ICJ23791418 La reconnaissance du génocide arménien par les États-Unis
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La reconnaissance du génocide arménien par les États-Unis

Ce mardi 29 octobre 2019 , la chambre des représentants des États-Unis annonçait la reconnaissance symbolique et officielle du génocide des Arméniens. Cette déclaration a fortement déplu au gouvernement Turc, témoin d'un conflit actuel vipérin entre les deux pays.


Dans les faits, de 1915 à 1916, près de 1, 5 millions d'Arméniens ont été déportés et massacrés sur le territoire de l'empire Ottoman (actuelle Turquie) alors même qu'ils en faisaient partie. Les décennies passèrent et cet événement resta longtemps sous silence, jusqu'aux années 1960 au cours desquelles l'Uruguay fut le premier pays à reconnaître officiellement ce génocide, ensuite suivi par le parlement européen et peu à peu par différents gouvernements. En France ce n'est qu'en 2001 qu'une loi est instaurée afin de déclarer publiquement l’existence des faits.

La reconnaissance américaine ne s'est officialisée qu'à la fin de ce mois d'octobre, un acte loin d'être anodin au vu des échéances actuelles.


La provocation Américaine, la réaction Turque


D'abord, la cause du problème se situe en Syrie, territoire où les combats font rage entre Turcs et Kurdes, ces derniers alliés de circonstance avec les États-Unis. Il est néanmoins important de préciser que Turquie et États-Unis entretenaient jusqu'alors une alliance historique. Les armées américaines sont donc venues au soutien des troupes Kurdes durant de nombreuses batailles afin d'obtenir leur indépendance sur une partie du territoire syrien. Après plusieurs retournements de situation, les soldats Américains ont finalement reçu l'ordre de se retirer, tout comme les Kurdes quelques jours plus tard. Les tensions restent tout de même fortes entre les différents opposants de cette guerre, cela expliquerait donc la décision soudaine de la chambre du congrès de Washington, élément majeur du système politique de la nation nord-américaine. Évidemment, le gouvernement Turc n'a pas tardé à réagir à cette annonce. Offusqué, Recep Tayyip Erdogan déclare que reconnaître le génocide n'a « aucune valeur » pour son pays, montrant ainsi son indignation et renforçant le climat de défiance dans les relations américano-turques. L'ambassadeur des États-Unis sur place, David Satterfield, fût très vite convoqué par le gouvernement turc pour le motif d'une « décision dépourvue de fondement juridique ou historique prise par la Chambre des représentants ». Une lutte à distance qui s'avère bien révélatrice de l’envenimement des relations entre Washington et Ankara, malgré un probable arrêt prochain des combats en Syrie.



Le remerciement des Arméniens, teinté d'amertume ?


Du côté du peuple arménien, c'est une réponse neutre et cohérente qui a été accordée aux États-Unis. Par un simple message sur les réseaux sociaux, le premier ministre d’Arménie Nikol Pashinyan a tenu à saluer "le vote historique du Congrès américain reconnaissant le génocide arménien". Le souvenir du génocide peut paraître donc lointain dans leur mémoire mais il révèle aussi d'une certaine détermination des arméniens de regarder vers l'avant. Le long silence des Nord Américains par rapport à ce sujet durant ce dernier siècle a aussi rendu cet hommage bien moins impactant, n'encourageant pas les descendants des victimes à réellement être reconnaissant du geste. D'un point de vue extérieur, l'indignation des Turcs dans cette affaire montre la perpétuité du conflit encore de nos jours ; ainsi que le refus du pays à remettre en question sa position dans les mémoires des actes du passé. Des tensions anciennes qui resteraient donc comme une cicatrice historique qui ne serait pas complètement recousue, bien que le quotidien des deux pays d'Asie Orientale ne soit plus impacté par le génocide. Le blâme est peut-être aussi à rejeter sur la responsabilité américaine dans ce débat. Reconnaître le génocide Arménien uniquement maintenant, alors que cela fût déjà fait dans de nombreux pays démocratiques partout sur le globe, semble légèrement maladroit au vu du contexte actuel et de la guerre idéologique qui les oppose à Ankara.



Le souvenir du génocide et des tensions relatives


Karen Minasyan / AFP

Le refus turc de reconnaître le génocide témoigne de discordes encore persistantes. En démontre la réaction du président Erdogan, négative et expéditive : il n'a pas souhaité s'étaler sur le sujet. Bien qu'empreint d'un lourd passé historique, la rancune entre Turc et Arménien n'a finalement que peu de raison d'être actuellement. Une idée nous laissant penser qu'il n'est pas impossible d’améliorer les relations entre ces deux nations à l'avenir. De nombreux conflits politiques et militaires concernent directement la Turquie, une tâche complexe leur reste donc à surmonter. Tandis que la « nouvelle » Arménie (comme elle aime se nommer) s'est décidée à regarder vers l'avant afin de recommencer un développement nouveau. Des occupations diverses qui les détournent de l'idée d'organiser une réelle discussion pouvant mener à une réconciliation entre les deux peuples.


Une simple déclaration de la chambre des représentants américaine a donc révélé la présence de deux conflits distincts mais à la fois liés par les événements récents.

États-Unis et Turquie n'en ont pas encore finis dans leur bataille à distance bien que Trump ait finalement choisi de retirer ses troupes du territoire Syrien. Les relations entre les deux pays ne sont donc plus de l'ordre militaire mais fortement sur le déclin politiquement parlant. Turquie et Arménie restent profondément marquées par leur passé commun mais les tensions ne sont aujourd'hui plus que morales et possiblement vouées à s'amoindrir avec le temps.


Clément Gazarian

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