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  • Dorian Marchand

Les dix petits nègres, Agatha Christie : un chef d'oeuvre des romans policiers

« Une mise en scène théâtrale. Un suspense insoutenable. Une révélation finale incroyable. »

Les mots viennent à manquer pour décrire l’un des plus lu de tous les romans policiers.



Affiche Dix Petits Nègres © RTBF

Dix Petits Nègres, avec plus de 100 millions d’exemplaires écoulés, c’est l’un des romans policiers le plus vendu au monde. La quantité mais aussi la qualité puisque l’ouvrage se classe 19ème sur la liste « des Cents meilleurs romans policiers de tous les temps », un classement établi en 1990 par une association d’auteurs spécialisés sur le genre policier. Accessoirement, et c’est bien évidemment ironique, c’est aussi le best-seller écrit de la main du célèbre auteur britannique Agatha Christie, paru en novembre 1939, et qui reste par ailleurs, aujourd’hui, le livre le plus vendu de l’écrivaine. De son titre original, Ten Little Nigers, le roman est basé sur une chanson du même nom écrite en 1869 par Frank Green. La plume britannique a simplement modifié le tout dernier vers de la chanson afin d’y introduire son intrigue criminelle.


Auteur que l’on ne présente plus, Agatha Christie que l’on surnomme également « la reine du crime » est considéré de ce fait comme l’une des écrivaines fondatrices et des plus influentes du genre policier. Chez les Anglo-Saxons, elle est l’auteure la plus lue après le célèbre William Shakespeare. Christie est forte de son style unique grâce auquel elle transporte son public à travers ses histoires. Le lecteur se retrouve souvent dans une position d’enquêteur chargé de résoudre des enquêtes achevées par des solutions très souvent improbables prenant par surprise l’ensemble du lectorat.


Un commencement plutôt banal


La scène commence lorsque 10 personnes inconnues les unes des autres, reçoivent chacune une invitation à se rendre sur l’Ile du Nègre. Au premier abord, chacun d’entre eux apparaît devant nos yeux comme un individu normal menant une vie plus que banale. Ils sont juge, médecin, domestiques, retraité, ancien général de guerre ou encore officier de police, militaire, gouvernante. Certains consacrent la majorité de leur temps à l’exercice de leur vie professionnelle, pendant que d’autres sont désespérément à la recherche de l’amour. Bref, rien de bien exceptionnel ne semble se produire dans le quotidien de ces personnes laissant planer un sentiment de doute pour la suite de l’ouvrage. Très vite, ce sentiment va être balayé, le lecteur est submergé par de multiples interrogations tout comme les personnages qui, à leur arrivée tentent de comprendre les raisons de leur présence sur cette île.


L'entrée fracassante d'une oppression grandissante chez le lecteur


Après des premières pages offrant une vision assez généraliste de la vie de chacun de ces dix personnages, les interrogations vont se décupler et la stupeur va venir bousculer radicalement le lecteur dans un environnement plus hostile où la peur, la méfiance et le mystère sont maîtres.

L’auteur vient situer son récit au cœur d’un gîte à huis clos lui-même situé sur une île aussi inquiétante que terrifiante d’autant qu’elle est elle-même coupée de toutes communications directes avec le continent et qu’en plus elle est prise dans une violente tempête ! Ce n’est pas tout, leurs hôtes M. et Mme Owen censés les accueillir à leur arrivée sur l’île demeurent toujours introuvables. De quoi renforcer le sentiment d’inquiétude chez nos dix protagonistes.

Christie ne s’arrête pas là, elle ne cache d’ailleurs pas son intention de tourner l’ensemble de sa trame narrative autour de la comptine. Une comptine qui intervient assez rapidement dans le roman lorsque les personnages se rendent compte que celle-ci est affichée dans chacune de leurs chambres. Une histoire de dix petits nègres racontée sous forme de dix couplets tous marqués par la mort de chacun d’entre eux dans des circonstances à la fois brutales et inscrites dans une approche du « paranormale ». À de multiples reprises nous sommes tentés de penser que l’île est tout simplement maudite et habitée par des entités surnaturelles. Les dix statuettes, posées sur la table du salon, représentant ainsi dix petits nègres, vont être la cible de spéculations paranormales au fil du récit chez le lecteur.


Une comptine mystérieuse, clef du roman

Bien évidemment, impossible de qualifier un roman de « roman policier » si aucun meurtre ne survient. Agatha Christie va trouver l’art et la manière de mettre en scène une quantité précise de scènes d’horreur, Un puissant changement d’atmosphère se fait d’ailleurs ressentir à partir du moment où survient une voix étrange dont on ne sait ni l’origine ni la provenance. Cette dernière va venir évoquer un événement très particulier pour chacun des dix protagonistes dans le courant de leur vie.

À compter de cet instant et ce jusqu’à l’épilogue du récit, le lecteur ne va bénéficier d’aucun moment de répit puisque les meurtres commencent dans la seconde qui suit la fin de cette scène. Christie reste cohérente avec sa volonté de submerger son lectorat à travers des crimes tous plus étranges les uns que les autres. Le lecteur développe ainsi, théorie sur théorie tout au long du récit, au point de penser des explications totalement irrationnelles ! Dès lors que le lecteur pense être persuadé d’un potentiel coupable, la suite du roman vient balayer ses suppositions par le meurtre successif des différents personnages. Les statuettes présentes sur la table vont jouer un rôle central, puisqu’elles vont se briser une à une au fur et à mesure de la mort des dix protagonistes. Elles sont la marque d’un stress grandissant et d’une pression toujours plus forte chez le lecteur. Autre particularité du récit, son évolution que l’on peut facilement assimilée à celle d’un compte à rebours à chaque fois que la mort d’un personnage survient, en concordance avec le fracas d’une statuette. Cet aspect contribue ainsi en grande partie à faire grandir l’oppression envahissant le lecteur au fil de la narration.

C’est bien l’ultime vers que l’auteur va prendre la liberté de ne pas tenir compte afin de glisser la touche de criminalité au roman. C’est ce même vers qui va se révéler comme étant la clef de l’ensemble de nos interrogations et de nos spéculations.

Un chef d’œuvre qui continue de vivre à travers le temps et l’espace


Dès 1939, l’auteur accompagne la sortie de son ouvrage par son interprétation sous forme d’une pièce de théâtre. Le cinéma ne loupe pas l’occasion de tirer les talents de l’auteur avec la sortie de Dix petits Nègres en 1974. Sans en être des adaptations, des films comme Sabotage sorti en 2014, s’inspire en partie de la trame narrative du récit. L’exemple le plus récent est peut-être cette adaptation sous forme d’une mini série britannique du nom de Agatha Christie : Dix petits Nègres, sorti en 2015, qui sera d’ailleurs diffusée sur la chaîne TF1 en France l’année suivante.


Dorian MARCHAND

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