ICJ23791418 Municipales 2020 : tour d'horizon des enjeux
  • Thomas PINAROLI

Municipales 2020 : tour d'horizon des enjeux


A Paris, la sortante Anne Hidalgo fera face à Cédric Villani, Benjamin Griveaux et Rachida Dati (de gauche à droite). Crédit photo : Le Parisien.

Elles auront lieu en mars 2020, et vont donner lieu à de sérieuses oppositions aux quatre coins de la France : les élections municipales se préparent déjà depuis de longs mois en coulisses. Le maire, personnalité politique préférée des français, avec 63% de bonnes opinions (sondage Odoxa-CGI), sera au centre d’une nouvelle partie d’échecs politique.


Commençons par rappeler que la majorité présidentielle espère s’installer pour la première fois dans de nombreuses agglomérations. Et pour cause, lors des dernières municipales, en 2014, La République En Marche n’existait pas encore ! Les partis déçus lors des européennes 2019 pourraient quant à eux en profiter pour se remettre la tête à l’endroit, à l’instar du Parti Socialiste et des Républicains. Les maires, comme les conseillers régionaux ou départementaux participent à l’élection des sénateurs. S’adjuger de grandes mairies permet aussi de gagner des parts de pouvoir au sein du Sénat donc. Enfin, ces élections devraient profiter, dans la majorité des cas, aux maires sortants : d’après un sondage IFOP-Fiducial, 54% des citoyens souhaitent que leur maire actuel soit réélu. Petit tour d’horizon des villes qui vont abriter les duels les plus stratégiques…


Paris : Cédric Villani « marcheur » solitaire…


En préambule, rappelons que les élections municipales à Paris, tout comme à Lyon et Marseille, se déroulent au suffrage universel indirect. C’est-à-dire que chaque arrondissement choisit ses conseillers municipaux, qui élisent ensuite, parmi les élus de tous les secteurs, le maire. Dans la capitale, Anne Hidalgo, maire sortante socialiste, va tenter d’être réélue, malgré les nombreuses critiques qu’elle subit, notamment autour de sa politique environnementale. En effet, certains lui reprochent de harceler les automobilistes, quand d’autres jugent ses mesures insuffisantes. L’occasion rêvée pour LREM de s’imposer ? Pas si sûr puisque Benjamin Griveaux, ancien porte-parole du gouvernement et candidat officiel, n’a pas su convaincre le mathématicien Cédric Villani de se retirer. Les voix devraient alors s’éparpiller. Et d’après le sondage Ipsos Sopra Steria en date du 23 septembre, c’est Anne Hidalgo qui arriverait en tête au premier tour avec 24 % des suffrages. Si l’écologiste David Belliard tentera de déjouer les pronostics, la droite, qui devrait investir Rachida Dati, aimerait aussi reprendre la tête de la ville qu’ils n’ont plus dirigé depuis 2001 et la fin de mandat de Jean Tiberi. Une élection autant primordiale que symbolique donc…


Lyon : le dilemme Gérard Collomb


Pour la première fois dans l’histoire de la ville, la mairie de Lyon et la métropole feront l’objet de deux élections distinctes. Les Lyonnais voteront donc deux fois en l’espace de quelques semaines ! Ainsi, LREM a investi Gérard Collomb, ex-socialiste et soutien de la première heure du président de la république, pour la métropole. C’est l’ancienne socialiste Anne Brugnera qui devrait représenter les marcheurs pour la ville. On précisera que David Kimelfeld, président LREM sortant de la métropole, maintiendra sûrement sa candidature malgré sa non-investiture par le parti présidentiel. Un nouveau problème de division pour la majorité dans une ville majeure donc… Le Parti Socialiste a lui investi Sandrine Runel à la mairie, et compte bien reprendre la ville entre Rhône et Saône, qu’il a un peu perdu depuis le ralliement de Gérard Collomb à Emmanuel Macron en 2016. Etienne Blanc représentera Les Républicains : vice-président de la région Auvergne Rhône-Alpes aux côtés de Laurent Wauquiez, il est qualifié « très à droite » par ses opposants. Enfin, il ne faudra pas oublier l’écologiste Grégory Doucet. En effet, le parti EELV compte bien, après ses excellents résultats aux européennes (13,48 % des voies, 3e parti en France), conquérir des villes-clés comme Lyon.


Marseille : à tribord toute !


C’est en tous cas ce que le dernier sondage ELAB indique : Les Républicains arriveraient en tête au premier tour des municipales de la cité phocéenne, quel que soit leur candidat. Ce sera Martine Vassal, présidente de la métropole, ou le sénateur Bruno Gilles. Et celui qui sera investi aura comme objectif de maintenir la mairie de Marseille dans leur camp. En effet, Jean-Claude Gaudin dirige la ville portuaire depuis sa première élection en 1995 (il a été réélu trois fois). Une prouesse dans cette agglomération historiquement à gauche, sans interruption de 1953 à 1995, successivement avec Gaston Defferre puis Robert Vigouroux. Alors comment cette gauche compte-elle reprendre « son bien » ? Peut-être avec une union des partis. La France Insoumise pourrait présenter son leader Jean-Luc Mélenchon, ou maintenir sa confiance en la jeune Manon Aubry, tête de liste aux européennes. LREM, qui avait un temps songé à une alliance avec LR, pourrait finalement investir Yvon Berland, ancien vice-président de l’Université d’Aix-Marseille. L’hypothèse d’alliance a de bonnes chances de ressurgir au deuxième tour, pour faire barrage au RN. En effet, face au sentiment grandissant d’insécurité des habitants, le parti de Marine Le Pen a une vraie carte à jouer. Crédité de 26,31 % des voies aux européennes l’an dernier, le Rassemblement National a confié la campagne phocéenne à Stéphane Ravier, actuel maire des 13e et 14e arrondissements.


Lille : Martine Aubry sur les traces d’Anne Hidalgo


Maire de la capitale du Nord-Pas-de-Calais depuis 2001 – elle devenait alors la première femme à l’être -, Martine Aubry devrait, selon toute vraisemblance, tenter de décrocher un quatrième mandat consécutif. Cependant, Violette Spillebout, ancienne cheffe de cabinet de la socialiste, lui fera face sous l’étiquette LREM. Là aussi, le parti présidentiel n’a pas su rassembler et Valérie Petit, qui était aussi en lice pour l’investiture, ne décolère pas : « Je pleure pour ma ville car elle est perdue ». Idem chez Les Républicains, qui ont investi Marc-Philippe Daubresse, qui fera face à un autre candidat de droite en la personne de Thierry Pauchet, actuel élu au conseil municipal. Autant dire que la sortante pourrait rafler la mise grâce à l’incapacité de ses principaux adversaires de se rassembler. Comme la parisienne Anne Hidalgo, en somme. Notons toutefois que le Rassemblement National, qui a le vent en poupe dans la région, fait confiance à Eric Cattelin-Denu. Les insoumis se présentent eux en duo : Julien Poix et Elodie Cloez.


Strasbourg : à qui le « bastion » européen ?


La ville alsacienne, qui abrite notamment le Parlement Européen et la Cour Européenne des Droits de l’Homme, fait saliver La République en Marche, qui incarne une construction européenne pérenne. Ainsi, Alain Fontanel, membre du bureau exécutif LREM, va selon toute vraisemblance être le candidat désigné. Premier adjoint du maire socialiste actuel Roland Ries, ce fan du RC Strasbourg avait convaincu Marc Keller de racheter le club alsacien en 2012 pour éviter une disparition du Racing. C’est un symbole de sa proximité avec la ville, pour laquelle il veut « rassembler autour de nouvelles idées et de pistes ». « Cela fait 10 ans que je le connais et je ne sais toujours pas ce qu’il pense » rétorque son adversaire du PS Mathieu Cahn. Ce dernier veut maintenir Strasbourg entre les mains de la gauche. Depuis 1989, seule Fabienne Keller (UMP), entre 2001 et 2008, a cassé le règne socialiste mené par Catherine Trautmann puis Roland Ries. Les Républicains fonderont leurs espoirs sur Jean-Philippe Vetter et les écologistes pourraient se tourner vers Jeanne Barseghian. Enfin, le RN va investir Thibault Gond-Manteaux.


Que de palpitants duels à venir dans les prochains mois donc ! D’autant plus qu’on aurait pu mentionner la ville de Nice, où Christian Estrosi, probablement soutenu par LREM, brigue un troisième mandat. Il pourrait se retrouver face à son ancien bras droit Eric Ciotti (LR). Ou encore souligner la candidature d’Alain Carignon à Grenoble, malgré son passage en prison suite à sa condamnation pour fraude fiscale de 1996. On en est qu’aux prémices d'une longue campagne : espérons que le spectacle ne déçoive pas !


Thomas PINAROLI

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