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Les forêts tropicales à feu et à sang

Le président brésilien Jair Bolsonaro est accusé de crime contre l’humanité à l’encontre des peuples autochtones d’Amazonie. Les chefs de tribus Raoni Metuktire et Almir Surui ont fait appel à la cour pénale internationale (CPI), ce vendredi 22 janvier.


Déforestation des forêts tropicales de Bornéo pour cultiver l’huile de palme. Selon le WWF, Bornéo ne représente que 1% de la terre, mais elle détient 6% de la biodiversité mondiale © Shutterstock / Rich Carey / WWF-Sweden


Meurtre d’indigènes, transfert forcé de population, persécutions pour des motifs d'ordres politiques. Autant de termes présents dans l’article 7 du statut de Rome de la CPI pour définir un crime contre l’humanité. L’arrivée de Jair Bolsonaro à la présidence du Brésil en 2019, déclenche un feu dévastateur pour le poumon vert de la planète, exploité à des fins économiques. Raoni Metuktire, chef de la tribu Kayapo et Almir Surui, chef des Paiter-Surui, sont des figures emblématiques de la lutte contre la déforestation en Amazonie. Ils se battent pour la survie des peuples autochtones. 11 088 km² de forêt tropicale brésilienne ont disparu entre août 2019 et juillet 2020, selon l'Institut national de recherches spatiales (INPE). C’est une hausse de 9,5% par rapport à l’année précédente.

Treize représentants des peuples autochtones de toutes les régions du monde publiaient en 2019 une tribune dans Le Monde, dénonçant la politique du président brésilien : « Le gouvernement de Bolsonaro menace le système de santé déjà fragile des peuples indigènes et met en danger leur vie en ayant autorisé 86 nouveaux pesticides dès les deux premiers mois de son arrivée au pouvoir. Alors que de 2010 à 2016 les autorisations ont toujours été inférieures à 20 par an ».


L’ONG WWF a fiché 24 fronts de déforestation dans le monde, dans son rapport publié mercredi 13 janvier. Neuf se trouvent en Amérique latine, sept en Asie de l’Est et Océanie, et huit en Afrique subsaharienne (WWF)



Des puits de carbone en danger


L’Amazonie compte 550 millions d’hectares de forêts denses (le tiers des forêts tropicales humides restantes de la planète), et contient 10% de la biodiversité mondiale (WWF). Bornéo et le Bassin du Congo sont les deux autres principaux poumons terrestres de la planète. Les forêts tropicales sont des puits de carbone. Susan Cheynes, co-directrice de l’organisme Borneo Nature Fundation, témoigne de l’importance des forêts tropicales : « Elles sont essentielles pour gérer le prélèvement de CO2, la production d’O2 et réguler les conditions météorologiques, y compris les précipitations ». Elles permettent de lutter contre l'effet de serre et le réchauffement climatique. Les températures plus élevées et les sécheresses plus fréquentes, diminuent leur capacité de stockage de carbone. Les forêts tropicales pourraient être amenées à ne plus pouvoir stocker de carbone, voire à inverser la tendance et rejeter plus de carbone qu’elles n’en absorbent. Une étude menée par le musée royal de l’Afrique centrale et de l’Université de Leeds fait le point sur la situation des forêts. Dans les années 1990, les forêts tropicales absorbaient environ 46 milliards de tonnes de carbone (soit près de l'équivalent de 17 % des émissions de CO2 des conséquences de l'activité humaine). Désormais, elles n'absorbent plus que 25 milliards de tonnes de CO2 (soit seulement près de 6 % des émissions de CO2 qui ont dans le même temps augmenté). Cette recherche effectuée sur une période de 30 ans et sur 300 000 arbres révèle : « que le puits de carbone des forêts africaines diminuera sur le long terme, tandis que celui des forêts amazoniennes diminue beaucoup plus rapidement. L’Amazonie deviendrait une source de carbone dans les années 2030 ». Cette prévision s’explique par le réchauffement climatique, et est accentuée avec la déforestation, dont le secteur agricole est le principal moteur. De vastes champs remplacent les forêts tropicales pour cultiver l’huile de palme et le soja entre autres. Vient ensuite l’exploitation forestière et minière, et enfin le développement d’infrastructures urbaines.


L’Union Européenne prend part à la déforestation par sa consommation, comme l’explique Éric Andrieu, député au Parlement européen : « elle représente environ 10 % de la déforestation mondiale et qu’aucune règle de l’UE n’interdit la mise sur le marché européen de produits qui ont contribué à la destruction des forêts, le Parlement exige avec force la mise en place d’un cadre juridique européen basé sur des exigences obligatoires de diligence raisonnable ». C’est pourquoi, jeudi 22 octobre le Parlement européen a adopté un rapport d’initiative législative, demandant à la commission Européenne d’agir. L’objectif : interdire l’importation de produits responsables de la déforestation et garantir une transparence avec des produits cultivés sur des terres déjà défrichées. L’année 2021 devrait marquer un changement. La commission Européenne a annoncé qu’un futur projet de législation dans la lutte contre la déforestation, est en cours.


Pour aller plus loin! Les liens en gras sont des liens vers des sites internet.


Galane Maréchal



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