ICJ23791418 Sonita Alizadeh : le rap au service des droits des femmes
  • Coline Cornuot

Sonita Alizadeh : le rap au service des droits des femmes

Mis à jour : févr. 22

En chantant sa révolte, Sonita Alizadeh brave de nombreux interdits et tabous. En 2014, elle poste sur YouTube son premier clip : “Brides for Sale”. Dans celui-ci, qui comptabilise actuellement plus d’un million de vues, elle dénonce ce qui est une tradition dans son pays : la vente des filles, élevant alors la voix contre des siècles de tradition.


Sonita Alizadeh se produit au sommet de l'association Women of the World en 2016 © Michel Friberg

Un code barre sur le front, des marques de coups parsemant son visage couvert d’un voile de mariée et un regard déterminé : ainsi commence l’ascension médiatique de la jeune Sonita Alizadeh. La jeune fille d’origine afghane a seulement 18 ans lorsqu’elle tourne le clip de “Brides for Sale”, un texte tranchant et bouleversant. Ayant échappé au mariage forcé à deux reprises, dont l’une dès l’âge de 9 ans, elle a fait de la lutte contre le mariage forcé et la domination patriarcale un enjeu central de ses textes.



“Laissez-moi crier, je suis fatiguée d’être silencieuse”


Dans une région où les filles ne sont que des objets qu’il convient de marier dès que possible à des hommes souvent beaucoup plus vieux qu’elles, la jeune Sonita, dont le nom signifie “hirondelle”, ne rêve que d’une chose : rapper.  Activité interdite aux femmes en Iran, pays où elle a trouvé refuge pour échapper aux talibans et dans lequel, comme en Afghanistan, les femmes sont réduites au silence, contraintes d’accepter le sort qui leur est réservé. C’est dans un camp d’enfants réfugiés qu’elle découvre le rap, un style qui fait écho à sa colère et à ses revendications. Elle commence alors à écrire et à chanter et, malgré le danger encouru, réussi à convaincre un producteur d’enregistrer sa bande démo.


"Laissez-moi murmurer ces mots. Personne ne doit m'entendre parler des filles que l'on vend. Ma voix ne doit pas être entendue, car elle est contre la charia. Les femmes doivent se taire. C'est une tradition chez nous.", martèle l’artiste, d’une voix basse mais déterminée à se faire entendre.



“Et toi, tu coûtes combien ?”


9 000 $. Voilà ce que lui réservait l’avenir : un mariage forcé pour que son frère puisse lui-même s’acheter une femme. Mais Sonita est déjà la protagoniste du documentaire éponyme que la réalisatrice iranienne Rokhsareh Ghaemmaghami est en train de tourner. L’équipe de cette dernière, qui ne peut se résoudre à abandonner la jeune femme, offre 2000 $ à sa famille pour obtenir un sursis de 6 mois et l’aide à tourner un clip pour son texte “Brides for Sale”.


À la sortie du clip sur YouTube, le retentissement est considérable, la vidéo devient virale. La jeune fille est alors contactée par l’association Strongheart, qui lui propose une bourse d’études aux États-Unis. Celle-ci s’enfuie alors sur le continent américain, sans en parler à sa famille, pour étudier la musique.


Aujourd’hui, Sonita s’est imposée sur la scène internationale comme la principale porte-parole des opposants au mariage forcé et de “toutes ces filles qui ne peuvent pas partager leurs sentiments et leurs histoires”. Invitée au sommet annuel de l’association Women in the World en 2015, elle partage sur scène son expérience et le pouvoir qui réside dans ses mots.  Elle a ainsi écrit plusieurs autres textes, dont une collaboration avec le chanteur japonais Miyavi, “Long Nights”, qui prend position sur les camps de réfugiés au Liban. Sonita, loin de s’arrêter à quelques vers, continue son combat pour une justice sociale mondiale, brandissant sa voix et sa volonté comme des armes.


Coline Cornuot

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