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  • Arsène Gay

Quand les scientifiques "sursautent"

Mis à jour : oct. 2

Depuis quelques années, un phénomène encore largement inexpliqué passionne et questionne de plus en plus les astronomes : les « Sursauts radio rapides ».


Aussi présentés sous leur diminutif FRB (pour Fast Radio Burst), ces signaux se manifestent par de brèves, violentes et puissantes rafales de particules élémentaires de lumière (photons) émettant aux longueurs d'onde radio. La plupart du temps, ils ne durent que quelques millisecondes et ne se manifestent qu'une seule fois et, lorsqu'ils se répètent dans le temps, ce n'est que de manière aléatoire, ce qui rend leur observation extrêmement complexe. À titre de comparaison, il faudrait une journée entière au Soleil pour libérer autant d’énergie qu’un FRB peut produire en une fraction de seconde.


Observés pour la première fois il y a plus de 10 ans, ces évènements ne cessent de passionner les astronomes. En 2015, les scientifiques de l’université de Swinburne observaient pour la première fois en direct ces ondes, un signal capté en temps réel mais qui demeurera un mystère, tout comme ses origines. En effet sa source semble prendre place à 5,5 milliards d’années-lumière de la Terre, soit en dehors de notre galaxie, plutôt vers la constellation du Verseau.


Un phénomène d’actualité


Des mystères d’ailleurs, il n’y a pas que 2015 qui nous en procure. Voilà maintenant quelques années que 2 signaux (parmi les 75 découverts depuis 2007) intéressent particulièrement les scientifiques de par leur répétitivité. Le premier, découvert en 2012 et baptisé FRB 121102 (R1), a été braqué par le Westerbork Synthesis Radio Telescope (WSRT) de l'Institut néerlandais de radioastronomie pendant pas moins de 130 heures. Le second quant à lui, observé pour la première fois en 2018 et baptisé FRB 180814.J0422+73 (R2), s’est vu subir le même sort pendant 300 heures. Cependant, les scientifiques ont certes aperçu 30 sursauts du côté de R1, mais n’en ont pas observé un seul du côté de R2.



Plusieurs explications sont envisagées par les astronomes. La première : que R2 ait tout simplement cessé d'émettre des sursauts radio rapides. La deuxième : qu’il n'émet pas aux longueurs d’onde auxquelles WSRT observe. Un peu comme s'il émettait dans le rouge alors que le télescope ne voit que du bleu. Ou encore, la troisième : que R2 ait continué d'émettre des sursauts radio rapides, mais trop faibles pour être détectés. Quoi qu’il en soit, ces signaux n’ont pas cessé de surprendre et permettent même à certaines théories excitantes de naître.


Des questions toujours plus nombreuses


Le célèbre chercheur de la prestigieuse université de Harvard, Abraham Loeb, a récemment défrayé la chronique en évoquant le cas du FRB 189016.J0158+65. En effet ce sursaut radio rapide identifié début février par des astronomes de l'équipe Chime/FRB, présente un cycle de 16 jours. Et personne ne sait vraiment, pour l'heure, quel phénomène en est à l'origine. Mais dans une interview à Cnet, l’astrophysicien estime que tout est possible, y compris qu'il s'agisse de la trace d'une activité extraterrestre : « Une civilisation pourrait chercher à propulser des engins à l'aide de voiles solaires. Pour cela, elle aurait besoin d'un puissant faisceau de lumière. Ce sursaut radio pourrait correspondre à la fuite de ce rayonnement en dehors des limites de la voile ». Véridique ou pas, cette phrase soulève cependant un point très sensible dans le monde contemporain, celui de la potentialité d’une vie extra-terrestre.



« Je suis inquiet. Je crois que nous sommes sur le point de trouver des traces de vie sur Mars. Ce sera révolutionnaire. Le début d'une nouvelle ligne de pensée. Mais je crains que l'humanité ne soit pas prête à entendre ce genre de révélation. » Cette phrase, c’est celle de Jim Green, scientifique et directeur des sciences planétaires de la NASA. S’il avance l’argument selon lequel il faut s’y préparer, cela est dû en partie aux calculs réalisés par les scientifiques selon lesquels il semblerait inévitable que la vie extra-terrestre existe. La recette exacte pour qu’elle prenne forme n’est pas connue, cependant les ingrédients, eux, le sont, et au nombre de trois. De l’énergie, des éléments chimiques lourds et de l’eau. Ce dernier est le plus prévisible des trois, le plus facile à trouver et c’est autour de cela que se sont articulé les calculs des astronomes.


L'imminence d'une découverte


Le terme de « zone habitable » est défini par la NASA comme étant « la zone autour d'une étoile où il ne fait ni trop chaud ni trop froid pour que de l'eau liquide existe à la surface des planètes environnantes. » En parallèle de cela, les dernières études ont démontré que la proportion de planètes ayant leur orbite située dans la zone habitable serait de ¼. Dans notre galaxie seule, la Voie Lactée, cela équivaudrait à environ 50 milliards de mondes similaires à la Terre. Et à l’échelle de notre univers tout entier, l’estimation des scientifiques est ahurissante : 100 trillions, soit en chiffre 100 000 000 000 000 000 000 de planètes qui pourraient, potentiellement, accueillir la vie.


Mais ces dernières années, les scientifiques ont aussi réussis à démontrer que les satellites naturels de certaines géantes gazeuses pourraient être des oasis de vie, tirant leur énergie non pas de la lumière des étoiles, mais de la gravité de leur planète. La glaciale Encélade (un des satellites naturels de Saturne) possède notamment tous ces ingrédients : un énorme océan souterrain avec des cheminées hydrothermales crachant la chimie de la vie. Le cas de Titan est aussi intéressant, notamment grâce à sa taille gigantesque, plus grand satellite naturel de Saturne et plus large que Mercure. Bref, le nombre d’exolunes pouvant potentiellement abriter de la vie est encore plus ahurissant car il en existe 100 fois plus qu’il n’y a de planètes dans notre galaxie, cela fait 100 billions, rien que dans la Voie Lactée.


Il existe tellement de possibilités qu’il semble qu’une découverte ne soit maintenant plus qu’une question de temps. La moindre trace de vie remettrait alors toute notre manière de penser en question, nous faisant immédiatement et irrémédiablement passer de l’exception, à la règle.


Arsène Gay

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