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  • Thomas PINAROLI

Pascal Gastien : Clermont a trouvé chaussure à Montpied

Mis à jour : oct. 11


© FootNational.com


Il habille la zone technique du stade Gabriel-Montpied de ses gestes, et ce depuis l'été 2017 et le départ de Corinne Diacre. Pascal Gastien s’est installé comme une figure du Clermont Foot. Portrait d’un entraîneur qui « ne réinvente pas le football » mais est « convaincu que c’est un jeu qui doit [lui] permettre de gagner ».


Un milieu de terrain à succès


Pascal Gastien débute sa carrière de joueur à l’AS Angoulême, où il évoluera durant une saison en deuxième division (1981-82), disputant six rencontres seulement. Il quitte le club dès l’été 1982 pour s’engager à Niort. Sous les couleurs des chamois, le jeune milieu de terrain participe à la montée de National en Ligue 2 (1985), puis de l’antichambre du football français à l’élite en 1987. Il est titularisé par Patrick Parizon lors du premier match de l’histoire du club en Ligue 1 en août 1987, face au Racing Club de Lens, au stade René-Gaillard, qui s’était soldé sur un score nul de 1-1. Les chamois finiront l’exercice barragistes, un point derrière les sang et or, et seront battus par le Stade Malherbe de Caen 3-0 en Normandie, les ramenant en D2 (Division 2). Durant l’été, « PG » rejoint l’Olympique de Marseille, où il disputera 26 rencontres toutes compétitions confondues et soulèvera la coupe de France et le championnat en 1989. Passé cette saison qui a bien garnie son palmarès, Pascal Gastien s’engage avec l’OGC Nice. Les quatre années qu’il passera sur la Côte d’Azur seront mitigées en raison de la mauvaise santé financière du club. En effet, en 1991, le club est relégué en D2 suite au dépôt de bilan du propriétaire Mario Innocentini. L’actuel coach du CF63 y disputa tout de même 68 matchs pour un but marqué.


Sous les couleurs de Niort et de l'OM. © Skyrock et La Montagne


Un double-passage contrasté à Châteauroux


Pour conclure cette honorable carrière, Pascal Gastien évolue à La Berrichonne de Châteauroux entre 1993 et 1997. En 1994, les Berrichons terminent leaders de leur poule de National et s’offrent le scalpe de l’En Avant Guingamp, premier de la poule A, en finale (1-0). Ils accèdent donc à la D2, et montent en première division en 1997. Alors âgé de 34 ans, l’ancien aiglon prend sa retraite sur cette savoureuse accession. Il en garda de tels souvenirs qu’il reviendra dans l’Indre pour l’exercice 2014-2015, afin d’y occuper le banc cette fois-ci. Repêchés in-extremis en Ligue 2 suite à l’interdiction de montée de Luzenac en 2014, les castelroussins veulent absolument éviter de revivre le même cauchemar (18ème juste devant Istres et le CA Bastia) que lors de la saison précédente. Mais marqué par une instabilité chronique (changements d’entraîneurs et de président), le club terminera avant-dernier de Ligue 2 sous les ordres de Pascal Gastien puis Cédric Daury. En effet, le natif de Rochefort avait été limogé en février 2015 en raison des mauvais résultats… Durant un an et demi, il restera sans fonction en attendant un challenge intéressant.


Des débuts de formateur à Niort


Deux ans après avoir raccroché les crampons à Châteauroux, Pascal Gastien débute une carrière de formateur chez les Chamois Niortais. Il dirige d’abord l’équipe réserve du club des Deux-Sèvres de 2000 à 2009. Puis suite à la relégation de l’équipe première de National en CFA (actuel National 2), il se voit proposer le poste de numéro un en remplacement de Denis Troch. Sous ses ordres, le club vise une remontée en National, ainsi que le retour du statut professionnel, fraîchement perdu. Sitôt dit, sitôt fait : les hommes de Gastien terminent leaders du groupe C, et accèdent au National. L’exercice 2010-2011 permet de stabiliser Niort à ce niveau, avant d’accéder à la Ligue 2 en 2012, le fruit d’une brillante seconde position en National 2011-2012. Déjà soucieux du style de jeu de son équipe, « PG » conduit la deuxième meilleure attaque de la saison avec 61 buts marqués, à égalité avec Epinal. L’opération maintien dans le monde professionnel est assurée en 2013, avec seulement deux points d’avance sur le premier relégable, Le Mans. En revanche, la seconde édition sera beaucoup plus enthousiasmante pour les supporters niortais, puisque leurs joueurs termineront cinquièmes, à six points du podium, et donc de l’accession à l’élite. Malgré cette réussite, les dirigeants ne reconduisent pas leur coach et lui préfèrent Régis Brouard.


Sur le banc des Chamois Niortais. © La Dépêche


L’opportunité clermontoise : dans l’ombre pour débuter


Avant sa courte aventure à Châteauroux, Pascal Gastien avait obtenu son BEPF (Brevet d’Entraîneur Professionnel de Football) en 2014, aux côtés de treize techniciens dont… Corinne Diacre. Malgré ce nouveau statut, il n’hésite pas à accepter le poste de directeur du centre de formation du Clermont Foot en 2016, dont l’équipe première évoluait déjà en Ligue 2. Cette offre lui permet de faire un premier pas et de s’installer dans le club. Club alors présidé par Claude Michy, qui « installait les coaches dans une situation confortable, avec peu de pression », témoigne un suiveur. Il n’aura pas beaucoup de temps pour gérer les jeunes, puisqu’il se voit proposer le poste d’entraîneur de l’équipe première dès l’été 2017. Il bénéficie de la nomination de Corinne Diacre, jusque-là coach des auvergnats, au poste de sélectionneur de l’équipe de France féminine. L’installation n’a pas été trop difficile, malgré la symbolique de sa prédécesseure (première femme à la tête d’une équipe masculine professionnelle). Le supporter que nous avons interrogé explique même « qu’il arrivait en terrain conquis car Diacre n’avait pas que des amis en interne ». Il a gardé à ses côtés Emmanuel Gas comme premier adjoint, qui est au club depuis 2009 et a côtoyé la patronne des bleues. Le début d’une belle aventure pour l’ancien Niortais, qui pense « ne pas [pouvoir] gagner n'importe comment ».


Pascal Gastien et Corinne Diacre, avant un match entre Châteauroux et Clermont. © La Nouvelle République


Une montée en puissance au CF63


Pour son premier exercice, le néo-coach mène Clermont à la 6e position de Ligue 2. Une excellente saison, marquée par la tentative de « beau jeu ». La seconde sera celle de la confirmation, malgré une modeste 10e place. Elle s’explique par les pertes de joueurs majeurs lors du mercato estival précédent, à l’instar de Ludovic Ajorque (parti au RC Strasbourg) ou Fabien Centonze (RC Lens). Pas de quoi faire reculer France Football, qui remet à Pascal Gastien le titre de « meilleur entraîneur de Ligue 2 2018 ». Ses pairs le désigne même « entraîneur de la saison 2018-2019 » lors des trophées UNFP. Le quotidien régional La Montagne détaille ses méthodes d’entraînement, et explique que le coach incite ses joueurs à « travailler jusqu’à réussir le bon geste ». « Je vais voir tous les matches des équipes de jeunes » ajoute « PG ». Une exigence proche de celle de la « mère fouettarde » Corinne Diacre. « L’objectif, c’est de gagner » et « il perd son sang-froid dans la défaite en critiquant trop l’arbitrage » confie un amateur clermontois de 23 ans. Avec l’arrivée du suisse Ahmet Schaefer pour prendre la suite de Claude Michy à la présidence, le club auvergnat vise la Ligue 1 « d’ici trois à cinq ans », en « disput[ant] les play-offs tous les ans ». De quoi donner espoir aux supporters : « Chaque année Clermont perd ses meilleurs joueurs, mais c’est inévitable vu la taille du club. Avec les nouveaux dirigeants, on peut espérer que cela change ! ».


"PG" possède à son actif un honorable palmarès. © ClermontFoot.com


Peut-être un avenir plus haut


C’est une question que l’on a envie de se poser : Pascal Gastien peut-il viser plus haut ? Il est déjà reconnu en Ligue 2, et a récemment été récompensé par l'UJSF Auvergne (Union des Journalistes de Sport en France), de qui il a reçu un « Trophée Auvergne Performance » au même titre que quinze sportifs de la région. Celui décrit comme humble, qui « ne cherche ni la lumière, ni la gloire », « aimerait, à un moment donné, franchir le cap ». Le suiveur attentif du club pense qu’« il a les compétences pour exercer en Ligue 1 ». Est-ce qu’il en aura l’occasion ? « C’est difficile car il est déjà âgé (56 ans) ». Parfois réputée comme peu joueuse, l’élite française serait-elle compatible avec les principes du tacticien clermontois ? « Ça ne me fait pas peur, expliquait-il à FF. Je vois des entraîneurs, anciens formateurs, qui aiment le jeu, comme Olivier Dall'Oglio (Brest) ou Bernard Blaquart (Nîmes), qui ont réussi en Ligue 1 ». Un premier atout pour convaincre. Le second ? Les qualités indéniables de formateur de Pascal Gastien. Plusieurs talents de Ligue 1 sont passés entre ses mains en Auvergne : Mathias Pereira Lage (Angers), Ludovic Ajorque (Strasbourg) ou Fabien Centonze (Metz). Julien Laporte, transféré à Lorient cet été, est lui titulaire indiscutable chez les Bretons, deuxièmes de Ligue 2. « La Ligue 1, ce n'est pas ce qui m'empêche de dormir tous les jours » affirme toutefois le formateur. « Son unique chance sera avec Clermont », tranche le supporter interrogé. Peut-être dès août 2020 ? Le CF63 est actuellement 6ème, à quatre petits points de la cinquième place synonyme de play-offs…


En compagnie de l'invité d'honneur, Hervé Mathoux, lors de la soirée "Trophées Auvergne Performance". © Vincent Roche


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