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Scandale du chlordécone : les Antillais réclament justice


Des milliers de Martiniquais se sont mobilisés samedi 27 février à Fort-de-France. Les Antillais protestent contre une possible prescription dans l’affaire du chlordécone. Les manifestants disent non à l’impunité.



Le 27 février 2021, 15000 manifestants selon les organisateurs et 5000 selon la police marchaient dans les rues de Fort-de-France. © LIONEL CHAMOISEAU / AFP


Associations, partis politiques ou encore syndicats appelaient à la manifestation le 27 février contre un possible non-lieu dans l’affaire du chlordécone. Les Martiniquais se sont massivement mobilisés pour réclamer justice. « Pa pou ni preskripsyon ! Jijé yo ! Kondané yo ! » (Il ne doit pas y avoir prescription ! Jugez-les ! Condamnez-les !) scandaient certains, ou encore « Matinik lévé » (Martinique, lève-toi !). La colère ne faiblit pas dans les Antilles face à l'impunité.


Les origines


Un regroupement d’associations antillaises déposait plainte contre X en 2006, pour mise en danger de la vie d’autrui et empoisonnement au chlordécone. Le jeudi 21 janvier, les plaignants sont auditionnés en visioconférence par deux juges d’instructions du tribunal de grande instance de Paris. La finalité de l’audition n’est pas concluante. L’affaire du chlordécone pourrait faire l’objet d’un non-lieu, du fait du délai de prescription et de la disparition de preuves.


Santé et biodiversité en danger

Le charançon ©CIRAD

Le chlordécone est un insecticide utilisé de 1972 à 1993 pour sauver les bananeraies de Martinique et de Guadeloupe des charançons. Ce pesticide est responsable de la pollution des sols Antillais pour plusieurs siècles et par extension des rivières, de la mer, des animaux et des aliments consommés. 95 % des Guadeloupéens et 92 % des Martiniquais sont contaminés au chlordécone selon Santé Publique France.


Plusieurs études scientifiques, dont celles de l’Inserm, admettent une présomption forte d’un lien de causalité entre l’exposition au chlordécone et le risque de survenue du cancer de la prostate. Les Antilles détiennent le record mondial de cancer de la prostate. La Martinique compte 227 nouveaux cas chaque année pour 100 000 hommes. Le chlordécone aurait aussi des effets néfastes sur le développement cognitif et moteur du nourrisson. Dès 1979, l’OMS le classait cancérigène possible.

Sa dangerosité avait conduit à son bannissement des Etats-Unis en 1977. L’usine Hopewell en Virginie, ferme ses portes à la suite d’une contamination de ses ouvriers au chlordécone en 1975. En charge de la production du pesticide, les travailleurs au contact du produit ont subi des troubles neurologiques et testiculaires. En France l’interdiction du chlordécone n’arrive qu’en 1990. Deux dérogations consécutives des ministres de l’agriculture de l’époque ont permis son utilisation jusqu’en 1993.


L’or des Antilles


La banane est essentielle pour l’économie de la Guadeloupe et de la Martinique. Cette filiale produit 270 000 tonnes de bananes dont 70% sont commercialisées en France et 30% à l’export selon l’Union des Groupements de Producteurs de Bananes de Guadeloupe et Martinique (UGPBAN).


L’Etat en cause


En septembre 2018, le président Emmanuel Macron prenait position sur la responsabilité de l’Etat dans l’affaire du chlordécone lors d’une visite en Martinique : « L’Etat doit prendre sa part de responsabilité dans cette pollution et doit avancer dans le chemin de la réparation et des projets ». Trois ans plus tard, le 24 février 2021, le gouvernement annonce la mise en place d’un plan d’action de 2021 à 2027, contre la pollution provoquée par le chlordécone. Avec un budget de 92 millions d’euros, ce quatrième plan de prévention a pour objectif de réduire l’exposition des populations antillaises à ce pesticide.


L’utilisation du chlordécone pendant plus de vingt est un scandale que les antillais ne comptent pas laisser passer. Leur sol et leur santé ont été mis en danger par des décisions du gouvernement. Les associations antillaises se disent prêtent à amener l’affaire devant la Cour européenne si nécessaire.


Galane Maréchal


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