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« Plus de vaccins » pour les vichyssois


L'écriteau collé sur la vitrine de la pharmacie des Célestins à Vichy. © Laurie Henriet

La campagne de vaccination contre la grippe saisonnière a commencé le mardi 13 octobre 2020. Pharmaciens et infirmiers vichyssois ont dû assumer la forte affluence de clients. Trois semaines plus tard, les pharmacies de la ville sont en pénurie et tentent d’être réapprovisionnées.


Un écriteau collé sur la porte de la pharmacie du Parc Lardy à Vichy annonce qu’il n’y a « Plus de vaccins contre la grippe ». Bernard Auvray*, gérant de la pharmacie des Célestins à Vichy, a affiché un papier similaire sur sa vitrine dès le 25 octobre, 12 jours après le lancement de la campagne contre la grippe. Une très forte affluence s'est fait ressentir : « En deux semaines, on a vendu ce qu’on écoule d’ordinaire en trois mois ». Le 13 octobre dernier, il indiquait : « Je n’ai pas commandé plus de doses que les années précédentes », serein. Ces doses, environ 200, avaient été commandées en mars et reçues « vers le 20 septembre ».



« Tout le monde a été dévalisé. »


Comme lui, de nombreuses pharmacies en France n’arrivent plus à répondre aux demandes des clients. Dans certaines villes, comme Crepy-en-Valois dans l’Oise, une liste d’attente de 1 000 personnes est déjà en place (Source : FranceInfo). « C’est malheureux, mais je n’ai pas pu servir certains de mes clients » regrette Bernard Auvray.

Redoutant la crise, le gouvernement avait établi des critères définissant les personnes prioritaires. Cela comprenait les professionnels de santé, les individus âgés de 65 ans ou plus, les obèses ainsi que l’entourage des nourrissons. Or, selon le gérant, certaines pharmacies auraient accepté de vendre le vaccin à des personnes n’étant pas concernées ou n’auraient pas réussi à cibler celles à risques.

L’évaluation du risque n’est pas sans difficulté. Ses confrères vichyssois, en rupture de stock dès la fin de la première semaine, lui ont envoyés beaucoup de leurs clients. « Il est compliqué d’évaluer si une personne est à risque ou non, surtout quand ce n’est pas un de nos clients de longue date, que c'est un inconnu ».

Le gouvernement a incité de nombreuses fois la population à se vacciner. Olivier Véran, ministre de la Santé, « a souligné son importance accrue [de la vaccination], cette année, pour les “publics vulnérables” et les soignants, afin de ne pas surcharger les hôpitaux confrontés à l’épidémie de Covid-19 » mentionne un article de 20 Minutes. Ces nombreux appels, une potentielle pénurie, la crise de Covid-19 et la crainte d’un engorgement des services de réanimation : de nombreux facteurs qui auraient poussé, selon Bernard Auvray, des personnes « pas vraiment à risque » à se faire vacciner. « Et c’est compréhensible », ajoute-t-il.

Dès le premier jour de la campagne de vaccination, à 9 heures, une dizaine de personnes patientaient déjà pour se procurer une dose. En une matinée, la pharmacie en avait vendu une cinquantaine. Une affluence beaucoup plus forte que d’ordinaire. « C’était de la folie, car la plupart des gens se sont rués pour acheter le vaccin », ajoutait-il, l’air complètement dépassé. Pierre Desfrannes** est un de ces clients. Le 13 octobre, un bon de prise en charge de l’Assurance Maladie et sa carte vitale à la main, il attend d'acquérir le vaccin. « C’est la première année qu’on se vaccine [contre la grippe], avec ma femme. C’est à cause du Covid ». Sa femme (69 ans) et lui (71 ans), tous les deux retraités, sont considérés comme prioritaires du fait de leur âge. Pierre Desfrannes insiste sur le fait qu’aucun d’entre eux ne présente de pathologie.


La devanture de la pharmacie des Célestins à Vichy. © Laurie Henriet


Répondre à la pénurie


Le gérant de la pharmacie des Célestins tente tant bien que mal de recommander de nouvelles doses. Quotidiennement, « midi et soir », il sollicite son grossiste afin d’être réapprovisionné. Celui-ci est livré au compte-goutte par Sanofi [le fabricant du vaccin]. En septembre, Sanofi avait assuré aux grossistes un réapprovisionnement « en temps et en heures », affirmant que « qu’il n’y avait pas de pénurie à prévoir pour le moment ». Actuellement une deuxième vague de production à tout de même lieu. Plusieurs millions de doses. Le ministère de la Santé, de son coté, promet de nouvelles livraisons pour atteindre un total final de 16 millions de vaccins, selon FranceInfo.


Quoi qu’il en soit, Bernard Auvray est toujours incertain sur la date du réapprovisionnement et regrette : « C’est délicat de devoir annoncer à ses clients qu’on ne peut pas les servir ». « Il ne faudrait pas que les vaccins arrivent après la bataille ». Le gérant se veut rassurant, ajoutant qu’il n’est « pas encore trop tard ». De quoi soulager un peu l’esprit en pleine pandémie de Covid-19.


* Le nom et le prénom ont été modifiés afin de respecter le code de déontologie des pharmaciens.

** Le nom et le prénom ont été modifiés afin de préserver l’anonymat de la source


Laurie Henriet

©2020 par Les Berges De L'Info.