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  • Canaux Clément

Le financement d’un festival, un rouage complexe

Mis à jour : oct. 5

Dans le domaine du divertissement, les festivals comptent parmi les activités les plus plébiscitées par le grand public en France comme en témoignent les plus de sept millions de festivaliers en 2018. Mais comment ces événements gigantesques sont-ils financés ? Réponse.


Une industrie en bonne santé


L’économie du festival se porte bien ! Les dernières années n’ont jamais été aussi prolifiques pour les organisateurs avec des affluences toujours en hausse. Ainsi, en 2019, on recense 7,5 millions de festivaliers répartis dans la centaine de festivals en France, soit quasiment un français sur neuf. Une augmentation non négligeable puisque la fréquentation des 100 plus grands festivals a augmenté de 5 % par rapport à 2018 et de 10 % depuis 2017.

Cette augmentation s’explique par la variété des programmes entre chaque festival avec des stratégies de différenciation et le fait que les événements les plus importants ne cessent de grossir. Le meilleur exemple est celui du Festival Interceltique de Lorient qui accueille le plus grand nombre de festivaliers au total, soit 800 000 et 80 000 par jour. Fait important, on retrouve cette année encore 13 festivals qui dépassent les 150 000 festivaliers comme les Vieilles Charrues (270 000), les Solidays (230 000) ou encore le Hellfest (180 000), ce qui témoigne de l’ampleur de ce phénomène. Malgré la concurrence, des festivals “historiques” arrivent à tirer leur épingle du jeu et passer le cap des 100 000 festivaliers comme les Eurockéennes de Belfort (128.000), Rock en Seine (110.000 festivaliers) ou Le Cabaret Vert dans les Ardennes (102.000 personnes).


Mais pour atteindre de tels niveaux d’affluence et les recettes qui en découlent, les festivals ont besoin de différentes sources de financement puisque l’organisation de ces évènements nécessite un budget conséquent.



Un financement en plusieurs étapes


Le financement va s’établir à différentes échelles. Une des premières sources de financement sont évidemment le prix d’une place (à la journée ou des Pass sur plusieurs jours). La consommation de boissons et nourriture ou encore la location de camping en font aussi partie. Ces éléments diffèrent énormément selon les festivals. Ainsi, Le Hellfest se finance principalement grâce à la billetterie (92 euros la journée), démontrant sa forte attractivité auprès des fans de “musique extrême”. Il s’est également écoulé 350.000 litres de bières cette année, soit 1,4 million de demis !

Le prix du billet, deux fois plus élevé que la moyenne, s’explique par le fait que c’est la manifestation qui coûte le plus cher (20 millions d’euros !) mais aussi celle qui reçoit le moins de subventions. Pas un centime d’aide publique en 2017, et à peine 20.000 euros versés par la région Pays de la Loire les années précédentes (l’aide a été coupée en 2016 après une sombre affaire de salut nazi d’un chanteur).


Contrairement au Hellfest, d’autres festivals vont proposer des prix plus abordables comme Le Printemps de Bourges (34 €) ou le Cabaret Vert (38€ ). Et ce, grâce à des subventions assez élevées à hauteur de 300 000 euros pour le festival ardennais (pour un budget de 4 millions d’euros) et même 1,5 millions d’euros pour le Printemps de Bourges, qui dispose d’un budget avoisinant les 5 millions d’euros. Le Cabaret vert (Charleville-Mézières) bénéficie d'un coup de main de la ville (équipements, occupation du domaine public), mais assure pouvoir vivre sans subventions. "Bien sûr que ça serait difficile de boucler le budget, mais nous sommes suffisamment indépendants financièrement pour y arriver", indique l'organisation.

Ces subventions restent néanmoins essentielles pour permettre aux festivals de pouvoir vivre et attirer un public de plus en plus large et elles deviennent même cruciales pour la pérennité de certains d'entre eux. En effet, elles représentent 33 % du budget des Francofolies et même 50 % du budget pour les Solidays (dont les recettes servent à financer la lutte contre le sida). Cependant, ces subventions en partie payées par le contribuable permettent des retombées économiques importantes. Pour le Printemps de Bourges, par exemple, la mairie de Bourges déclare qu’1 euro investi en génère 1,75. Les organisateurs des Francofolies déclarent quant à eux que les 145.000 festivaliers offrent jusqu’à 11 millions d’euros de retombées à La Rochelle pour 77.000 habitants.


Quoi qu’il en soit, les festivals semblent s’imposer comme l’une des manifestations culturelles préférée des Français et les chiffres semblent leur prédire un avenir radieux avec des fréquentations et des recettes en hausse chaque année. La hausse des recettes entraîne une hausse des subventions et vice-versa, ce qui permet une amélioration de l’organisation et attirer des artistes de plus en plus bankables, pour le plus grand bonheur des festivaliers.


Clément Canaux


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