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  • Benjamin Ducornait

Le sport amateur trinque


Ensemble des 95 fédérations qui ont signé la lettre ouverte adressé au Président de la République. ©CNOSF

À moins de 4 ans des Jeux Olympiques sur notre territoire, le monde du sport est plus qu’inquiet. La crise sanitaire a entraîné un arrêt quasi-complet d’un domaine déjà pas en très grande forme. La situation économique de nombreux clubs et fédérations est préoccupante.


Le 26 octobre 2020, 95 fédérations sportives ont signé une lettre ouverte au Président de la République. Intitulée " SOS Sport en détresse ", elle témoigne d’un mouvement sportif fatigué, lassé de passer en second plan. Le secteur déplore des pertes énormes et craint la faillite de nombreux clubs. Tony Parker a appelé il y a quelques jours à un plan Marshall du sport. Ayant entendu les différents cris d’alerte, le chef de l’État recevait mardi les dirigeants du monde sportif. Il a annoncé la mise en place d’un dispositif de « Pass sport » et la reprise des activités sportives des mineurs au début du mois de décembre. Au total, le plan de relance prévoit 400 millions d’euros pour le secteur sportif.

Capture vidéo de la présentation des mesures d’urgence et du plan de relance pour le sport

Le lendemain, mercredi 18 novembre, Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, de la jeunesse et des Sports recevait les cadres du mouvement sportif dans son plus grand ensemble lors d’une conférence sur Be Sport. Il était accompagné de Roxana Maracineanu (ministre déléguée chargée des sports) et de Alain Griset (ministre délégué chargé des PME). L’objectif de cette réunion était de présenter le détail du plan de relance pour le sport. Fédérations, Comités départementaux, dirigeants de clubs : plus de 3000 personnes ont assisté à la réunion en web-conférence.



Le sport amateur délaissé


À l’issue de la conférence, les nerfs des dirigeants restent tendus. La directrice d’un Comité Départemental Olympique et Sportif, qui a souhaité rester anonyme, témoigne : " on nous a parlé de tous les dispositifs d’aides existants depuis mars mais rien de concret pour l’avenir du sport amateur. " Pendant la conférence, dans l’espace de chat, les messages de désarroi arrivent par dizaine. Certains écrivent " on nous vend du rêve, il n’y a rien une fois de plus " ; d’autres affirment que leur club va mettre la clé sous la porte. Le sport amateur exprime là un-ras-le-bol. Celui-ci souligne une politique qui mise trop sur le sport professionnel et le sport scolaire.


Yves Leycuras, ancien président du Comité Régional Olympique et Sportif de l’Auvergne explique : " Il y a 3 mondes très distincts dans le sport : le sport scolaire ; le sport professionnel et le sport amateur. Les deux premiers ont repris, le sport amateur, lui, est à l’arrêt depuis mars. " Yves Leycuras n’a pas tort : tandis que les activités d’EPS sont maintenues, les professionnels continuent de s’entraîner et même de s’affronter dans des compétitions. Le sport amateur, lui, est à l’arrêt total. C’est lui qui devrait le plus en pâtir dans les mois à venir.


Infographie du Monde

Une baisse de licenciés sans précédent


" Rien que pour le handball, c’est 600 licenciés en moins au niveau du département " assure Béatrice Auvinet, conseiller technique fédéral au comité de handball du Puy-de-Dôme et bénévole au club de Riom depuis 20 ans. Plus généralement, tous sports confondus, il s’agirait d’une baisse en nombre de licenciés d’en moyenne 20%. Les sports de contact déplorent les pertes d’effectifs les plus folles : pour la lutte, la baisse du nombre de licenciés serait de 44% selon une enquête du Monde.

L’ensemble du mouvement sportif français aurait perdu 260 millions d’euros rien qu’en cotisation. Et parmi les licenciés, beaucoup demandent d’être remboursés ce qui ne pourrait qu’aggraver la situation financière des clubs.



" On va devoir se réinventer "


" Les retombées ne vont pas se faire sentir maintenant, c’est l’année 2021 qui va être difficile " affirme une dirigeante. Les aides de l’État ne seront pas infinies, les dispositifs de temps partiel vont s’arrêter tôt ou tard. " On s’appuie sur des tuteurs qui ne vont pas tenir longtemps " accorde douloureusement une bénévole.

Beaucoup de petits clubs déjà en difficulté vont faire faillite, c’est inévitable. Les autres clubs, pour s’en sortir, vont devoir changer leur fonctionnement. " On va devoir apprendre à se vendre " ajoute Béatrice Auvinet. Jusqu’à présent, le sport amateur était principalement associatif, sans chercher à être lucratif. Mais la crise sanitaire va tout chambouler. Les clubs vont être amenés à revoir totalement leur fonctionnement pour devenir de véritables petites entreprises. Actuellement, il y a près de 160 000 clubs affiliés à une fédération sportive, la plupart sont des petites structures seulement animées par des bénévoles.

Plusieurs dizaines de milliers d’emplois du sport amateur pourraient être en jeu. " En période de crise on entend surtout parler du sport professionnel. Mais le sport amateur, c’est aussi des salariés qui ont peur pour leur emploi " confirme Yves Leycuras.



Un monde en crise


Le secteur est chamboulé par la perte de son ministère, ce qui marque un tournant. La ministre des sports n’a plus son propre ministère en étant depuis peu déléguée au ministère de l’éducation.


Le sport traverse une crise depuis déjà quelque temps. Plusieurs scandales ont été révélés ces derniers mois. On a assisté à la libération de la parole de victimes de harcèlements et de violences sexuelles. Le problème du communautarisme religieux a aussi été soulevé. Le sport féminin, se fait petit à petit une place mais l’égalité est loin d’être acquise.

Des questions d’ordre plus général se posent. Cette crise sanitaire marquera-t-elle la fin des sports collectifs ? L’individualisation de la pratique entraînerait une perte de convivialité, si chère à ce domaine.

Logo des Jeux Olympiques de 2024

Il va falloir trouver rapidement des réponses à toutes ces questions. En 2024, La France doit accueillir les Jeux Olympiques. L’appui des petits clubs est plus que primordial pour promouvoir. Le président du Comité International Olympique (CIO), Thomas Bach, confiait il y a quelques jours que le sport avait une grande importance sociale " en étant le ciment qui relie les communautés entres elles ".

Le sport est indispensable pour le développement personnel. Sans sport, c’est une partie du lien social qui disparaît. Alors qu’Olivier Véran, ministre de la santé, avouait jeudi 19 novembre 2020 que " la santé mentale des français s’est significativement dégradée ", il apparaît comme primordial de retrouver le chemin des gymnases et des terrains. La santé physique et mentale de 15 millions de licenciés français en dépend.


Benjamin DUCORNAIT

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