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  • Dorian Grangier

Pourquoi la voiture électrique ne représente pas (pour l'instant) l'avenir de l'automobile

Mis à jour : oct. 1


Séduisante sur le papier, la voiture électrique cache cependant une dure réalité environnementale. © Renault France

Alors que les prix du pétrole ne cessent d'augmenter, que les consommateurs sont de plus en plus réticents aux motorisations thermiques et que les réglementations environnementales sont toujours plus strictes, l'électrique représenterait l'alternative "la plus crédible" pour le futur. Pourtant, nombreux déjà sont les sceptiques et les doutes sur l'avenir des voitures électriques. Explications.


Que penser de la voiture électrique aujourd'hui ? Dans l'imaginaire de beaucoup, elle est le signe de l'évolution environnementale d'un des secteurs les plus polluants du monde : l'industrie automobile. En effet, les avantages sont nombreux : aucune pollution à l’utilisation, plus besoin d'aller dépenser des centaines d'euros par mois à la pompe, aucune pollution sonore, etc. Et il faut dire que ces arguments séduisent les gouvernements mais aussi la clientèle, le nombre de véhicules électriques neufs vendus augmente tous les ans, grâce notamment aux différentes aides de l'État. En France, il s'est vendu 31 069 voitures électriques neuves (soit 1,41% des parts du marché français), contre 24 904 en 2017, et ce nombre est en hausse depuis une décennie. Pour 2019, il est prévu de dépasser les 40 000 unités, avec notamment le lancement de la nouvelle Renault Zoé, star de la voiture électrique en France, mais aussi de nouveaux modèles chez PSA : Peugeot e-208, Opel e-Corsa et DS3 Crossback E-Tense feront office de bataillon d'attaque du groupe français dès la fin d'année.


L'automobile du XXIe siècle ?


Même si la "tendance" voiture électrique est aujourd'hui bien un phénomène actuel, peu savent que les premières voitures ont été électriques. Car, en effet, la toute première voiture électrique date de 1834, bien avant la première voiture à moteur à combustion en 1861, et rencontra un bon succès après l'invention de la batterie rechargeable dans les années 1860. Cependant, le manque d'infrastructures de production d'électricité, combiné à l'explosion des extractions de pétrole et aux nombreux avantages des moteurs thermiques, ont mis fin au développement de l'électrique dans l'automobile au début du XXe siècle. Il faudra attendre les premiers chocs pétroliers des années 1970 pour revoir des concepts-cars électriques.


C'est en 1996 que la première voiture 100% électrique de série "moderne" apparaît : la EV1, lancée par le groupe américain General Motors. Un gros échec commercial, mais qui eut le mérite de lancer toute une nouvelle génération de véhicules. Malgré les forts attraits des véhicules dits "hybrides", mélangeant essence et électricité, les "EV" pour "Electric Vehicle" feront résistance dans les années 2000 pour véritablement se lancer au début de la décennie, avec notamment deux modèles phares : la Nissan Leaf et la Renault Zoé. La prise de conscience écologique définitivement ancrée dans les pensées, ces modèles seront les best-sellers des électriques dès leur commercialisation. L'avènement de la marque Tesla et de son propriétaire, l'ambitieux milliardaire Elon Musk, a placé la voiture électrique comme le véhicule idéal de notre époque. Enfin, les aides massives de l'État pour passer à l'électrique sont une incitation intéressante pour les consommateurs : un bonus écologique de 6000€ est appliqué au prix de base en cas d'achat d'une voiture électrique neuve.


Nissan Leaf - Renault Zoé : pionnières de la nouvelle "ère" électrique en Europe, ce sont les véhicules électriques les plus vendus en France

Une technologie trop restrictive et trop onéreuse


Pourtant, les voitures électriques possèdent de nombreux inconvénients qui dissuadent encore les acheteurs de véhicules neufs. Le principal problème à l'utilisation est la faible autonomie de ces véhicules : sur un segment équivalent, l'électrique est en moyenne 500 kilomètres moins endurante qu'une voiture diesel, du fait des capacités de batteries pas assez importantes (même si celles-ci s'améliorent avec la technologie). De plus, cette autonomie est variable, non seulement à cause de la conduite adoptée, mais aussi à cause de la température : selon une étude menée par l'Association Américaine de l'Automobile (AAA), l'autonomie d'une voiture électrique peut diminuer jusqu'à 41% en moyenne avec une température extérieure de -6°C par rapport à une température de 23°C.


Une autonomie plombée aussi par le poids conséquent des batteries, d'environ 300 kilogrammes. Alors, certes, pour un citadin, l'autonomie n'est pas ce qui importe le plus, et le fait d'utiliser un véhicule dans les grandes villes pour des trajets courts mais qui peuvent durer longtemps (notamment dans les embouteillages) est un gros plus. Mais les utilisations les plus polluantes de la voiture sont pour ceux qui roulent toute la journée, pour faire des livraisons, aller visiter des clients, etc. Autrement dit, les travailleurs sur la route polluent plus que les citadins, et font beaucoup plus de kilomètres par jour, et donc ont besoin d'une voiture ayant une autonomie très élevée. Les voitures roulant au diesel sont donc les préférées des sociétés car elles consomment peu et ont une autonomie largement supérieure. Sans oublier les temps de recharge, beaucoup plus long qu'un passage à la pompe. Même si aujourd'hui, sur des bornes dites "supercharger", il est facile de récupérer toute l'autonomie de sa voiture en moins d'une heure, ne comptez pas recharger complètement votre voiture électrique rapidement chez vous : sur une prise secteur (avec un adaptateur qu'il vous faudra acheter), comptez plus de 20 heures pour une charge complète !


De plus, les voitures électriques sont encore trop chères pour devenir accessible à la majorité. Malgré les aides importantes de l'État, les électriques dites "bon marché" comme par exemple la Renault Zoé (voiture électrique la plus vendue en France en 2018), qui se vend à partir de 23 000 euros en entrée de gamme, aides déduites, soit plus de 8 000 euros de plus que la Renault Clio (voiture la plus vendue en France en 2018) en entrée de gamme ! Une sacrée différence que tout le monde ne peut pas se permettre de s'offrir. Les constructeurs essayent malgré cela d'attirer des clients moins enclins à l'électrique avec des offres en location longue durée (LLD) ou en location avec offre d'achat (LOA) afin de compenser ses coûts encore trop élevées pour passer à l'électrique. Le marché de l'occasion, tout récent, connaît lui aussi un essor très rapide, proposant des modèles récents allant jusqu'à moitié moins cher. Enfin, même si 2019 marque le début de nombreuses nouvelles voitures électriques, il n'en reste pas moins que la gamme proposée toutes marques confondues est très restreinte : seulement une petite trentaine pour le début de l'année en Europe. Un manque de choix qui peut dissuader le client potentiel.


Une hypocrisie environnementale


En France, le choix a été clair et fixé depuis maintenant quelques années : le futur de l'automobile sera et doit être électrique. Depuis 2018, même les véhicules hybrides neufs ne sont plus accompagnés par le bonus écologique de l'État. C'est dire que le gouvernement est confiant de la technologie en l'état actuel et pour le futur, prônant un moyen de transport "zéro pollution". Sauf que c'est faux.


La voiture électrique pollue, et bien plus que ce qu'on pourrait imaginer. Déjà, produire une voiture, peu importe sa motorisation, cela créé de la pollution. Matières premières, production, assemblage, toute la chaîne de développement est polluante, et bien plus polluante que la production d'une voiture thermique. On estime à 50% le taux de CO² produit en plus pour une voiture électrique qu'une voiture essence. Mais le principal problème n'est pas sur la construction de la voiture mais sur la construction des batteries. En effet, une batterie est composée de trois matériaux fossiles, appelés "métaux rares", qu'il faut aller extraire dans des mines : le lithium, le cobalt et le graphite. Ces trois matières premières se trouvent essentiellement en Afrique centrale, en Amérique du Sud et en Asie Orientale. Pour extraire un kilogramme de "métaux rare", il faut soulever et enlever près d'une trentaine de tonnes de roches en moyenne. Sans compter toute l'eau et tous les produits chimiques utilisés pour l'extraction, des produits jetés dans les courants d'eau sans aucun traitement dans ces contrées peu développées. Un désastre environnemental qui s'accompagne bien souvent de conditions de travail extrêmes.


L'extraction des "métaux rares", au-delà de la pollution qu'elle provoque, exploite des travailleurs dans des conditions de travail dangereuses. © Reuters

Un autre grand souci environnemental est la fourniture d'énergie. Aujourd'hui, les voitures électriques certes ne produisent pas de CO² en roulant, mais en produisent en se rechargeant. La production mondiale en énergie est composé à 40% d'énergie thermique avec l'utilisation massive de charbon, alors que seulement 25% de l'énergie produite est renouvelable. En France, plus de 70% de l'énergie produite est nucléaire, énergie dangereuse certes mais non-polluante en CO², ce qui atténue la pollution indirecte produite par la recharge d'une voiture électrique : pour qu'elle devienne "écologiquement rentable" par rapport à une voiture essence, une voiture électrique doit parcourir 50 000 kilomètres. Cependant, une demande plus forte d'électricité engendrait indéniablement une plus grande production d'énergie, provenant majoritairement de l'industrie des énergies fossiles pour répondre à la demande sur court terme.


Enfin, la question qui n'est pas encore d'actualité mais qui va arriver dans les années à venir avec la démocratisation des EV, sera celle du recyclage des batteries. Même si la technologie pour recycler et réutiliser les métaux dans les batteries usagées existe (d'une durée de vie d'environ 10 ans), elle reste cependant plus chère à réaliser par rapport à l'extraction des métaux. Une situation qui devrait être à même d'évoluer quand les stocks de batteries usagées seront très importants et que les métaux rares seront effectivement de plus en plus rares à extraire.


Quelles solutions à court et long terme ?


Comme nous l'avons vu, la voiture électrique est loin d'être la solution miracle à la mobilité routière, mais il ne faut pas pour autant aller au rejet total de l'électrique. En effet, d'autres technologies sont aujourd'hui beaucoup plus efficace en alliant thermique et électrique. Démocratisée par la marque japonaise Toyota à la fin des années 90, l'hybridation est aujourd'hui proposée par une grande majorité de constructeurs. Les inconvénients de l'électrique pour la vie de tous les jours sont gommés, avec une autonomie égale à une voiture essence classique et une consommation réduite de moitié. En plus de l'hybridation simple, une nouvelle technologie a fait son apparition il y a peu : l'hybridation rechargeable. Avantageuse pour les modèles plus imposants tels que des SUV, elle consiste à avoir deux types de "recharges" : un réservoir pour l'essence et une prise pour l'électricité, alors qu'une hybride simple se recharge en roulant mais qu'avec de l'essence. L'hybridation rechargeable a une autonomie en tout électrique plus importante que l'hybridation simple, et une consommation atteignant les 2L/100km en moyenne seulement. Ces technologies, même si elles sont plus onéreuses que les motorisations simples thermiques, restent pour l'instant le meilleur compromis entre écologie, économie et performance. D'autres technologies sont aussi en cours de développement : les moteurs au super-éthanol (ou E85) qui commencent aussi petit à petit à se faire connaître, le gaz naturel utilisé par de nombreux transports en commun en Europe, ou encore l'hydrogène et les piles à combustibles, pas encore utilisées dans les modèles de séries mais dont la technologie s'annonce très prometteuse.


Le concept C5 Aircross Plug-In Hybrid, première hybride rechargeable de la marque, attendu en production pour 2020. © Caradisiac

Enfin, et surtout, n'enterrons pas la voiture électrique. La technologie étant en constante évolution, le prix des EV descendra à des niveaux abordables pour tous, à tel point qu'on estime à 35 millions de nombre de véhicules électriques sur le marché européen en 2030 (contre moins de 1 million en 2018). L'autonomie des batteries est en constante évolution et pourra atteindre les 600 km pour une citadine dans les cinq prochaines années. L'utilisation en hausse des énergies renouvelables dans le monde rendra l'impact des voitures électriques sur la consommation en énergie fossile moins important, et les constructeurs commencent enfin à essayer de réduire la pollution due à l'extraction des métaux rares. C'est notamment le cas de Tesla, qui essaye d'imposer une charte de bonne conduite à ses fournisseurs, non sans difficultés.


Malheureusement, cela ne sont que des suppositions et des prévisions sur un avenir de plus en plus "autophobe". La voiture électrique est, sur le papier, la meilleure alternative pour remplacer les voitures à essence à terme. Cependant, la technologie n'est pas assez efficace environnementalement parlant, et les infrastructures sont encore trop peu nombreuses, pour considérer la voiture électrique comme la meilleure solution à l'heure actuelle. Elle est surement encore un peu trop en avance sur son temps, et aura son succès à l'avenir, mais la transition pétrole/électrique n'est pas encore achevée dans le secteur, et il faudra quelques années pour que ces véhicules soient la référence sur le marché de l'automobile.


Dorian Grangier


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