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  • Kelman Marti

Romain Grosjean : une carrière en dents de scie

Mis à jour : 16 déc. 2020

Un crash et puis s’en va. C’est ainsi que se conclut la carrière du pilote de Formule 1, Romain Grosjean suite aux blessures de son terrible accident du 29 novembre dernier. Via son compte Twitter, le pilote aux 10 podiums a annoncé quitter la discipline alors qu’il devait courir son dernier Grand Prix demain, pour clôturer sa carrière.

Retour sur son épopée pleine de rebondissements.


Le franco-suisse débute sa carrière de pilote de Formule 1 en 2009 chez Renault, aux côtés du double champion du monde Fernando Alonso. Alors qu’il était dans la course aux titres en GP2 (catégorie inférieure à la F1), l’écurie française fait appel à ses services pour remplacer Nelson Piquet Junior, en milieu de championnat. Son histoire en F1 commence lors du Grand Prix d’Europe à Valence. Mais il n'inscrit aucun points et ses résultats sont mitigés. La F1 étant un monde cruel où les moindres erreurs se payent cash, il n'est pas reconduit pour la saison suivante.


Romain Grosjean lors de son 1er Grand Prix à Valence en 2009. © AP

Le natif de Genève reprend alors sa carrière en formule de promotion et gagne coup sur coup les championnats GP2 Asia Series et GP2 Series en 2011. Cette même année, il aura l’opportunité de dévoiler son potentiel à l’occasion de séances d’essais libres, les vendredis matin, toujours avec le Renault F1 Team.



Un retour convaincant


Au vu de ses bons résultats, il retrouve un baquet chez Lotus (Renault s'étant fait racheter par Lotus) en tant que pilote titulaire pour la saison 2012. Comme pour sa demi-saison, 3 ans auparavant, le français est aux côtés d’un champion du monde. Cette fois-ci, il s’agit de Kimi Räikkönen. Après deux premières courses compliquées, il marque enfin ses premiers points, en Chine. Sa carrière débute réellement. Le week-end suivant, à l’occasion du GP du Bahreïn, il décroche son premier podium, après une course solide où il n’aura jamais cédé à la pression.


Romain Grosjean (3ème en partant de la gauche) lors de son premier podium à l'occasion du Grand Prix du Bahreïn 2012. © Sutton Motorsport Images

Plus tard dans l’année, en Belgique, le pilote français est suspendu pour une course après avoir provoqué l’un des pires accidents de la décennie. Cet accident ne sera que l’un des premiers. Malgré cela, cette saison sera très formatrice pour lui.


La saison 2013 s’annonce encore meilleure que celle de 2012. Cela se confirme à Bahreïn, où il monte sur son premier podium de la saison. Le reste de l'année est plus ou moins bon, mais la fin est tout simplement splendide (4 podiums lors des 6 dernières courses). La victoire est même proche lors du GP du Japon. Partant 4e, il se retrouve en tête au premier virage et mène le début de la course avant de se faire doubler par les Red Bull.


Une période difficile


Alors que ses résultats s’amélioraient et qu’il se faisait une place parmi les meilleurs pilotes mondiaux, les années 2014 et 2015 sont plus compliquées pour lui. Sa monoplace est largement moins performante et fiable qu’en 2013. Romain Grosjean la qualifie d’être « imprévisible » et d’être « une mauvaise voiture » (Canal +). 2014 est sa pire saison jusqu’alors. Une véritable année noire, où il ne marque que 8 petits points en 19 courses.

2015 est légèrement mieux : il remonte sur le podium après deux ans d’attente, mais sa saison reste brouillonne dans son ensemble. Durant ces deux années, Grosjean coule lentement avec son écurie vers le fond du tableau.



Une lueur d’espoir nommé Haas


Romain Grosjean (à droite) et son coéquipier lors de la présentation de la première monoplace de Haas en 2016. © AFP

Heureusement pour lui, en 2016, il signe chez Haas (une nouvelle équipe), ce qui lui permet de continuer son histoire en F1. L'écurie se construit autour et grâce à lui et un climat de fraîcheur règne. Cette bonne ambiance se reflète sur ses résultats de débuts de saison, qui sont tout simplement flamboyants. Il finit 6e et 5e aux deux premières courses grâce à sa superbe Haas VF-16. Sur le moment, il dira « vivre le rêve américain ». Mais ce rêve sera de courte durée. Il marque seulement 11 points lors des 19 autres courses.



Un lynchage médiatique constant


La saison 2017 est plus régulière pour lui comme pour son écurie qui progresse toute l’année durant. Mais ses crashs, comme celui au Grand Prix de Russie, ternissent son image. Avant d’aborder la saison 2018, les regards sont tournés sur le Halo (système de protection protégeant la tête des pilotes en cas d’accident). Le pilote français continue sur sa lancée, avec des crashs toujours plus nombreux et plus évitables qu'avant. Exemple même des impardonnables erreurs qu’il commet : le carambolage de Barcelone. En tentant de récupérer sa voiture en plein tête à queue, Grosjean revient sur la piste et se fait heurter à toute vitesse par deux pilotes. La liste d’accidents est longue et remet en question la légitimée de Grosjean en Formule 1. Certains le qualifie alors « d’amateur » et disent « qu’il ne méritent pas sa place en Formule 1 ».

De plus, la malchance est de son côté. Quand ce n’est pas son écurie qui fait des erreurs, c’est la fiabilité de sa monoplace qui fait défaut. La spirale négative entamée en 2018 ne cessera pas jusqu’à aujourd’hui.

Ces moments difficiles, Grosjean commence à les connaître. Il est éprouvé mentalement par le lynchage médiatique qu’il subit, toutefois il se sait légitime et ne perd pas confiance. Cela s'aperçoit en Autriche, où il décroche une superbe 4e place.


Sa saison 2019 est marquée par les mêmes problèmes : crashs, malchance et inexpérience de son écurie. À cela s’ajoutent des tensions en piste avec son coéquipier Kevin Magnussen, ce qui n’arrange pas la crise en interne de son équipe. La voiture est mauvaise et le français se laisse emporter. En Belgique, il déclare « Quelle année de merde ! ».



Une triste fin


2020 est une année particulière dans le monde entier et cela a évidemment impacté la Formule 1. Son écurie, en difficulté financière, décide officiellement le 21 octobre de se séparer de lui. Une page se tourne pour le pilote français qui se savait sur la sellette, avant même cette annonce. Occulté par des résultats peu convaincants (qui s’expliquent par une monoplace catastrophique), Grosjean est différent cette année. Il est résigné et accepte les mauvaises performances de sa voiture. Il fait preuve de cynisme et se réjouit de chaque petit exploit. Avant sa dernière course au Bahreïn, dimanche 29 novembre dernier, il lui restait encore deux autres Grand Prix à disputer. Ce jour là, l’histoire en a voulu autrement et tout aurait pu s’arrêter pour lui dans les flammes de sa voiture, après un effroyable crash à 220 km/h.



Avec un impact calculé à 53 G, les dispositifs de sécurité des Formule 1 mis en place ses dernières années lui ont sauvé la vie. Le Halo en est l’une des pièces maîtresses, tout comme la cellule de survie, les combinaisons ignifugées ou encore le HANS system (qui protège du coup du lapin). Les commissaires de pistes et le médecin de la voiture médicale lui ont également été d’une aide précieuse. Malheureusement pour lui comme pour ses fans, il n’aura pas la chance de pouvoir participer aux dernières courses de la saison, à cause des brûlures à ses mains.



Une carrière avec des hauts et beaucoup de bas


Sa longue et périlleuse carrière s’achève ainsi, sur cet accident qui aurait pu lui prendre la vie. Bien que souvent critiqué pour ses erreurs de pilotages, le monde de la Formule 1 reste quand même fier du parcours de Romain Grosjean. Il aura eu ses plus belles années avec Lotus et aura réussi à faire le lien avec la jeune génération de pilotes français. Son arrivée chez Haas lui avait permis de continuer son histoire en F1, mais ses meilleurs jours étaient déjà derrière lui. Il était tout simplement talentueux et rapide lorsque sa voiture et lui ne faisaient qu’un. Aussi bien détesté par une partie des fans et de la presse qu’apprécié pour sa gentillesse et sa sympathie, il restera à jamais dans l’histoire de son sport avec ses 10 podiums.


Kelman MARTI

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