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  • Coline Cornuot

Maus, l’œuvre inégalée d’Art Spiegelman

Mis à jour : il y a 2 jours

39 ans après le début de sa publication dans la revue RAW, l’œuvre-témoignage d’Art Spiegelman sur la Shoah reste une référence dans le domaine de la bande dessinée du réel.




Des souris face à des cochons. C’est la manière dont Art Spiegelman a choisi de représenter l’Holocauste dans son album Maus, paru dans les années 1990. Une personnification qui, comme l’explique l’auteur dans MetaMaus, une sorte de making-off de l’œuvre, prend sa source dans la représentation véhiculée par le 3e Reich selon laquelle les juifs incarnaient des rats, « la vermine de l’humanité ». Cette fresque animalière a finalement permis d’illustrer des choses qui ne pouvaient pas l’être, dévoilant sous un nouveau jour une histoire individuelle ancrée dans la conscience collective.


Un récit complet


En effet, c’est bien une histoire à la fois personnelle et commune qui débute en 1936, avec la rencontre de Vladek et Anka, les parents de Spiegelman. Juifs polonais menant une vie aisée, ils sont les spectateurs impuissants de la progression de l’antisémitisme et du nazisme dans l’Europe de l’entre-deux guerres. Vivant dans une terreur grandissante, dans l’impuissance et l’incompréhension, ils tentent par tous les moyens d’échapper au funeste avenir qui leur est réservé. Mais malgré la chance et l’ingéniosité dont ils font preuve, le piège des chats finit par se refermer sur les souris. Ils sont alors déportés dans le ghetto de Sosnoviec en 1942, avant d’être transférés à Auschwitz, camp dans lequel ils resteront jusqu’à la fin de la guerre.


Le lecteur est entraîné dans le quotidien des prisonniers, dirigé entre les baraquements et prend conscience de l’étendue de l’horreur qui se déroule au fil des pages. Mais Maus n’est pas seulement le récit d’un génocide, c'est aussi celui de « l’après ». Comment les parents de l’auteur ont-ils tenté de surmonter ce traumatisme ? Que leur reste-t-il de cette période sombre de leur histoire ? Comment s’expriment le poids de l’Histoire et de la culpabilité ? Le récit nous imprègne du quotidien d’un homme complexe, auquel il n’épargne rien, ce qui fait la force et l’intégrité du témoignage.


A l’aube d’un nouveau genre


Avec cet album, Art Spiegelman a révolutionné le genre de la bande dessinée, ouvrant de nouveaux horizons à ces planches jusqu’alors cantonnées à un public enfantin.


Seule œuvre du genre à avoir raflé un prix Pulitzer, Maus reste à ce jour une œuvre sans précédent et inégalée, qui, au-delà du seul domaine de la bande dessinée a ouvert la voie à nombre d’œuvres traitant de la Shoah avec un regard nouveau. En effet, il s’agit avant tout d’un témoignage authentique, sans artifice, mêlant quotidien au sein des camps et reconstruction psychologique.


Là où Spiegelman frappe fort, c’est qu’il ne tombe pas dans les mauvais travers du traitement de l’Holocauste. Il a su éviter la fascination morbide, la complaisance ou le récit dépourvu d’émotion, pour dresser de son trait minimaliste un portrait sans équivoque, une histoire d’homme, celle de son père, dans toute sa vérité.


Coline Cornuot

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