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Le vison : la nouvelle égérie de luxe du Covid-19


Des visons d'élevage qui doivent être abattus près de Naestved, au Danemark, le 6 novembre 2020 - MADS CLAUS RASMUSSEN © 2019 AFP

Après le pangolin, c’est-au-tour du vison d’élevage de jouer un rôle dans la transmission du virus. Jugés comme dangereux par le Danemark, les mammifères vont être abattus en masse. 


Le mercredi 4 novembre, les autorités danoises annoncent l’abattage d’une quinzaine de millions de visons élevés sur leur territoire. Une décision jugée “nécessaire” par la Première ministre Mette Frederiksen : « Le virus muté via les visons peut créer le risque que le futur vaccin ne fonctionne pas comme il le doit ». Une déclaration lourde de conséquence, le Danemark étant le deuxième producteur mondial de peaux de visons, après la Chine. Au total, cent cinquante élevages vont être abattus par les autorités vétérinaires du pays.


Le vison : une menace pour le “futur” vaccin

« Nous avons une grande responsabilité envers notre propre population, mais avec la mutation qui vient d'être trouvée, notre responsabilité est encore plus grande envers le reste du monde également » précise avec gravité la Première ministre danoise lors de la conférence de presse du 4 novembre. Au début du mois, les autorités de santé danoises révèlent avoir recensé douze personnes ayant contracté le coronavirus dans le Nord du Jutland. Un constat alarmant qui pousse le gouvernement à prendre une décision extrême : l’abattage de plus de quinze millions de visons.


Ce petit animal est aujourd’hui considéré comme « un risque sur l’efficacité » du futur vaccin contre la Covid-19. Le virus muté détecté sur des visons « ne réagit pas autant aux anticorps que le virus normal. Les anticorps ont toujours un effet, mais pas aussi efficace », a éclairci le responsable de l’Autorité danoise de contrôle des maladies infectieuses (SSI), Kåre Mølbak.


Carte du Danemark – © Ministère des affaires étrangères

L’opposition des éleveurs

Cette opération risque de prendre plusieurs mois, puisque cent cinquante fermes à fourrure sont concernées sur l’ensemble du territoire. Mais de nombreux éleveurs contestent cette décision immédiate. Pour eux, des visons vont être gazés alors qu’ils sont négatifs au Covid-19 et en dehors de la zone de contamination, le Nord du Jutland. De même pour la perte de revenus qui inquiète. Le gouvernement a promis des compensations aux éleveurs. Sur 5,8 millions d’habitants, 6 000 danois travaillent dans la filière de la fourrure du vison. Les 5 et 6 novembre derniers plusieurs abattages ont eu lieu, dont l’un qui a nécessité le recours de la police face au refus de l’éleveur de laisser entrer les autorités. A Gjol, au nord-ouest du pays, des habitants ont manifestés pour montrer leur soutien à un éleveur, avec des pancartes portant le slogan « Stop à l’abattage d’animaux sains », selon le journal Ekstra Bladet.


Mardi matin, le ministre danois de l’agriculture, Mogens Jensen a déclaré « Nous avons commis une erreur. Il n’y a pas de fondement légal pour demander aux éleveurs de visons d’abattre leurs bêtes en dehors des zones ». Toutefois, il compte sur les éleveurs pour continuer l’abattage : « J’encourage toujours les éleveurs de visons à coopérer (…) car il s’agit maintenant d’aider la santé publique de la meilleure façon possible ».


Les associations tentent d’alerter

Depuis l’annonce du gouvernement, les associations de défense des animaux ne cessent d’alerter la société sur la situation dramatique. Le lundi 2 novembre, l’association One Voice a publié une vidéo sur Twitter sur l’extermination des visons d’élevage. On peut y voir que des milliers sont gazés, jetés et rassemblés par une pelleteuse. Partagée plus de 1 800 fois sur Twitter, la vidéo a aussi fait son chemin sur Instagram. Notamment sur le compte du Référendum pour les animaux, dont l’une des mesures demandées est l’interdiction des élevages à fourrure. Les conditions dans lesquelles vivent ces animaux sont dénoncées depuis de nombreuses années : cages grillagées, conditions insalubres, visons blessés, état de stress intense, montagnes de déjections, mares d’eau stagnantes et brunâtres. En France, suite à de nombreuses plaintes, Barbara Pompili a annoncé le 29 septembre la fermeture de ces élevages pour 2025.


Selon Jasmine Reed, porte-parole des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies des États-Unis, l’environnement dans lequel vit le vison peut être la cause de la contamination au coronavirus : « Les visons d'élevage ne présentent pas une grande diversité génétique, ce qui peut favoriser la transmission et la sensibilité aux maladies infectieuses », déclare-t-elle. « De plus, les visons d'élevage sont souvent maintenus captifs dans de petits espaces, ce qui favorise la propagation du virus. »

Comme il l’a fait pour le pangolin, le coronavirus met en lumière un animal victime de l’exploitation humaine.


Sibylle Beaunée


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