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  • Amandine Rossato

Le droit à la mort au cœur des débats


Hôpital de Tarbes (Hautes-Pyrénées), lieu de travail du docteur Boespflug ©100% Radio

La volonté d’euthanasie s’est peu à peu répandue dans nos sociétés : on peut souhaiter mettre fin à ses jours. Alain Cocq crie à son droit à la mort et l'histoire démontre qu'il n'est pas le premier.

Le serment d’Hippocrate est considéré comme le texte fondateur de la déontologie médicale, chaque médecin a prêté ce serment avant d’exercer sa profession au sein de la société. Il n’a aucune valeur juridique, mais a une portée symbolique très forte. Il a pour objectif de rappeler aux médecins qu'ils sont liés à des obligations légales, morales et éthiques. Ils doivent respecter la maxime : "Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément". La dernière phrase est éloquente, un praticien ne peut s’arroger le droit du décès de son patient. Ne peut-il donc pas pratiquer l'euthanasie ? La réponse se révèle être une question d'interprétation du texte car en s’adonnant à cette pratique un médecin soulage les souffrances, mais il provoque ainsi la mort délibérément.


A l’origine, l’euthanasie a un caractère libérateur. Elle délivrait l’Homme de toutes ses souffrances. La notion relève du domaine médical dès la Renaissance. Ce n’est qu’à partir de 1930 qu’elle devient connotée négativement. Le XXe siècle a été vécu comme un traumatisme pour des populations victimes de l’euthanasie par les régimes totalitaires. Le gouvernement d'Hitler a notamment obligé le personnel médical à déclarer les personnes atteintes de maladies mentales ou encore les Juifs avant de lancer une «campagne de désinfection». Alors qu’elle semblait soulager les souffrances de l’Homme, il semblerait que le racisme et l'antisémitisme l’ait mené à un usage considéré comme immoral.



Arrêt des soins de Vincent Lambert : une famille déchirée

L’origine de l’Affaire Lambert remonte à un événement tragique pour la famille : un des fils entre dans un état végétatif après un accident de la route en 2008. Vincent étant plongé dans un coma, les membres de sa famille débutent un débat sur un sujet controversé : l'arrêt des soins. Cette affaire va être mise en avant et suivie par les médias français ; participants à sa popularisation ainsi qu'à son avancée politique et judiciaire. D’un côté, sa femme souhaite le respect de la volonté de Vincent. Ils se sont déjà, à de multiples reprises, exprimés déclarant “qu’il ne voudrait jamais vivre une vie ainsi”. De l’autre, les parents de Vincent Lambert s’opposent à cette idée. Pour eux, faire une telle chose revient à “faire une mise à mort.”

Finalement le débat sera tranché et les traitements seront arrêtés grâce à la loi Claeys-Leonetti de 2016, qui autorise l'arrêt des traitements en cas "d'obstination déraisonnable". Ainsi, Vincent Lambert meurt le 11 juillet 2019, 11 ans de coma après son accident en laissant derrière lui une famille complètement détruite.

L’Affaire Vincent Lambert fait la une des médias et sensibilise l’opinion. Certains concitoyens sont favorables au suicide assisté car ils craignent d’être avilis par la médicamentation. Selon les mots du député et médecin Leonetti : “Quand on visite une maison de retraite, on voit des personnes absentes d'elles-mêmes. Certains se disent qu'il vaudrait mieux mourir tout de suite.” Néanmoins le débat repose sur une série de paradoxes : les dernières décennies s’accompagnent d’une augmentation de l’espérance de vie et pourtant de plus en plus de personnes désirent avoir accès à la mort assistée.



Le Dr Olivia Boespflug, médecin des unités de soins palliatifs à Tarbes dans les Hautes-Pyrénées, considère que « personne n’est à l’abri [d'être] placé dans une situation d'état végétatif chronique. Est-ce que l’on souhaite être maintenu artificiellement en vie ou pas ? C’est difficile de se poser ses questions-là quand on est en bonne santé, que rien n’annonce une situation compliquée comme celle-là."

Elle affirme l'importance de rédiger des directives anticipées ou de désigner une personne de confiance pour que le patient puisse encore "avoir [son] mot à dire".


Pour entrer en soins palliatifs « Il y a un formulaire d’admission. Le patient doit avoir une maladie grave, évolutive, pas nécessairement une phase terminale. Les patients sont admis soit parce qu’il y a des symptômes d’inconfort physiques, de la douleur, des troubles digestifs, des troubles respiratoires. Soit car il y a besoin de soutien psychologique. Ça peut également être pour des séjours de répit. Bien sûr, on accueille aussi des patients en fin de vie. »



Des maisons de "suicide assisté"


Maison de l'association Dignitas pratiquant le suicide assisté, banlieue de Zurich (Suisse) ©Sébastian Derungs / AFP

En Suisse, dès 2001, l’euthanasie est légalement autorisée sous des conditions très précises, sous le nom “d’assistance au suicide”. Ce phénomène consiste alors à mettre à disposition au patient les moyens de se suicider sans violence. Un phénomène social s’y est créé depuis quelques années : le “tourisme de la mort.” Il désigne l’ensemble des voyageurs qui vont en Suisse pour bénéficier de l’assistance à la fin de vie. Considérée comme une dérive pour certains, elle est pour d’autres une opportunité de réaliser ce qui est prohibé dans leur pays d’origine, l’assistance à la fin de vie.

Pour le Dr Boespflug, « Ce qui est gênant c’est qu’on a l’impression que c’est un commerce. Cela coûte extrêmement cher. C’est assez dérangeant. C’est un peu comme une organisation industrielle qui est extrêmement gênante de mon point de vue de médecin de soins palliatifs. Déontologiquement, législativement et éthiquement parlant je n’adhère pas à cette manière de faire. »




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