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Réguler pour tuer

Mis à jour : avr. 13

Dans une vidéo publiée le samedi 27 mars, l’activiste naturaliste, Pierre Rigaux met en lumière les pratiques douteuses de l'Amicale des chasseurs des Hautes Ventes, une association située dans la commune des Loges-Margueron, dans l’Aube.


Un sanglier pris pour cible par un chasseur ©FDC19

La chasse régule-t-elle réellement ? C'est une bataille sans merci, autour de cette question, que se livrent depuis plusieurs mois les anti-chasse et les chasseurs. Un dialogue de sourds entre ces deux côtés a lieu, dont les idées continuent de diviser. Mais c’est avec une nouvelle vidéo de Pierre Rigaux que le débat sur la régulation été relancé. Pendant plus de six minutes, l’activiste résume des mois d’enquête et d’infiltration dans l’association de l’Amicale des chasseurs des Hautes Ventes. « Grâce à un lanceur d’alerte », le militant a pu se procurer des vidéos qui relatent les faits passés dans le massif forestier de Rumilly-Chaource durant deux parties de chasses du 18 décembre 2020 et du 12 février 2021.



La fabrique des sangliers ? La vidéo dénonciatrice de Pierre Rigaux


Avec un air grave, Pierre Rigaux ne passe pas par quatre chemins. Sa vidéo, qui comptabilise 11 000 vues sur YouTube, s’attaque avec précision à un sujet délicat : la chasse. Pas de régulation pour lui, mais une incitation à la reproduction des sangliers pour tuer. Il explique que les sangliers sont nourris par les responsables de l’association. Selon lui : « des centaines de kilos de maïs sont stockés dans ces bâtiments, dans un silo agricole », le silo est régulièrement rempli, notamment avant la chasse. Sur une des vidéos, un 4x4 se déplace sur un chemin de terre en pleine forêt et distribue du maïs, ce « nourrissage a lieu toute l’année et en particulier la veille des jours de chasse, (…) en fin de journée, le 4x4 distribue les grains sur la piste… Quelques minutes après, les sangliers qui sont parfaitement habitués, viennent manger. » Des images qui vont à l’encontre d’un des principaux points de défense des chasseurs : la régulation. Les sangliers ne sont pas limités, mais favorisés. Des centaines d’animaux sauvages sont nourris par l’agrainage, les rendant alors dépendant d’une nourriture à profusion et à leur portée.


Cette pratique est pourtant autorisée dans l’Aube pour éviter que les sangliers n’aillent se nourrir dans les cultures et fassent des dégâts agricoles. La réglementation dans ce département limite l’apport de nourriture à 50 kilos de maïs par centaines d’hectares boisés et par semaine. Mais sur le terrain de l’association, c’est plusieurs centaines d’hectares de forêt, et rien n’interdit de concentrer en un petit secteur toute la nourriture autorisée pour cette surface. Une « régulation », mise à mal par le tri des sangliers. Avant le début de la chasse, une consigne distincte est donnée aux chasseurs : « Pour les plus de 65 kilos mâles ou femelles, vous tirer en priorité des tirs de moins de 65 kilos, mais surtout ne tirez pas des laies suitées. » Les laies suitées ce sont les femelles accompagnées de leurs marcassins. Les chasseurs favorisent la reproduction, et se limitent au nombre de quotas obligatoire dans l’Aube qui est de tuer un nombre minimal de sangliers par secteur, pour les réguler. Une stratégie pour continuer à chasser qui est procurée par le « plaisir de tuer » mais qui possède une autre réalité, l’argent. « Un chasseur qui passe une journée ici pour tuer un sanglier débourse en moyenne 300 à 500 euros. Plus il y a d’animaux à tuer, plus il y a des chasseurs qui viennent, et plus ça rapporte. » Ce sont les propos de Pierre Rigaux, qui se justifie, par rapport au fait que les locaux de l'Amicale des chasseurs des Hautes Ventes doivent être payés ainsi que les terrains où se déroule la chasse.



« Nous ne sommes pas des viandards ! »


A la suite de la parution de la vidéo, un article, paru le 2 avril de l’Est-Eclair, a recueilli le témoignage d’un des responsables de l’amicale des chasseurs ciblée. Il précise : « Nous n’avons rien fait d’illégal. Nous sommes un groupe d’amis du coin, des patrons, des ouvriers… Mais pas des viandards ! Nous respectons les obligations de prélèvements annuels de sangliers. Mais ça n’est pas moi qui les attire. Nous ne faisons que de l’agrainage dissuasif au maïs pour protéger les cultures voisines. » Les chasseurs se défendent sur des propos que Pierre Rigaux a démenti au sein de sa vidéo. Et au sujet des laies suitées ou du financement des locations ? « Si on n’avait pas donné ces consignes d’épargner ces laies suitées, on nous aurait traités d’assassins. Quant à la location de la forêt domaniale, celle-ci se fait sur l'appel d’offres, le prix est public. » Une réponse qui continue de diviser suite au contenu des images rapporté par le lanceur d’alerte. Une quarantaine de sangliers sont déposés dans un hangar, déguisé en boucherie.


Au sujet de la favorisation de la reproduction énoncée par Pierre Rigaux, le responsable ne donne aucune information à ce sujet et remarque que certaines images de la vidéo remontent à plusieurs années : « Les bracelets de cette couleur ne sont plus utilisés pour nos animaux prélevés. » Ce à quoi a répondu Pierre Rigaux sur son compte Instagram : « Nous avons mentionné les dates sur chaque image de notre vidéo : trois photos datent de fin 2019. Toutes les autres photos et vidéos datent de décembre 2020 et février 2021. » De son côté, la fédération des chasseurs de l’Aube n’a pas souhaité réagir.



Une bataille sans merci contre la chasse


L’activiste Pierre Rigaux n’en est pas à son premier coup d’essai. Le 10 mars, il avait déjà publié une vidéo sur un élevage de lapins pour la chasse, localisé à Saint-Mamert-du-Gard en région Occitanie. Des images choquantes où des lapines sont principalement utilisées pour « produire » des jeunes qui sont par la suite vendus à des chasseurs. Cet élevage produit 4000 à 5000 jeunes lapins par an et après un séjour en enclos, ils sont lâchés pour du « repeuplement » plusieurs mois avant l’ouverture de la chasse. Considéré comme étant l’un des « ennemis » des chasseurs, Pierre Rigaux est victime de nombreuses menaces, notamment de mort. La violence semble, alors, rester le seul maître mot de ces adeptes de la chasse.




Sibylle Beaunée



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