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Le journalisme, une profession au cœur du danger


En 2020, 50 journalistes ont été tués d'après le bilan de Reporters sans frontières. ©RSF


Le 28 décembre 2020, Reporters sans frontières (RSF) publiait la deuxième partie de son bilan annuel sur les actes de violence commis à l’encontre des journalistes. Un rapport considérable, rappelant la mise en péril des journalistes et de la liberté de presse.

Selon RSF, 50 journalistes ont été tués dans le cadre de leur profession entre le 1er janvier et 15 décembre 2020. Un chiffre qui reste stable par rapport à 2019 (53) malgré la pandémie du Covid-19. En tout, ce sont 937 journalistes qui ont été assassinés depuis 2011. 2012, l’année la plus meurtrière, a recensée 147 homicides. Aujourd’hui, la proportion des journalistes tués dans des zones de guerre (Syrie, Yémen) ou détruites par des conflits (Afghanistan, Irak) s’élève à 32%. Autrement dit, 34 journalistes tués le sont dans des pays en paix, notamment au Mexique, en Inde, au Pakistan, aux Philippines et au Honduras. Sur l’ensemble des journalistes assassinés cette année, 84% ont été délibérément éliminés, contre 63 % en 2019. Une augmentation qui rappelle le risque auquel font face, chaque jour, ceux qui nous informent.


Le Mexique, une terre meurtrière


Sur 20 ans, 119 journalistes ont été abattus au Mexique. Cette année, huit assassinats ont été ajoutés à cette liste macabre. L’une des régions considérées comme la plus dangereuse pour la pratique du journalisme, est le Veracruz. Le 31 mars dernier, Olga Sánchez Cordero, représentante du Ministère de l’Intérieur, réaffirmait son engagement à perfectionner les systèmes de protection des journalistes, suite au meurtre de la journaliste de Veracruz María Elena Ferral Hernández le 30 mars. “Quiconque assassine un journaliste attaque une liberté fondamentale de la démocratie : celle de l’expression.” a écrit Cordero sur Twitter. Âgée de 50 ans, Hernández a travaillé pour le journal Veracruz El Diario de Xalapa et a fondé le site d'information Quinto Poder de Veracruz, où elle a enquêté sur des questions sensibles telles que la criminalité, la corruption et la police. Selon la revue hebdomadaire Proceso, Maria Elena Ferral Hernández avait reçu des menaces de mort de la part d’un homme politique en 2016.


D’après les statistiques de la Commission d'État pour l'attention et la protection des journalistes, 25 journalistes ont été assassinés au Veracruz de 2010 à 2020. Avec ces nombreux assassinats, le Mexique se situe au 143ème rang sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse en 2020, publié par RSF.


La tolérance zéro de la Chine


Dans le rapport de RSF, près de 400 journalistes sont emprisonnés en 2020. En Chine une journaliste “citoyenne”, qui exerce donc le journalisme sans y avoir été formé, Zhang Zhan a été arrêtée en mai. Elle est condamnée à 4 ans de prison le 28 décembre, après avoir publié des vidéos sur YouTube sur l’épidémie de coronavirus qui sévissait Wuhan. Condamnée par le tribunal de Shanghai pour “provocations aux troubles”, la cour lui reproche d’avoir diffusé de "fausses informations sur internet", a indiqué son avocat, Zhang Keke. Elle s’était rendue à Wuhan en février dernier et y avait tenu des streamings en direct de Wuhan sur les plateformes YouTube et Twitter, révélant la situation chaotique des hôpitaux et la progression rapide de l’épidémie.


Zhang Zhan, la "journaliste citoyenne" chinoise qui a couvert l'épidémie de coronavirus à Wuhan. ©Handout/YouTube/AFP

En Chine, c’est plus de 100 journalistes et blogueurs qui sont toujours derrière les barreaux selon RSF, dans des conditions qui laissent craindre pour leur vie. En effet, durant 2017, le prix Nobel de la paix et prix RSF Liu Xiaobo et le blogueur Yang Tongyan sont tous deux morts des suites de cancers non soignés pendant leur détention. Avec une loi stricte concernant l’utilisation d’internet, un citoyen risque la prison pour avoir partagé ou commenté des informations sur les réseaux sociaux. Sur le Classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières en 2020, la Chine est 177ème sur 180.


La France derrière les pays scandinaves


La France, quant à elle, est placée à la 34ème place, loin de la Norvège, première du classement et du Danemark, troisième. Une décision justifiée par l’augmentation de cas d’intimidations judiciaires visant les journalistes d’investigation, afin d’identifier leurs sources. Les groupes de médias, sont eux, de plus en plus détenus par des gens avec des intérêts extérieurs. Dont Canal+, contrôlé par le milliardaire Vincent Bolloré, qui est la cause du licenciement de deux journalistes : Stéphane Guy et Sébastien Thoen. Des agissements inquiétants qui remettent en question la liberté de presse, et d’expression, en France.



Sibylle Beaunée

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