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  • Marion Deygas

Où sont passées "les meilleures années de ta vie" ?

Mis à jour : avr. 10

Une soirée entourée de l’ensemble de leurs amis, voilà comment ces jeunes avaient imaginé leur passage à la majorité. Malheureusement, le coronavirus s’est invité à la fête. Jeanne, Lou-Anne, Léana et Lucas reviennent sur leurs débuts dans la vie d’adulte bousculés par la crise sanitaire.

La jeunesse obligée de se réunir par visioconférence pour fêter le passage à la vie d’adulte ©Marion Deygas

« 18 ans ça rime avec liberté, pouvoir sortir, aller dans les bars, les boîtes de nuit alors qu’au final on ne peut rien faire de tout ça », dit Jeanne, étudiante. Nés en 2002, ces jeunes adultes étaient loin d’imaginer ce qu’allait leur réserver 2020. Ils ont dû troquer la soirée de leurs rêves pour un après-souper dans le salon familial. Les espoirs de fêter convenablement cet évènement si spécial ne tenaient qu’aux annonces gouvernementales : l’alternance entre confinement et couvre-feu a compromis leurs plans. Bingo pour ceux nés au cœur de la chaleur de l’été tandis que les malchanceux des mois de mars-avril et octobre n’ont eu que leur solitude pour les accompagner.


Zoom, Teams ou encore Skype, la notion de fête s’est réinventée par le biais de ces applications. Convier ses amis pour partager un verre et discuter un moment lors d’une vidéoconférence est devenu banal pour ces étudiants. La notion de génération numérique a pris tout son sens. Et lorsque l’horizon s’éclairci, « faire des soirées, c’est cool mais il ne faut pas être plus de 6, tu as un couvre-feu donc faut dormir chez la personne : c’est ennuyeux. » déclare Lou-Anne, 18 ans. Les promesses de souvenirs inoubliables ont été brusquement ternis pour cette « génération COVID ».


Un accès à la vie d’adulte retardé


Huit jeunes sur dix âgés de 15 à 30 ans estiment avoir subi des préjudices moraux importants dus à la pandémie mondiale, selon une étude menée en janvier 2021 par l’institut Odoxa-Backbone. « Les cours c’est compliqué, le permis c’est compliqué. En fait, tout est très compliqué » explique Lou-Anne. « On peine à aller faire nos courses, on ne trouve pas de taff et on nous pointe du doigt alors même qu’on galère à se nourrir et suivre un cours Zoom » ajoute Lucas, étudiant de 19 ans. A leur âge, la recherche d’indépendance est un dessein ordinaire. Trouver un emploi, avoir son permis de conduire, pouvoir faire ses propres choix... toutes ces espérances accompagnent la venue de la majorité. Au lieu de cela, les jeunes adultes sont confrontés à d’innombrables incertitudes concernant le futur.


« Une année hors du commun, un anniversaire hors du commun » - Léana, 18 ans

Leur vie a été mise entre parenthèses en même temps que leurs projets d’avenir. La détresse étudiante est réelle. Elle se solde par une baisse de moral : « Il naît une flemme permanente, tu n’as plus envie de rien », déclare Lou-Anne. La fermeture de leurs principaux lieux de socialisation, ajoutée à l’avènement des cours en distanciel, les a coupés du monde extérieur. Cette profonde solitude a altéré leur volonté de s’épanouir. Souvent jugée responsable de l’aggravation de la pandémie par ses aïeux et ignorée par les décideurs, le poids de la crise sanitaire n’a cessé de s’alourdir sur les épaules de la jeunesse.


« La juste valeur accordée à l’âge symbolique que représente 18 ans n’est plus très vraie en ces temps de COVID-19 », conclut Jeanne. En 2021, fêter son passage à l’âge adulte en temps de confinement, n’a plus rien d’anodin.


Marion DEYGAS

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