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Liberté, égalité, mais anti-IVG

Depuis le 22 octobre, des milliers de polonais manifestent, dans l’ensemble de la Pologne, à la suite de la décision du tribunal constitutionnel d’interdire l’interruption volontaire de grossesse en cas de malformation du fœtus.


Un grand nombre de polonais ont manifesté dans les rues de Varsovie, le 26 octobre dernier, en Pologne. © AFP, Wojtek RADWANSKI

La Pologne où l’avortement n’est autorisé uniquement pour trois raisons depuis 1993, est l’un des pays qui possède les conditions les plus strictes de l’Europe. Actuellement les mesures se durcissent, permettant le recours à l’IVG seulement en cas de grossesse issue d’un viol ou d’un inceste, et d’une menace pour la vie ou la santé de la femme enceinte. En 2019, la part d’avortements pratiqués pour ces raisons était de seulement 2%. La grande majorité des IVG se faisaient pour la malformation du fœtus (environ 98% des cas), mais le tribunal constitutionnel, influencé par le parti catholique nationaliste qui est à la tête du pays, a décidé d’interdire ce motif et a autorisé le gouvernement à réviser la loi. L’annonce est tombée le jeudi 22 octobre, et Julia Przylebska, présidente de la cour, a justifié cette décision en déclarant que la législation instaurée dans le pays était « incompatible » avec leur Constitution. Cette annonce a suscité une énorme vague de protestation du côté des citoyens polonais.


Cris de colère et violentes contestations


Dès la délibération du tribunal constitutionnel annoncée, des polonais ont manifesté leur mécontentement dans les rues, accompagnés de pancartes et de banderoles. Beaucoup de blocages ont eu lieu dans différentes villes du pays et des appels à la grève ont été lancés. Des militants sont même allés jusqu’à entrer dans les églises et des conflits ont éclaté avec les opposants de ce mouvement. Joanna, salariée à Varsovie, interrogée par Le Monde, déclare : « Je ne veux pas qu’on m’oblige à accoucher d’un fœtus mort ». C’est bien là le problème, les femmes ne peuvent pas faire le choix qu’elles veulent, le gouvernement décide pour elles et leur corps.

Des organisations de défense des droits des femmes ont également participé aux manifestions organisées dans tout le pays et sont descendues dans les rues au côté des milliers de femmes qui étaient présentes. Une forte mobilisation a pu être recensée sur les plusieurs jours de révolte. Mais les citoyens polonais ne comptent pas s’arrêter là, ils veulent que le gouvernement change d’avis.



Suspension de la loi


Ces derniers jours, le gouvernement polonais a pu constater une forte mobilisation de l’ensemble de la population. Bien que ce soit un pays où la religion catholique a une place importante au sein de la société, ce fut une réelle surprise qui a contraint celui-ci à suspendre le projet de loi concernant les possibilités de recourir à l’IVG. Le gouvernement a également perdu en popularité auprès des citoyens, et les altercations qui se sont produites au sein des églises ont fini par le convaincre de suspendre cette décision sur l’IVG et d’essayer de trouver un compromis pour calmer toutes les tensions. En pleine période de crise sanitaire, certains voient ce changement d’avis comme une stratégie de la part du gouvernement, qui veut éviter que les rassemblements perdurent au vu du contexte épidémique de la Covid-19.


Mathilde Albert

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