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  • Sara Jardinier

« La déferlante surf » : une exposition qui fait voyager

Mis à jour : oct. 6

Une exposition qui nous fait oublier les tracas de la vie quotidienne aussi vite que déferle une vague en temps de tempête. Une mise en scène digne du sixième d’art réalisée par la ville de Bordeaux. Une immersion stupéfiante dans un monde que l’on découvre ou redécouvre. « La déferlante surf » est un nom qui fait sens tant l’exposition retrace de manière temporelle et géographique (quoi que) toute l’histoire de ce qui pourrait s’apparenter à une religion : le surf.



Mi-octobre, un jour où le temps est maussade, il ne pleut pas rue Sainte Catherine. C’est au sein de la cour pasteur que l’on entre dans le musée d’Aquitaine, un grand musée d’architecture ultra classique. L’attrait de ce lieu surprend quand il se confronte aux grandes boards américaines le long des colonnes corinthiennes, les statuts d’inspiration polynésienne d’Olivier Millagou place un début de beau temps dans les esprits. Et ensuite, c’est l’immersion totale. Un petit passage dans le coin de la pièce fait guise de transporteur spatio-temporel car derrière le rideau c’est dans un autre monde que l’on arrive. Tout est agencé dans l’esprit d’une mise en scène. La sculpture en forme de vague faite de bout de bois nous immerge comme un tube de Teahupoo le ferait.


© Musée d'Aquitaine

Les premières scènes s’appuient sur les sens. Le visuel évidemment joue un rôle plus qu’essentiel, les informations sont disposées ici et là de manière à conserver un esprit de liberté. La collection absolument gigantesque de Gérard Decoster est tellement diverse que celui-ci alimente 80 % de l’exposition. Et c’est cette ambivalence qui évoque le voyage du moins pour les deux premières pièces. La couleur jaune, place importante dans ce monde parallèle, des jeux de lumières bleues mêlés à des tons colorés qui s’apparentent à des rayons de soleil à son levé jouent un rôle fondamental dans l’immersion. Sur les murs, on retrouve des vidéos projetées, la calme bousculade des vagues sur une plage idyllique des régions océaniques. C’est sans compter sur la présence d’une ambiance sonore qui nous plonge dans un jour d’été aux bords de l’eau appréciant la faune et la flore.


Des transitions décevantes ... 


L’émerveillement se prolonge sur les deux premières pièces et c’est là que l’engouement retombe, l’American Surf Dream est de courte durée car soudainement un long couloir resté neutre scinde l’exposition. Sans couleur, sans musique. Le battement nous fait ressentir la même sensation désagréable du retour à la réalité de la fin des vacances. La troisième salle quant à elle possède de belles pièces, un nombre incalculables de board, du short au long mais ça ne règle pas le problème. La lumière est blanche est désagréable, plus de sons ni de vidéo, seulement de grandes vitrines remplies de goodies liés au surf.

Et cette désagréable sensation se poursuit lors de la partie « France » puisqu’en réalité elle est uniquement locale, centrée sur l’ex-région Aquitaine. La volonté de boucler la boucle ne fonctionne pas ici. La vision de la dernière salle est malheureusement trop géo centrée. L’exposition aborde trop légèrement des spots qui sont essentiels dans l’étude du surf français et ne se mouille pas trop en restant sur la vague Aquitaine. Elle ne touche pas au surf breton, ou méditerranéen moins connu certes mais le but de ce genre d’exposition n’est-il pas de mettre en lumière des aspects trop peu éclairés ? Les choix réalisés par le musée auraient pu être reproportionnés afin d’élargir le spectre de « la vie surf ».


"L'identité surfeur"


L’exposition se concentre sur une principale idée : le surf n’est pas uniquement un sport. Il s’est très largement imposé comme étant une culture au fil des années. Il faut montrer qu’il y a autour d’un sport une sorte d’aura qui emporte le passionné comme le curieux. Le concept de surf culture est très largement comparable à la dolce vita italienne et la dernière salle de l’exposition le démontre. Une gigantesque pièce accueille presque aucune planche en comparaison des autres mais une multitude d’objets liés à la surf culture. Un bar Tiki, de grands jukebox avec une liste interminable de sons des Beach Boys, du grand Elvis ou de The Ohana, mais aussi des vêtements qui témoignent du style « surfeur » dans les années 70. On comprend alors que ce sont des États-Unis et non à l’origine que la culture surf se développe, lié à la mondialisation. Les idéaux sont acquis par l’opposition forte à la surconsommation des années 60. La nouvelle génération de jeunes hippies se rattache à ce sport et crée une véritable vague de démocratisation du surf. En n’oubliant pas que le surf est chargé culturellement depuis son origine avec le poids impressionnant du patrimoine polynésien. L’exposition veut réellement montrer la différence entre l’âme du surf qui se retrouve en Polynésie à sa genèse et le mode de vie qui s’est imposé aux États-Unis. En d’autres termes, il faut bien faire la différence entre l’action de l’esprit et sa place dans la société. Pour bien comprendre ce point de vue, l’exposition nous propose une réelle synergie de différentes sciences et arts. La philosophie reste la plus centrale avec des citations de grands penseurs qui voguent par ci par là sur les murs. Ce mélange est d’autant plus intéressant quand tout cela est mêlé à l’artisanat. Un véritable atelier de shapper est reconstitué autour d’une quinzaine de photographies réalisées par le célèbre photographe Stephan Vanfleteren. L’utilisation de plusieurs arts comme le cinéma ou la peinture montre encore plus la pluralité du surf et c’est sur ça que va jouer « La déferlante ». Longtemps, le surf est pensé au travers de la littérature mais aussi comme science. Une sorte de thérapie et de mode de pensée, on a pu découvrir ce remède dans le documentaire Netflix « Vers la surface ».

Alors voilà, le musée d’Aquitaine a su déceler et exposer le mythe surf de manière à captiver experts et néophytes. Même si on aurait parfois tendance à rester sur notre faim, la déferlante surf nous met des étoiles plein les yeux. Un voyage qui illumine les visages à la sortie. Idéal pour changer d’air et briser le quotidien car le contexte reste atypique. L’exposition invite un plus grand nombre et repose aussi sur des interrogations mondiales. 15 m² à la fin exclusivement réservés à la lutte pour la préservation marine et une alerte face aux enjeux climatiques ! Comme si c’était une mise en garde adressée aux visiteurs en disant : « faites attention à la planète si vous voulez que le rêve continue ». En bref « La Déferlante surf », c’est un mythe dont on doit prendre soin.


Sara Jardinier

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