ICJ23791418 La ZAD de la Dune : un combat pour l’environnement, une expérience humaine
  • Basile Puaud

La ZAD de la Dune : un combat pour l’environnement, une expérience humaine

Mis à jour : 3 nov. 2019


Une nouvelle ZAD


Il y a maintenant 6 ans, en 2013, toute la France parlait de la ZAD (Zone À Défendre) de Notre-Dame-des-Landes.

Pour faire un petit rappel, cette ZAD s’était créée à l’initiative des opposants au projet d’aéroport du Grand Ouest en Loire-Atlantique. Ces militants s’étaient installés sur les lieux des futurs travaux pour dissuader l’État de détruire une zone humide protégée. Dans cette optique, des tentes ont été montées, des cabanes ont été construites à partir de matériaux de récupération et une véritable vie en société voit le jour entre les 200 premières personnes installées.

Je vous rappelle cet événement aujourd’hui car une fois de plus, des défenseurs de l’environnement se sont levés pour de nouveaux éviter que la volonté de faire du profit ne détruise une zone naturelle.

À l’instar de leurs prédécesseurs, ceux que l’on appelle les « Gardiens de la Dune » se manifestent dans le Grand Ouest, à Brétignolles-sur-Mer, en Vendée.

Cette nouvelle ZAD a été mise en place sur un site menacé par un projet de port de plaisance de 900 anneaux (photo actuel et image de synthèse du projet ci-dessous)


À gauche, la dune actuelle, et à droite, ce à quoi pourrait ressembler le port

Un projet menaçant rempli de failles


Le projet du port de Brétignolles-sur-Mer est un projet vieux de 20 ans et il donne l’impression de ne pas avoir été réfléchi d’un point de vue environnemental.


La construction de ce port aboutirait à plusieurs problèmes :


- L’agencement du port révèle que son accès y serait périlleux. En effet, les vents de Nord-Ouest dominants dans cette zone et la houle déporteraient les bateaux vers les massifs rocheux à leur arrivée.


- Le lieu est une zone hydrogéologique complexe : y creuser à 15 mètres de profondeur risque de perturber son équilibre hydrostatique (équilibre de la pression exercé par l’eau en sous-sol).


- Un massif dunaire en ZNIEFF 2 (Zone Naturelle d’Intérêt Écologique Faunistique Floristique) et une zone maritime Natura 2000 seraient impactés par le projet.


- Un peu plus au Sud, à L’Aiguillon-sur-Mer, la tempête Xynthia avait fait 29 morts en 2010. Faire rentrer « la mer dans les terres » dans une zone à risques peut s’avérer dangereux à l’avenir.


- Les gravats issus des travaux seront déversés dans une ancienne carrière qui représente pourtant une réserve d’eau douce de 340 000 mètres cube.


De plus, outre tous les problèmes que ce port est susceptible d’engranger, ce projet comporte des failles et des incohérences.

L’utilité sociale du projet est loin d’être évidente. Supprimer deux plages et une école de voile ne semble pas réellement améliorer le cadre de vie des habitants de Brétignolles-sur-Mer et des environs.

La viabilité économique est, elle aussi, loin d’être assurée. Le coût de base qui s’élevait à une dizaine de millions d’euros ne représenterait pas le prix final. En effet, la perturbation du transit sédimentaire entraîner par la construction du port amènerait l’obligation d’un dragage régulier et donc de travaux d’entretien et de surcoûts supplémentaires toujours plus nombreux.

En définitif ce projet ne semble viable sur aucun point, que ce soit sur l’aspect social, économique ou environnemental. Cependant, les pressions de la justice, des élus et des entrepreneurs ne cessent de se multiplier à l’égard des Gardiens de la Dune. D’ailleurs ces gardiens, qui sont-ils ?


La ZAD de la Dune de l’intérieur


Pour comprendre leurs objectifs et essayer de leur donner la parole tout en détruisant certains clichés sur les zadistes, je suis rentré dans la ZAD de la Dune et j'ai eu la chance de pouvoir parler à certaines personnes sur place. Je vais donc vous raconter cela.

(Par souci d’anonymat aucun prénom ni nom de famille ne m’ont été communiqués mais de toute façons citer des noms n’est pas l’objectif de cet article)




Une volonté de sensibiliser et de transmettre


Bien entendu la première chose que j’ai vu était l’entrée. À l’entrée se trouve une cabane qui est une sorte d’accueil avec un comptoir. Sur ce comptoir se trouve la pétition que l’on peut signer pour s’opposer au projet de port. Et, tout autour de l’accueil et sur la devanture se trouvent des panneaux informatifs. Ces panneaux parlent aussi bien du milieu qui risque d’être détruit que, des dangers du projet. Il y a également un panneau qui est une zone d’affichage libre permettant à qui le souhaite d’y accrocher ce qu’il veut. Ainsi, sur ce panneau j’ai pu voir des informations, des dessins et même un poème.

Dans le but de sensibiliser le plus de gens possible, la ZAD de la Dune organise également des journées portes ouvertes avec des activités pour les petits et les grands. Lors d’une de ces journées, ils ont, par exemple, réalisé une grande fresque participative. De plus il y a un « coin enfants » avec une cabane et un tipi conçu spécialement pour les plus petits.

En plus de tous les renseignements et des animations, les occupants du lieu sont très accueillants et accessibles pour répondre aux questions du public qui vient visiter. Car, la ZAD de la Dune est un lieu de partage de savoir et de biens. Chaque jour, des passants s’y arrêtent pour se renseigner. Et, chaque jour des riverains viennent rendre visite aux occupants du lieu, ce qui m’amène à un point que j’estime important.


Partage et solidarité en maîtres mots


Si dans les esprits les plus fermés et les plus stigmatisants, les zadistes ne font rien de leurs journées, et bien c’est très éloigné de la réalité.

Après l’avoir vu et entendu de la bouche des principaux intéressés, c’est-à-dire des zadistes eux-mêmes, j’ai pu constater que dans une ZAD, il y a toujours quelque chose à faire. En effet, une ZAD est un lieu où une vie en communauté s’organise. Et pour que cela fonctionne, chacun doit y mettre du sien et ça je l’ai compris par bien des aspects.

Premièrement, contrairement à ce que l’on pourrait penser, les déchets sont très bien gérés. Tout est rassemblé au même endroit : sur une bâche dans des sacs et des poubelles. Cette ZAD est loin d’être un endroit sale.

Ensuite, les constructions m’ont impressionné. Voir ce que les gardiens de la Dune ont réussis à construire à partir de matériaux de récupération telles que des palettes m’a fait réfléchir sur l’entraide nécessaire à ces réalisations. Outre les coins toilettes, salle de bain et le garage à vélo, il y a :

- deux chambres pouvant abriter 4 personnes voire plus

- une troisième chambre pouvant loger une dizaine de personnes

- un coin cuisine plutôt fonctionnel, propre et bien organisé

- une série d’éviers pour la vaisselle

- une grande pièce à vivre avec des canapés où se tiennent les assemblées générales et où plus d’une centaine de personnes s’est déjà tenu

- un coin lecture

- un «phare» de deux étages pour surveiller les alentours et créer un point de ralliement (le poids supportable y est limité mais c’est tout de même impressionnant).



Et tous ces aménagements sont réalisés par les zadistes en mutualisant les matériaux et les compétences. Certes cela n’est rien de luxueux mais, en plus des tentes, cela suffit à abriter environ une quarantaine de personnes, selon les nuits, dans des conditions décentes. Par conséquent, il y a toujours de la vaisselle à faire, un plat à préparer pour soi ou pour les autres ou encore un bâtiment à améliorer ou à construire.

Mais le plus marquant en ce qui concerne le partage selon moi, c’est l’accueil fait aux zadistes par les riverains. En effet, j’ai été surpris de découvrir l’importance de l’aide apporté par les résidents des environs.

Les aides passent bien évidemment par des dons. Que ce soit de la nourriture, des matériaux de construction ou encore des couettes et même des poules (surprenant n’est-ce pas ?).

Cependant, j’ai été surpris de découvrir que parmi les 100 à 150 visites de personnes venant aider, certaines passaient proposer de prendre du linge et de le ramener, d’autres viennent quasi- quotidiennement quelques heures pour parler et prendre des nouvelles et certains déposent même des livres ou des instruments de musiques tels que des didgeridoo ou des bâtons de pluies.

Ainsi, grâce aux riverains, la ZAD de la Dune dispose d’un carnet d’adresses locales pour palier aux différents problèmes qui pourraient survenir (problèmes médicaux par exemple).

Cette solidarité de la part des riverains en plus de me réjouir m’a pour le moins surprise. Mais, c’est en parlant avec celui qui m’a fait visiter (que je remercie d’ailleurs énormément), et avec des gens que je croisais au sein de la ZAD que j’ai compris pourquoi il y a un tel engouement autour de ces gens.


Un message


Si la ZAD de la Dune s’est créée à la base c’était bien évidemment pour stopper le projet destructeur de port à Brétignolles-sur-Mer. Cependant, le message que les zadistes cherchent à transmettre va bien plus loin que ça.

La lutte pour la protection de l’environnement amène logiquement à promouvoir l’entraide. La personne qui m’a fait visiter m’a dit une phrase qui m’a interpellé (positivement) : « Tout le monde est un peu zadiste, que ce soit celui qui donne de la nourriture, celui qui reste quelques jours, comme celui qui reste quelques heures. Tout à chacun est le bienvenu. »

À ce moment là, il a fait un salut de la main à une personne en scooter qui passait et qu’il ne connaissait pas, cette personne lui a répondu par un salut également. Suite à ça, il m’a dit : « Lui aussi, il est un peu zadiste d’une certaine manière. »

Et peu importe à qui je parlais sur la Dune, cet engouement pour l’entraide et le vivre ensemble était présent dans tous les discours.

En entrant dans la ZAD de la Dune, j’avais des a priori que j’entendais un peu partout et que je cherchais à faire voler en éclats.


Les Gardiens de la Dune ont pour beaucoup mis leurs vies en pause pour être où ils sont aujourd’hui. Leur courage et leur sympathie m’ont démontré que ces clichés n’avait pas lieu d’être ; et que, au lieu de se chercher des excuses pour faire du profit au détriment de l’environnement, on ferait mieux de se concentrer sur ce qui est essentiel et sur ce qui nous fera vraiment avancer vers l’avenir, la bienveillance et le partage.


Basile Puaud


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