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Sénégal : des scènes de violences dignes de guérillas urbaines

A la suite de l’arrestation du député Ousmane Sonko, également chef du parti Pastef (Patriotes du Sénégal pour le Travail, l’Ethique et la Fraternité), des tensions, jamais vues depuis des années, ont éclaté au Sénégal, habituellement connu pour sa stabilité.


Des manifestants face aux gendarmes, dans le quartier de Colobane, à Dakar, le 5 mars 2021. ©SEYLLOU / AFP


Principal opposant politique du pouvoir, Ousmane Sonko est accusé de viols et de menace de mort par une employée d’un salon de massage. Il dénonce un « complot » orchestré par l'actuel président sénégalais, Macky Sall, dans l’optique de l’évincer des élections présidentielles de 2024.



Un fait divers qui se transforme en lutte politique.


Dès le 8 février 2021, de nombreux jeunes sénégalais sont sortis dans la rue pour manifester leur soutien au député, alors que celui-ci était convoqué à la gendarmerie nationale. Les manifestations s'étaient alors déjà transformées en violents affrontements avec la police.


Mais c’est ce mercredi 3 mars, que le mouvement s’est amplifié. Arrêté pour « troubles à l'ordre public », le chef du parti Pastef était accompagné de sympathisants pour se rendre au tribunal, où il devait répondre de ces accusations. Ses partisans, principalement des jeunes issus de la ville, se sont mobilisés pour réclamer sa libération.

Mais face à eux, les forces de l’ordre se sont montrés très répressives, ce qui a enclenché de nombreuses scènes de violences dans plusieurs villes du pays.


Entre deux grenades de gaz lacrymogènes, ce sont des magasins qui sont pillés et saccagés, des pneus et voitures qui sont brûlés et des autoroutes bloquées. Le ministre de l’Intérieur, Antoine Félix Abdoulaye Diome, a même qualifié ces actes « de nature terroristes ».

A l’heure actuelle, on compte officiellement 4 morts lors de ces émeutes.


Voiture incendiée à Dakar, vendredi. ©JOHN WESSELS/AFP

Pourquoi un tel soulèvement ?

Ousmane Sonko n’est pas juste un concurrent politique lambda, il représente la seule et dernière opposition qu’il y a dans le pays. Et il a la capacité de fédérer un grand nombre de jeunes qui ne veulent plus du gouvernement actuel.


« Tous les adversaires politiques de Macky Sall ont été éliminés. Sonko est le seul espoir. S’il est arrêté, le Sénégal n’aura plus d’opposition », explique Ibrahima Dia, un jeune sympathisant, dans Le Monde.


La contestation s’est alors organisée vendredi 5 mars. Le collectif Mouvement de Défense de la Démocratie (M2D), composé de mouvements de la Société Civile et d’une coalition de partis politiques d’oppositions, a lancé un appel à manifester pour « défendre la démocratie », selon Le Monde.

Les protestations sont devenues encore plus violentes, ressemblant à de réelles guérilla urbaine entre forces de l’ordre et manifestants.

Des symboles du gouvernement ont même été attaqués pour montrer ce mécontentement. Des médias, comme Le Soleil, un quotidien gouvernemental, ou L’Obs et TFM, jugés proches du gouvernement, ont été saccagés. Tout comme RFM (Radio Futurs Médias) dont le PDG, Youssou N'Dour, est un ancien ministre et conseiller du président Macky Sall.


La devanture de la radio RFM après le passage des manifestants à Dakar, le 5 mars 2021. ©JOHN WESSELS / AFP

Mais c’est aussi le cas d’enseignes françaises, comme des stations Total, des boutiques Orange, ou encore des supermarchés Auchan, dont 24 magasins auraient été pillés et attaqués, selon la direction du groupe et FranceInfo. La France est en effet considérée comme un soutien notable du président Macky Sall et de son gouvernement. Par mesure de précaution, les écoles françaises et les agences d’Air France ont donc été fermées pour le moment.



Un mouvement qui va au-delà du partisanisme.


En réalité, ces évènements permettent à une partie de la population de dénoncer leurs conditions de vie et leur hostilité envers leur président. Un sentiment accentué par la crise sanitaire et économique, qui creuse d’avantage le fossé entre le pouvoir et la jeunesse du pays. Celle-ci exprime en fait sa colère et sa frustration vis-à-vis de la situation et du système politique actuel.


« On en a marre, le président Macky Sall doit se ressaisir et prendre soin du peuple. » scande Tony Boissy, un jeune manifestant, retranscris dans Le Monde.



Des réactions dans la communauté internationale.


Face à ces événements, l’ONU « appelle toutes les parties au Sénégal à éviter une escalade de la situation » selon le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres.

L’ONG Amnesty International, quant à elle, dénonce « des atteintes aux droits humains » et appelle les autorités à « cesser immédiatement les arrestations arbitraires d’opposants et d’activistes », ainsi qu'à « respecter la liberté de réunion pacifique et la liberté d’expression ».

La France, elle, ne s’est pour l’instant pas prononcée sur le sujet.



Des réactions médiatiques.


Alors que deux chaînes de télévisions sénégalaises ont été censurées pour apologie de la violence suite à la diffusion de ces émeutes, les réseaux sociaux se mobilisent pour répandre les événements à l’international. C'est notamment avec l'apparition du hashtag #FreeSénégal qu'ils ont gagné en visibilité. Certaines personnalités françaises, comme Omar Sy, ont même fait part de leur soutien.


Tweet d'Omar Sy sur la situation au Sénégal ©Twitter

Ces scènes de violences risquent malheureusement de se répéter dans les jours qui suivent. Le collectif M2D a appelé tous les sénégalais à descendre massivement dans les rues, à partir de ce lundi 8 mars. Il réclame en particulier la libération « de tous les prisonniers politiques détenus illégalement ».


Anaëlle Petot

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