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  • MARTIN BURON-BROHAND

Paris ou la ville souterraine ?


Rame de métro stationnée à la station Gare Saint-Lazare sur la ligne 3. ©Emanuele MARZARI/SIPA

Depuis plusieurs années, la fréquentation des transports en commun gérés par la RATP (Régie Autonome des Transports Parisien), a considérablement augmenté. Plus de lignes, une meilleure amplitude horaire, la modernisation du réseau mais aussi la volonté de la Maire de Paris, Anne Hidalgo, de supprimer les voitures dans la capitale sont des facteurs qui expliquent cette évolution. Retour sur un réseau de moins en moins adapté aux besoins des usagers.



Une hausse de la fréquentation


Depuis de nombreuses années, la fréquentation du réseau ferroviaire souterrain géré par la RATP est en pleine expansion. Les chiffres le démontrent : en 2010, 1,505 milliards de voyageurs ont utilisé les services de la société alors qu'en 2018, ce chiffre montait à 1,559 milliards soit une hausse de 54 millions de personnes en dix ans, ce qui correspond à la population de pays comme l'Afrique du Sud ou encore la Birmanie. Cette montée fulgurante du nombre de voyageurs est encore plus présente avec les stations qui se situent dans les arrondissements éloignés du centre de la capitale comme le 18e ou encore le 13e où l'on constate jusqu’à 30 % d'usagers en plus.


Polémique activée


Une polémique est née sur les réseaux sociaux concernant cette surfréquentation. Comme le confirme Philippe Martin, Directeur Général Adjoint de la RATP, au journal Le Point, les lignes 1, 9 et 13 sont particulièrement impactées. Il y a ,en moyenne, près de 4 personnes au mètre carré sur ces lignes, ce qui montre l'impossibilité de voyager en toute tranquillité. En effet, pick-pockets et frotteurs se frottent les mains et peuvent agir sans être inquiétés. Une association de voyageurs nous a confirmé que le service se dégrade alors que les prix restent identiques. "Des fois, on laisse passer plusieurs rames, avant de pouvoir essayer de monter", rapporte-t-elle.

De son côté, la Région Île-de-France fait en quelque sorte la sourde oreille, et annonce qu'aucun changement tarifaire n'est prévu, justifiant la mise en place des nouveaux projets pour les années à venir. Et notamment d'un réseau globalement agencé en fonction des besoins des usagers.


Les stations de métro les plus empruntées à Paris en 2018. © BFMTV, RATP -

Un réseau général amélioré


Cette évolution impressionnante est dûe à une politique d'amélioration du réseau par les acteurs municipaux et gouvernementaux. Un vaste plan de grands travaux au fil des années et qui se poursuit encore aujourd'hui a permis une amélioration exponentielle du réseau. Augmentation des plages horaires, notamment les vendredis et samedis soirs, des rames plus grandes et qui permettent d'accueillir plus de passagers grâce à un meilleur agencement. Mais un paradoxe subsiste, il y a exactement le même nombre de rames aux heures de pointe qu'en 2010. L'exemple le plus marquant est sur la ligne 1 du métro qui relie le pôle économique de la Défense situé à l'Ouest de Paris, à l'Est de Paris au château de Vincennes en passant par les Champs-Elysées ou encore le centre de Paris avec la station Châtelet. En effet, cette ligne propose un intervalle maximal de 90 secondes entre 2 rames en heures de pointe, c'est à dire de 16H30 à 20H00, ce qui n'est malheureusement pas assez suffisant pour absorber et fluidifier le trafic.


Nouvelles rames de métros en service sur le réseau. ©Ile de France Mobilités et Alstom


Objectif 2024


En vue de l'attribution des Jeux Olympiques qui se dérouleront en 2024 à Paris, la RATP et le STIF (Service de Transports en Île-de-France) ont uni leurs forces afin de développer un réseau de qualité de manière à accueillir les nombreuses délégations et touristes attendus. Le projet le plus concret est le Grand Paris Express, qui devrait être prêt pour la compétition. Ce projet, c'est la création de quatre nouvelles lignes de métro afin de mieux desservir la proche banlieue, mais aussi le prolongement de certains tronçons déjà existants, pour atteindre les points centraux de la région. Malgré les controverses en raison de son coût estimé de 38 milliards d'euros, les travaux ont commencé en février dernier sur les axes principaux destinés aux JO en priorité.


Plan du Grand Paris Express. Crédit Photo : SGP et Service Infographie de Libération

Reste à attendre quelques années, afin de voir la fin du chantier et si réellement

le réseau sera décongestionné.


Martin Buron-Brohand

©2020 par Les Berges De L'Info.