ICJ23791418 Le film qui a coûté plus cher que le débarquement
  • Arsène Gay

Le film qui a coûté plus cher que le débarquement

Sorti en 1983 et réalisé par Jean-Marie Poiré, Papy fait de la résistance est en réalité l’adaptation de la pièce de théâtre éponyme interprétée 2 ans plus tôt par la troupe du Splendid mais écrit seulement par Christian Clavier et Martin Lamotte.


A la tête du casting, la troupe du Splendid évidemment composée de Gérard Jugnot (Adolfo Ramirez), Christian Clavier (Michel Taupin) qui tiennent de vrais rôles principaux mais aussi Thierry Lermitte (le colonel SS) et Michel Blanc (le père Leboeuf). Cependant les grands noms présents dans ce film ne s’arrêtent pas là, Martin Lamotte (Guy-Hubert Bourdelle alias Super-Résistant), grand ami des membres de la troupe fait aussi partie du film avec un rôle principal, ou encore Jacques Villeret (demi-frère d’Adolf Hitler) qui remplace Louis de Funès, décédé juste avant le tournage, le 27 janvier 1983. Tous ces acteurs incarnent la « nouvelle génération » qui émerge dans les années 70-80. Mais elle est accompagnée dans le film par des acteurs de « l’ancienne génération » comme le célébrissime Michel Galabru (Jean-Robert Bourdelle dit Papy), mais aussi Jacqueline Maillan (Héléna Bourdelle) ou encore Jean Carmet (André Bourdelle).


Nous sommes en 1943, l'hôtel particulier des Bourdelle, famille de musiciens, est réquisitionné par l'armée allemande, qui y loge le général Spontz, francophile, mélomane et qui y prend très vite ses aises. Toute la famille se retrouve reléguée à la cave, en compagnie de Michel Taupin, un compagnon de l'ombre d'André Bourdelle, résistant tué accidentellement par l’explosion de sa propre grenade. La cohabitation est difficile et chacun va lutter à sa façon contre l'envahisseur avec l’exemple du double-jeu mené par Guy-Hubert Bourdelle qui semble être un collaborateur, mais qui en réalité est le célèbre Super-Résistant qui mène la vie dure à l’occupant allemand. Un jour, Héléna et sa fille ramènent un aviateur anglais qui vient de s'enfuir de la Kommandantur ce qui plongera la famille, un peu malgré elle, dans une résistance active.


À sa sortie, alors que le film est distribué le même jour que Marginal avec Jean-Paul Belmondo, il va rencontrer un succès conséquent, réalisant l’un des plus gros nombres d’entrées de l’année avec plus de 4 millions de personnes qui se rendront dans les salles pour le voir. Ce succès, il le doit à son budget considérable. En effet, près de 30 millions de francs (4,5 millions d’euros) ont été déboursés pour ce film ce qui en font une superproduction à la française. Pour l’époque, il s’agit clairement d’un blockbuster, un film dans lequel beaucoup de confiance a été placé, notamment grâce au succès récent de la troupe du Splendid avec Le Père Noël est une ordure, déjà réalisé par Jean-Marie Poiré.



Une réception qui marque un renouveau


Cependant, avec le recul, on remarque que la réception du film laisse découvrir beaucoup plus de choses qu’un simple succès commercial. En effet, à sa sortie, le film ne fait pas de vagues. Même si cela semble normal en 2019, il faut comprendre que le contexte n’était pas le même à l’époque car la France, depuis la fin de la guerre, cherchait à faire abstraction de tout ce qui s’y était passé durant la "période sombre". Au lendemain de la guerre, c’est le mythe résistancialiste qui domine et les films au cinéma ne vont pas vraiment s’en éloigner, montrant une France unie derrière la Résistance. C’est le cas par exemple du film Le Père Tranquille (1946). Cette mémoire dominante va alors s’effriter avec le temps, devenir de moins en moins dominante jusqu’à laisser place à la vérité. En 1971 sort Le Chagrin et la Pitié de Marcel Ophuls. Il ne sera diffusé à la télévision française que 10 ans plus tard mais aussi l’ouvrage La France de Vichy de Robert Paxton en 1972 qui sont 2 œuvres marquantes, montrant la collaboration de la France et non pas la perpétuation du mythe résistancialiste.


À l’époque, ces films font jaser, on ne supporte pas l’idée que tout cela puisse être vrai et c’est difficilement que l’acceptation va se faire une place. Cependant, un film va réellement marquer la fin de tout cela, il s’agit de Papy fait de la résistance. En effet, à sa sortie, malgré sa popularité énorme, le film ne fait pas de vagues. Pourtant la France qui est représentée dedans n’est pas vraiment celle du mythe résistancialiste. Entre français collaborateurs, résistants maladroits voire ridicules, c’est une bien triste image qui est dépeinte, très loin de ce qu’il se faisait quelques années plus tôt, alors que ce sont ces films-là qui l’ont inspiré.


Un métafilm


La troupe du Splendid a passé plus de 6 mois de réécriture pour adapter leur pièce à un scénario de métafilm. Afin d'enrichir au mieux leur script, la troupe se procure nombres de documents et de revues sur la guerre et l'Occupation et s'enferment des journées entières à la Cinémathèque du bois d'Arcy où ils visionnent une multitude de films français tournés entre 1946 et 1950. C’est pourquoi dans le film, Papy est surnommé Le Père Tranquille en référence au personnage de Monsieur Martin. Beaucoup d’autres éléments justifient cette réception, Super-Résistant par exemple, possède la même apparence que Fantomas, personnage de fiction française. Le général Hermann Spontz, interprété par Roland Giraud, fait référence à l'officier imprégné de culture française dans Le Silence de la Mer sorti en 1949.


Dans Papy fait de la Résistance, ce sont toutes les formes de résistants et de collaborateurs qui sont représentés car le film est avant tout un film comique. Le but est de faire rire et cela marche très bien. C’est cet humour qui permet au film de traverser les polémiques et les époques.


La fin du film se conclut par une parodie de débats télévisés, Les Dossiers de l’écran présenté par Alain Jérôme dans son propre rôle où les personnages vont faire tourner le débat à la catastrophe en passant à tabac Ramirez Junior. Cette fin montrant un film dans le film, illustre bien tout le second degré présent mais permet de rapprocher le spectateur de l’histoire.

Mais plus qu’un film dans le film, c’est aussi un film sur les films, qui reprend tous les clichés qui ont pu être aperçus pendant toutes les années qui ont suivi la guerre, les regroupant pour en montrer le ridicule.


Arsène Gay, Arthur Dep

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