maison et vie privée, ce n'est pas le cas de tout le monde. Dans les études supérieures, l'autonomie est de rigueur mais "on ne nous sollicite pas assez pour travailler". Des rendus peu réguliers de travaux qui empêchent les étudiants d'évaluer leur niveau dans toutes les matières, parfois nouvelles.


« À 24H des partiels je suis un peu dans le flou »


Seulement deux retours de notes en présentiel, des corrections à distance ou des notes encore en attente, « On ne sait pas à quoi s'en tenir » confie Léa. Dans sa filière, en Droit, les emplois du temps n'ont pas été aménagés en raison de nombreuses heures de temps libre déjà mises à leur disposition. L'utilisation des samedis matin a été nécessaire pour permettre aux professeurs de dispenser des cours à 12 groupes de 30 à 40 personnes.

Son établissement, tout comme d'autres, a mis en place une aide psychologique et médicale pour prendre en charge les élèves comme nous explique Léa, qui reçoit des messages de prévention venant de son université. Cela s’explique par des cours à distance qui génèrent beaucoup de stress chez les étudiants “si nous ne rendons pas des devoirs nous sommes considérés comme défaillants”. En tant que déléguée, Léa constate que certains élèves ont des difficultés auxquelles s'ajoute une mauvaise organisation. En terme de décrochage scolaire, il est vrai que "les cours à distance n'ont pas aidé" surtout qu’aucun cours en présentiel n'a eu lieu depuis le début du deuxième confinement.


« Il n'y a pas de notes facile »


Ce serait une erreur de penser que les diplômes en 2020 ont été “donné”'. À la suite du premier confinement, certaines personnes criaient déjà au scandale lors de l'obtention des bacs au contrôle continu. "Les études de Droit sont très sélectives à la fin de la 3ème année et nous aurons le temps de faire nos preuves en master" défend Léa, "J'ai peur que le diplôme ait moins de valeur car il n'a pas été effectué en présentiel." Des étudiants qui partent "clairement avec un désavantage" par rapport aux autres”. Eliott.G, 18 ans, étudiant à l'institution Notre Dame des Minimes en prépa économique et commerciale témoigne : "Nous avons bien un suivi qui est fait, mais il concerne plus nos résultats que notre moral". Cette année, il n'a eu aucune modification de son emploi du temps "Cela n'a rien changé pour moi". Pourtant, il sent qu'il a pris du retard l'année dernière, au lycée, en raison de à la première vague Covid-19, qu’il risque d’avoir du mal à rattraper. "En cours, nous sommes tous ensemble à longueur de journée et nous ne pouvons plus voir nos amis ce qui crée rapidement de forts liens". Par chance, la journée d'intégration a pu se dérouler en début d'année, lorsque le confinement n'était pas encore en place, mais cela n'a pas été le cas de tous les étudiants.


Cela peut s’avérer problématique notamment pour les premières année qui se retrouvent sans réseau car ils viennent juste de quitter le lycée, et n’ont pas encore eu l’occasion de tisser de nouveaux liens amicaux. À la rentrée, avec seulement 15 jours de cours en présentiel, ils n'ont pas eu le temps de construire un nouveau réseau confirme Laurent Gerbaud, médecin directeur du pôle santé universitaire de Clermont Auvergne (UCA). "Professeur de santé publique, je ne comprends pas ce discours très négatif sur les étudiants responsables de la deuxième vague". Pourtant, les chiffres sur la propagation du virus n'appuient pas cette théorie. Un isolement, des discours et des lieux d'enseignements fermés, les tribus de la deuxième vague sont lourds pour des étudiants de plus en plus anxieux. "Il faut savoir que les fêtes ne représentent que 15 % de la contamination, 40 % c'est fait au sein de la famille." Une augmentation de la demande de prise en charge s'est fait sentir depuis le début du deuxième confinement. Lors du premier confinement, la plateforme a reçu 36 % d'appels en plus. En janvier et février, les résultats des partiels risquent de se répercuter sur le nombre d'appels. Actuellement, le service à absorbé la vague de demande, mais au mois de novembre la liste d'attente a dépassé les 80 étudiants passant de 2 à 11 demandes par jour. C'est en moyenne 420 demandes par mois.


La fragilité de ses étudiants repose sur différentes raisons : la perte de leur travail ou de celui des parents qui engendre souvent des problèmes économiques, isolement, des problèmes familiaux, l'égarement de fin d'étude, mais aussi les questions d'orientation sexuelle. « On peut être isolé même en vivant en cité étudiante ». En cette période, SOS amitié, SOS phénix suicide ou Nightline, sont eux aussi très sollicité. « 84 % des services de santé universitaire en France organisent des consultations ».



Crédit photo : site - Nightline.


“Nous avons eu peu de décrochage” affirme Mr Samuel Cuisinier-Delorme, responsable du département Information Communication Journalisme de l’IUT de Vichy. “Le décrochage dépend aussi des professeurs et des élèves”. Les cours à distance favorisent le décrochage avec le temps “mais nous faisons au mieux pour suivre les élèves”. Avec l’envoi de nombreux mail d’information, la mise en place de réunions en petit groupe ou individuelle, Samuel fait de son mieux pour limiter les problèmes liés au distanciel, “Nous essayons d’avoir un suivi assez régulier”. Il est dur de donner du sens à tout cela sans les interactions qui manquent cruellement surtout dans une formation comme celle qu’il dirige. Heureusement, avec l’obtention d’une dérogation d’une semaine, les étudiants de 1ère année ont pu revenir pour quatre jours en présentiel “un moment qui permet de redonner de l’énergie”.


10 décembre 2020. Samuel Cuisinier-Delorme

Par Laura GUIGUE. Lieu : IUT Vichy, pôle Lardy


Dans ce contexte imprévisible les établissements d'enseignements supérieurs et les étudiants font au mieux pour sortir la tête de l’eau ou en tout cas ne pas se retrouver immergé. Si la peur est présente et le futur inquiète, ces nouvelles générations font de leurs mieux pour avancer, accompagnées par un système qui tente de les épauler.


Laura Guigue


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