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  • Dorian Grangier

Le "Green New Deal", l'impossible révolution ?

Mis à jour : oct. 1


Aux États-Unis, le mouvement du Green New Deal est porté par l'aile gauche du parti Démocrate, et par la représentante Alexandria Ocasio-Cortez © Al Drago/Bloomberg News

Reverser toute l'économie actuelle pour placer l'écologie au centre de la société moderne, une utopie ? Pas pour tout le monde. Aux États-Unis comme en Europe, la demande d'un "Green New Deal", qui signifierait une modification complète des industries et des habitudes de vie, compte de plus en plus d'adeptes depuis quelques années.


"Half a degree matter"


Tels sont les mots de Valérie Masson-Demotte, une scientifique climatologue lors de la 48e session du Intergovernmental Panel on Climate Change en 2018. Alors que l'on pensait qu'une augmentation de 2°C suffisait pour contenir les effets du réchauffement climatique, de nouveaux rapports tirent la sonnette d'alarme. En effet, si la hausse de la température n'est pas limitée à 1,5°C, des modifications climatiques irréversibles et catastrophiques pourraient arriver. Les plus influents de ce monde, malgré des discours prônant une rupture avec notre société actuelle, ne tiennent pas, pour l'instant, leurs promesses vis-à-vis de l'urgence écologique.


Alors depuis quelques années, quelques experts et politiques, soutenus par des groupes écologiques, essayent de proposer des alternatives. L'une d'entre elle est le "Green New Deal", au cœur de l'actualité politique aux États-Unis et en Europe.


Écologie et économie, est-ce "éco-compatible" ?


Outre-atlantique, le "Green New Deal" n'est pas une proposition nouvelle. Le nom, inspiré par le "New Deal" du président démocrate Franklin Delano Roosevelt suite à la crise économique de 1929, est revenu à la mode depuis la fin du XXe siècle. En 2007, Thomas Friedman, journaliste américain et lauréat du prix Pulitzer, est le premier à utiliser ce terme. Cela consiste en un bouleversement total de la société et de l'économie capitalistique occidentale pour placer l'écologie au centre des préoccupations.


En février 2019, une résolution proposée par deux membres du Congrès américain, les démocrates Alexandria Ocasio-Cortez et Edward Markey, a été publié. 14 pages, divisées en deux paries distinctes. La première énonce ce qu'il faut changer et faire pour sauver notre planète et limiter drastiquement le réchauffement climatique. En outre : modifier complètement l'utilisation des énergies, arrêter l'exploitation des énergies fossiles, arrêter les industries polluantes, privilégier les circuits locaux pour l'alimentation, etc... L'objectif étant d'atteindre 100 % d'énergies renouvelables d'ici 2030. La deuxième partie a une fonction "rassurante" concernant les emplois et la vie des citoyens américains. Une révolution totale des industries provoquerait des licenciements massifs et des pertes économiques certaines, mais tout cela pourrait être compensé par la création de nouveaux emplois dans les secteurs énergétique et des nouvelles technologies. Toute une économie disparaît, mais toute une économie réapparaît derrière... ce qui ne plaît pas à tout le monde.


Une utopie politique


Car une telle révolution coûte cher, très cher. Selon des estimations très "floues" réalisée par le parti Républicain, l'application du "Green New Deal" coûterait plus de 93 billions de dollars, soit 93 mille milliards de dollars. Une somme astronomique qui représente près de cinq fois le PIB des États-Unis ! Autant dire que de chaque côté de l’échiquier politique américain, cela fait grincer des dents. Seule l'aile gauche du parti Démocrate soutient et porte ce manifeste débordant d'espoir pour un futur totalement propre.


L'échéance de l'année 2030 semble pourtant très difficile à atteindre, en vue de la situation politique actuelle en Amérique. Donald Trump a fait de l'écologie la dernière de ses priorités, en se retirant des Accords de Paris notamment. De plus, l'écologie ne paraît pas être le sujet majeur de la campagne pour les présidentielles de 2020. Républicains comme Démocrates se focalisent sur les questions internationales et politiques qui alimentent l'actualité en ce moment, et les soucis environnementaux sont loin d'être sur le devant de la scène.


Pourtant, les projets de "Green New Deal" se sont exportés de notre côté de l'Atlantique. L'Union Européenne a présenté en décembre dernier un projet dénommé "Green Deal", avec l'appui des 27 pays de l'UE. L'objectif ? Une neutralité carbone de l'Union d'ici 2050. Le budget ? 100 milliards d'euros. Un chiffre pas assez élevé pour certains spécialistes, qui pencheraient sur un coût total de plus de mille milliards d'euros... Quoi qu'il en soit, le choix devra être pris rapidement, pour éviter que les pertes liées au réchauffement climatique deviennent supérieures à l'investissement pour un futur écologique. L'horloge tourne...


Dorian Grangier

©2020 par Les Berges De L'Info.