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Les réseaux sociaux : La nouvelle cible du gouvernement dans la lutte contre le terrorisme


Emmanuel Macron le 16 octobre 2020 devant un collège de Conflans Saint-Honorine, après qu'un enseignant ait été décapité. (Photo : ABDULMONAM EASSA/POOL/AFP via Getty Images)

Après l’attaque terroriste de Conflans-Sainte-Honorine, le gouvernement de Jean Castex a décidé de prendre des mesures pour lutter contre la propagation du terrorisme sur les réseaux sociaux. Le dispositif PHAROS (Plateforme d’Harmonisation de Recoupement et d’Orientation des Signalements) est au cœur du renforcement de cette lutte depuis le conseil de défense du 18 Octobre.

Vendredi 16 Octobre, soir des vacances de la toussaint, la tristesse et l’incompréhension se lisent sur tous les visages des élèves et personnels du collège de Conflans-Sainte-Honorine. Cette ville de 35 000 habitants est sous le choc, Samuel Paty, professeur d’Histoire-Géographie âgé de 47 ans est sauvagement assassiné en pleine rue, non-loin du collège. L’auteur de l’acte est abattu par les forces de l’ordre, très vite on apprend que ce professeur sans histoire a été décapité pour avoir montré des caricatures de Charlie-Hebdo pendant son cours. Les mêmes caricatures qui, le 7 Janvier 2015, avaient été l’élément déclencheur de la mort de 12 personnes dont 8 membres de la rédaction de Charlie Hebdo.

L’implication des réseaux sociaux dans ce tragique événement est très vite mis en lumière.

Anonymat sur les réseaux sociaux : un réel problème ?

Plus l’enquête avance, plus on se rend compte du rôle qu’ont joué les réseaux sociaux dans cette attaque. Plus précisément le rôle de Twitter. Plusieurs photos de l’assassinat du professeur ont circulé sur ce réseau social. Comment de telles photos ont pu rester plusieurs heures sur l’un des réseaux sociaux les plus utilisés au monde, malgré de nombreux signalements ?

Ce n’est en réalité pas la 1ère fois que le service de signalement du réseau social est mis en cause. La lenteur du réseau quant à la suppression d'images dérangeantes (images à caractères pornographiques, images choquantes…) est vivement critiquée par le gouvernement.


L’anonymat sur les réseaux sociaux donne une impression de toute puissance à certains utilisateurs qui pensent pouvoir dire ce qu’ils veulent sans se faire inquiéter.

L’enjeu est de taille : il s’agit de mettre fin à l’anonymat sans toucher à la liberté d’expression. Le débat revient alors sur la table, Jean Castex s’est montré en Juin favorable à la fin de l’anonymat sur les réseaux sociaux. Laetitia Avia députée de La République En Marche avait déjà proposé la fin de l’anonymat avec « la loi contre les contenus haineux sur internet » mais cette dernière avait été presque intégralement censurée par le Conseil constitutionnel. Le gouvernement n’a donc pas tardé à prendre des mesures. Le Ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a ordonné la mise en place de visites domiciliaires plus fréquentes. « 80 enquêtes pour 'haine en ligne' ont été ouvertes » indique-t-il sur le plateau d’Europe 1. Les premiers effets de ces mesures se font déjà ressentir : « un Toulousain de 20 ans a été condamné ce vendredi à 12 mois de prison dont deux ferme pour apologie du terrorisme. Sur internet, il s’était fait passer pour un musulman et avait diffusé le tweet du terroriste de Conflans. » rapporte la Dépêche tandis que l’AFP indique qu’une jeune femme de 19 ans a été condamné à 4 mois de prison avec sursis pour avoir commenté sur Facebook : « [le professeur] ne mérite pas d’être décapité, mais de mourir oui. »



Telegram, l’illustration du détournement des réseaux sociaux

Ce n’est pas la 1ère fois que les réseaux sociaux jouent un rôle dans le terrorisme, Telegram en est le parfait exemple. L’application est très utilisée par les terroristes notamment parce que cette dernière offre un service de messagerie via internet très protégé. Contrairement a des réseaux comme Instagram, il est beaucoup plus difficile de décrypter les conversations qui se font sur cette application. Les terroristes se servent alors de cette application pour organiser des attaques, mais surtout pour recruter. Ce service de messagerie a notamment été utilisé par les auteurs de l’attaque de Saint-Étienne de Rouvray. C’est après l’attaque du Bataclan que le problème avait été soulevé, cette application controversée est d’ailleurs bloquée dans plusieurs pays comme l’Indonésie qui l’accuse de protéger des comptes de l’État Islamique. Aujourd’hui l’application est devenue un vrai moyen de propagande pour Daesh, lui permettant d’influencer de jeunes personnes.

Comment lutter contre ce fléau ?


Pour lutter contre cela, la plateforme PHAROS a plus que jamais été sollicitée. Le nombre de messages signalés sur Twitter n’a fait qu’augmenter au lendemain de l’attaque.

Toutefois, pour le gouvernement, il est possible d’interdire une application comme l’a fait dans le passé l’Indonésie avec Telegram. Malheureusement le gouvernement a peu d’influence sur les grands groupes propriétaires des réseaux sociaux, il est donc difficile de leurs imposer des mesures d’encadrement.

La fin de l’anonymat sur les réseaux sociaux pourrait être une solution envisagée mais plusieurs partis politiques sont contre cette mesure qu’ils jugent contraire à la liberté d’expression. Bien qu’efficace, le système PHAROS ne semble pas être suffisant face à l’afflux de messages de haine allant même jusqu’à justifier parfois la mort de Samuel Paty.


Gustave Pinard

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