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  • Hugo Mougin

L’homosexualité en NBA ou une histoire mouvementée

Mis à jour : sept. 18



Malgré les nombreuses avancées sociales de ces dernières décennies dans ce domaine, l’homosexualité reste un sujet majoritairement tabou dans le sport de haut niveau. Alors que récemment, nous avons pu observer des problèmes dans les tribunes de stades de football, le basket et la NBA ne sont pas épargnés par ces questions. L’acceptation dans le vestiaire ou le problème des publicitaires sont des éléments qui peuvent expliquer une grande réticence des joueurs à faire leurs coming-out. 


Il n’y a donc que deux joueurs qui ont osé faire leur coming-out dans toute l’histoire de la NBA, ce qui reste un chiffre ridicule comparé au nombre de joueurs qui sont passés par la « Grande Ligue ».


Le premier d’entre eux est John Amaechi, de nationalité anglaise. Il fut le premier joueur de l’histoire NBA à assumer publiquement son homosexualité. Joueur mineur de la « Grande Ligue », il ne joua que 5 ans en NBA avec une moyenne de 5,9 points marqués par rencontre. Il évolua pour sa première saison chez les Cleveland Cavaliers puis les deux suivantes au Orlando Magic avant de s’envoler pour le Utah Jazz pour ses deux dernières saisons NBA


John Amaechi. Crédit Photo : Fernando Medina

Ce joueur est resté dans les mémoires de la NBA non pas comme un immense joueur de basket mais plutôt pour avoir été le premier à faire son coming-out. Il s’agit du premier de l’histoire du sport américain, parmi les autres ligues : NFL (National Football League), MLB (Major League Baseball), NBA (National Basketball Association) et NHL (National Hockey League), ce qui représente un nombre de joueurs considérable. Après sa retraite officielle en 2003, il publie sa biographie en 2007 où il y fait son coming-out. Mais les différentes réactions montrent bien le chemin qu’il reste encore à parcourir dans le sport professionnel sur des sujets sociétaux de cette importance. Un ancien grand joueur très médiatisé connu sous le nom de Tim Hardaway déclara : « Je déteste les homosexuels. Je n’aime pas être avec eux. Pour moi, ces gens-là ne devraient pas exister, ni aux Etats-Unis ni ailleurs. Je n’aurais pas voulu avoir un homosexuel dans mon équipe. Si çela avait été le cas, j’aurais gardé mes distances. A mon avis, un gay ne peut pas partager le même vestiaire que les autres. Vous imaginez douze gars sans cesse obnubilés par la présence d’un homosexuel dans le locker room ou sur le terrain et incapables de se concentrer ? Un gay aurait beaucoup de mal à se faire accepter par le reste de l’équipe. Son club serait contraint de le transférer. »  Amaechi répondit qu’il sait « que cette position n’est pas isolée en NBA ». Même si Tim Hardaway est depuis revenu sur ses propos, cette déclaration est bien la preuve du tabou qu’est l’homosexualité dans le sport. Comment un joueur de l’époque peut-il s’assumer pleinement s’il est homosexuel après ce genre de propos ? C’est notamment ce genre de déclaration qui mettent une pression énorme sur les épaules des joueurs homosexuels qui voudraient faire leur coming-out. Tim Hardaway est très influent dans la « Grande Ligue » et ce genre de propos a eu un énorme retentissement outre-Atlantique. 



Jason Collins. Crédit Photo : Rogers Media

Le deuxième joueur à avoir publiquement annoncé son homosexualité est Jason Collins, lui aussi loin d’être un monstre des parquets, mais déjà plus connu que Amaechi. Si son nom vous dit quelque chose, c’est que vous êtes sûrement fan des Nets et de Jason Kidd. Il est bien loin de faire partie des monstres de la ligue même à son époque. On ne se rappelle donc pas forcément de lui pour sa qualité de jeu mais plutôt pour un fait extra-sportif qu’il révélera le 29 avril 2013 dans une interview à Sport Illustrated, magazine sportif incontournable aux Etats-Unis. Il déclara simplement : « Je suis un pivot de NBA de 34 ans. Je suis noir et je suis gay ». Il devient donc le premier sportif dans l’histoire des sports américains à annoncer son homosexualité alors qu’il était encore en activité, puisque John Amaechi était lui à la retraire en écrivant sa biographie. Félicité en personne par le couple Obama, il essuya beaucoup de critiques mais bien moins violentes que celles subies par John Amaechi le pionnier. Autre époque sans doute. La déclaration de Collins arrivant 6 ans après, l’homosexualité était bien plus connue dans la société qu’à l’époque et largement mieux acceptée même si des progrès sont toujours possibles. Il obtint même des soutiens de poids comme Kobe Bryant qui déclara : « Ne pas suffoquer qui tu es à cause de l’ignorance des autres » ou encore Steve Nash : « Le temps est venu. Respect maximum ». Enfin deux soutiens de poids pour les joueurs homosexuels. Faisant partie des icônes NBA, Kobe et Nash ont aussi sans doute permis de redorer l’image de la NBA sur ce sujet-là, qui était en grande partie terni par les propos de Hardaway.


L’autre tabou de la NBA


Venons en maintenant à une histoire qui concerne l’homosexualité d’une façon un peu plus éloignée. Lors d’une conférence de presse du célèbre Magic Johnson, certainement le plus grand meneur de tous les temps,  ce dernier annonce sa séropositivité. Cette conférence se tient le 7 novembre 1991. Et le décès de Freddie Mercury, atteint lui aussi du SIDA mais à un stade bien plus avancé, intervient lui aussi en novembre 1991. Sachant qu’il est séropositif, Magic Johnson décide de prendre sa retraite et de s’éloigner de la NBA pour combattre sa maladie. Ne jouant donc que très peu de matches lors de la saison 1991-1992, il fut quand même élu par les fans dans le 5 majeur du All Star Game 1992. Sans doute une preuve que les mentalités dans la société étaient prêtes à évoluer mais pas celles des joueurs NBA. Magic soupçonnait que son grand ami Isiah Thomas, énorme légende membre des Bad Boys, puisse penser que cette maladie n’était réservée qu’aux homosexuels et par conséquent aurait créer des rumeurs qui racontent que Magic serait homosexuel. Cela signera la fin de leur amitié avant une rencontre en grande pompe sur NBA TV en 2018 pour se réconcilier et oublier le passé. Cette séropositivité n’empêcha donc pas Magic de devenir MVP de ce All Star Game, de faire partie de la Dream Team de 1992 et par la même occasion de laisser sur le carreau Isiah Thomas, qui était aussi en froid avec un certain Michael Jordan. 

Cet épisode démontre aussi l’hostilité et l’ignorance sur l’homosexualité qui régnait à cette époque dans le sport et dans la société, mais aussi l’ignorance sur des maladies telles que le SIDA.


La réalité est aussi que cette peur d’être honnête sur son orientation sexuelle vient en partie de la société dans laquelle nous vivons. Les gens aiment bien en général s’identifier à de beaux et grands athlètes, représentation d’un idéal donné par nos codes sociétaux. Pourquoi les publicitaires sont réfractaires en général à l’idée d’engager des personnes homosexuelles pour des spots ? Tout simplement car la représentation la plus vendeuse sera celle qui correspond le plus à nos idéaux masculins. Ceux-ci que nos critères de beauté et nos codes vont définir. Et l’homosexualité n’en fait pas encore partie. Il est possible de faire évoluer ces problèmes mais cet hyper-masculinisation est fortement ancrée dans nos sociétés et dans le sport de haut-niveau. L’exemple le plus discuté est bien sûr celui de l’homophobie dans les stades de football. 

"L'homosexualité n'a pas sa place dans ce monde-là."

Amaechi déclara à propos de cela : « Qu’aucun basketteur NBA en activité ou à la retraite n’ait ouvertement révélé son homosexualité avant moi n’a rien de surprenant. Nous parlons d’un milieu macho pour qui le sport de haut niveau est une affaire d’hommes. D’hommes avec qui les femmes rêvent d’être, d’hommes que les hommes rêvent d’être. Ce milieu voue un véritable culte à la virilité. Qui n’a jamais entendu l’expression : « Ce n’est pas un sport de gonzesses ! » L’homosexualité n’a pas sa place dans ce monde-là. » La principale peur de ces athlètes homosexuels est le fait de perdre tout ce qui les entoure. Amaechi préféra lui ne faire son coming-out qu’après sa carrière car lui aussi pensait qu’il allait tout perdre en l’annonçant : « J’ai travaillé dur pour avoir ce que j’ai. Enfant, j’étais le gros, isolé des autres. J’ai quitté ma famille, ma mère alors qu’elle combattait un cancer. A l’époque, j’ai estimé que je méritais ma part du gâteau offert par la NBA. » Et certainement beaucoup d’athlètes sont dans le même cas que lui (avec la même peur) car avec seulement 2 joueurs ayant fait leur coming-out dans toute l’histoire de la NBA, il y a certainement des joueurs actuels et passés qui ont cachés cette homosexualité pour ne pas gâcher leur carrière.


Un monde du sport hyper masculinisé et des mentalités pas prêtes à évoluer, voilà les principaux obstacles au développement de la parole libre sur la sexualité de chacun dans les grandes ligues sportives. Mais malheureusement il n’y a pas que le basket qui est concerné, tous les sports de haut niveau sont confrontés à ce problème et il n’est pas encore tout à fait sur la bonne voie pour être réglé sur le court terme.


Hugo Mougin

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