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  • Aubin Luquet

"Revenge Porn" : de Griveaux aux anonymes, un phénomène qui prend de l’ampleur


Benjamin Griveaux et les stars de téléréalité ont un point commun. Elles ont été victimes de "revenge porn". Un nouveau phénomène qui prend de l’ampleur avec la généralisation de la pratique des "nudes" et sextapes.


© Le Monde

Le 14 février à 9h, le candidat LREM à la mairie de Paris et ex-ministre Benjamin Griveaux renonçait à la course à la mairie de Paris. La raison ? La diffusion de vidéos intimes publiées par Piotr Pavlenski, un activiste russe. Cette affaire vient ajouter un nom inattendu à la liste des victimes de "revenge porn". En effet, il ne s’agit pas du tout du premier cas de célébrités touchées par de telles pratiques. Il est plutôt habituel de voir des stars de téléréalité touchées par ce phénomène, avec les exemples de Dita ou Barbara Opsomer dont les "sextapes" se sont retrouvées publiées sur le site pornographique Pornhub.



Pas uniquement un problème de star


Mais ce phénomène ne touche pas que les célébrités. Il se répand et touche de nombreux anonymes. Cela est notamment dû à une universalisation quasi-totale de la pratique des "nudes" chez les jeunes adultes et les adolescents. Il s’agit d’envoyer des photos ou vidéos sexuelles (comme des sextapes) à son/sa partenaire, ou tout simplement à d’autres personnes, comme un acte de séduction. Envoyées avec des messageries où elles sont "supprimées" après l’envoi, elles ne posent jamais de soucis la plupart du temps. Néanmoins, lorsqu’elles sont sauvegardées par le destinataire, elles deviennent un risque et une arme ou un moyen de pression pour celui qui les possède contre celui mis en scène dans la vidéo. Et c’est lorsque ces vidéos sont publiées aux yeux de tous notamment par les réseaux sociaux que commence un véritable enfer pour les victimes.


Car les "revenge porn" ne s’arrêtent pas au traumatisme de voir son intimité, sa vie privée étalée contre sa volonté. Souvent la publication s’accompagne de harcèlement moral pour la victime, de la part de ses camarades de lycées, de ses collègues de travail ou d’internautes via les réseaux sociaux. Ces jugements acerbes s’accompagnent aussi de harcèlement sexuel à base de « maintenant qu’on a vu on peut toucher ». En bref, les jeunes filles ou jeunes victimes de cela mettent souvent beaucoup de temps à s’en remettre, et il ne faut pas oublier les complications professionnelles engendrées par de telles publications.



Une prise d’ampleur


© Allociné

Cette importance grandissante du "revenge porn" s’inscrit dans une hausse globale de la violence sur le net comme en témoigne l’enquête menée par Microsoft en 2019 : 62 % des français interrogés annoncent avoir déjà vécu des cas de cyber-harcèlement soit une hausse de 10 points par rapport à 2018.


Le cinéma est souvent miroir d’une société et là encore l’importance prise par le "revenge porn" n’a pas échappé aux réalisateurs Gustave Kervern et Benoît Delépine dans leur film Effacer l’historique. Dans ce film, qui met en scène différents dangers d’internet, l’humoriste Blanche Gardin prend le rôle de Marie, une jeune femme victime de "revenge porn". Cette exposition cinématographique rend compte de la croissance de ce phénomène dans une société toujours plus tournée vers le numérique.



Des solutions légales


Malgré le préjudice subi, il est difficile pour les victimes de porter plainte. Le poids des jugements étant souvent un frein pour porter ce genre d’affaire en justice. Il faut néanmoins savoir que la loi française prend en compte cette pratique. La justice interdit la violation délibérée de la vie privée intime d'autrui depuis 2016. Pour être plus précis, l’amendement de loi anti-cybercriminalité stipule l'interdiction de la « transmission d'une image d'une personne qui est dans un lieu privé, sans le consentement de la personne concernée ». Dans l’article 226-2-1 du code pénal, il est précisé que si ces images sont à caractère sexuel les peines encourues sont de 2 ans de prison et de 60.000 euros d’amende.


Aubin Luquet

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