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Ouïghours : quand les réseaux sociaux réagissent pour faire front face à l'oppression

Mis à jour : nov. 11


Le 5 juillet 2018, des manifestants dénonçant le traitement que la Chine inflige aux Ouïghours devant le consulat chinois à Istanbul ont été violement repoussés Photo : Ozan Kose / AFP


Depuis le 1er octobre, le bleu envahit les réseaux sociaux. La raison ? Dénoncer grâce au mouvement #freeOuighours, le plus grand internement de masse du XXIe siècle qui s’opère encore en Chine.


Nébuleuse bleue sur Instagram. Moyen d’information sur fond de colère, les multiples posts dénoncent l’oppression des Ouïghours, minorité musulmane d'Asie Centrale. Lancé par des personnalités publiques et des influenceurs, le mouvement devient vite viral et Instagram est inondé de bleu. En moins de 24h, plus de 125 000 publications apparaissent avec le hashtag #freeOuighours.


Un génocide mis en sourdine


Les Ouïghours, peuple turcophone à majorité musulmane sunnite habitant dans la région du Xinjiang, en Chine, est opprimé depuis 2014. D’après un rapport publié par l’ONG Uyghur Human Right Project, les premiers camps d’internements dateraient de 2014. Les Ouïghours représentent plus de douze millions de personnes en Chine et plus de vingt-cinq millions en Asie Centrale. Isolés de leur famille, ils subissent des violences psychologiques et physiques. Passé sous silence par de nombreux médias, ignoré par la télévision, cet internement de masse fait du bruit grâce aux réseaux sociaux. Les Ouïghours sont emmenés de force dans des camps d’internement, privés de nourriture et de soins, ils sont contraints d’apprendre le chinois et les chants communistes. Les femmes subissent des violences gynécologiques et des stérilisations forcées, des viols sont aussi commis à l’intérieur des camps. Un large trafic d’organes touche aussi les Ouïghours. Nombreuses sont les mosquées qui ont été détruites par le gouvernement chinois.


Cet esclavage moderne orchestré par Pékin concerne aujourd’hui plus de trois millions de personnes. C’est le plus grand internement de masse dans l’histoire du XXIe siècle. Les états quant à eux, restent inactifs face aux crimes opérés par la Chine. Les intérêts demeurent nombreux, politiques et surtout économiques. Méconnu du grand public, c’est surtout les jeunes qui en sont informés. Et pour cause, dans la plupart des cas, c’est sur les réseaux sociaux tels que Twitter, Instagram ou encore Tiktok que l’information circule. Jade, 14 ans précise : " J'ai connu les Ouighours sur Tiktok entre deux vidéos amusantes, jamais à la télévision."


Des réseaux sociaux au Parlement européen


C’est un schéma qui se répète et qui se veut efficace. Le mouvement #blacklivesmatter réapparu fin mai suite à la mort de George Floyd, a pris de l’ampleur grâce aux réseaux sociaux. La colère, la révolte sont véhiculées par un simple hashtag qui est finalement bien plus. Le 1er octobre, jour de la fête nationale chinoise, le mouvement #FreeOuighours, accompagné de sa photo bleue est lancé. Par le biais de ce hashtag, le grand public, et en particulier les jeunes, a plus facilement accès aux informations liées à ce sujet. Instagram et Twitter deviennent ainsi des plateformes de sensibilisation.

Post Instagram publié le 3 mars 2020, par le député européen Raphaël Glucksmann.

Le mouvement est d’abord mené par Raphaël Glucksmann, député européen, qui écrit via son compte Instagram le 1er octobre: “Les Ouïghours ne sont pas opprimés pour ce qu’ils font mais pour ce qu’ils sont”. Il est ensuite suivi par des dizaines d’influenceurs et de personnalités publiques, comme Omar Sy. Certains comparent ce massacre de masse à celui des Juifs commis pendant la Seconde Guerre mondiale par les nazis. Entre pétitions, donations et appels aux boycotts, le partage d’informations permet d'amender la réalité et ainsi de cesser le silence. La révélation d'une liste d’une cinquantaine d’entreprises exploitant les Ouïghours, notamment, fait changer les choses. Dernière en date, c’est la multinationale Amazon qui a déclaré ne plus être en contact avec quatre de ses sites sous-traitants, accusés d'exploiter les Ouïghours.


Le 24 octobre, cent députés européens de différents pays et bords politiques rejoignent Raphaël Glucksmann afin d’exiger une liste noire des entreprises qui participent au génocide. Cette unification est le signe que chaque photo, hashtag, commentaire informatif a des répercussions sur le réel. Une lettre a ainsi été adressée à la Commission européenne avec les cent signatures. Affaire à suivre…



Inès Esnault




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