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  • Audrey Faure

IVG : un système français qui place le « dernier recours » au premier plan

Sujette à beaucoup de controverses, l’interruption volontaire de grossesse est en cours de discussion au Parlement pour l’allongement à 14 semaines de son recours.

Brochure du Ministère de la Santé et des Sports © DURAND FLORENCE / SIPA

Les études de la Direction de la Recherche, des Etudes et des Statistiques (DREES) ont récemment montrées que plus de 232 000 avortements ont été réalisés en 2019. Un nombre record depuis trois décennies. Remédier à cette option semble être liée de près à la précarité qui touche la plupart des femmes concernées. Accueillir un nouveau-né demande beaucoup d’investissements et une situation économique stable. Une pression supplémentaire mise sur le dos des femmes. Elles ont peur d’être dans l’incapacité d'élever leur enfant dans un cadre idéal et d'être considérées comme de “mauvaises mères” par la société. Remboursée dans sa totalité sur le territoire français, l’IVG est finalement bien plus accessible que tous moyens de contraceptions qui, eux, ne sont pas pris en charge intégralement. Un illogisme pointé du doigt par plusieurs professionnels.



L’avortement à l’étranger


Certaines se voient franchir les frontières françaises dans l’espoir d’échapper à la maternité. Elles se dirigent vers des pays autorisant l’interruption de grossesse dans des périodes plus vastes. C’est le cas notamment des Pays-Bas qui proposent l’IVG jusqu’à 24 semaines d’aménorrhée, non sans un coût considérable. En 2001, une révision avait permis le passage du délai légal de 10 à 12 semaines mais aussi le libre accès à l’avortement pour les mineures dans l’anonymat complet. Aujourd'hui, un allongement est à nouveau demandé, le nombre de femmes enceintes obligées de quitter le pays pour avoir recours à une IVG étant très important. Garder le bébé est souvent inenvisageable à la suite d’un déni de grossesse ou pour les victimes de viol. Les frais financiers en découragent beaucoup. D’autres voient leurs espoirs d’interruption de grossesse s’envoler par des procédures trop longues, il leur faut parfois plusieurs jours, voire plusieurs semaines pour obtenir un rendez-vous en France, un système très critiqué.



Des professionnels réticents


Israël Nisand, chef du service de gynécologie-obstétrique au CHU de Strasbourg interrogé par Le Monde, explique que nombreuses sont les femmes contraintes d’attendre bien trop longtemps avant d’obtenir un rendez-vous, provoquant le dépassement de la période légalement autorisée pour avorter. C'est là que se situe le vrai fond du problème, révélé en partie par la crise sanitaire du coronavirus. La solution serait donc une prise en charge plus rapide mais aussi une prévention, jugée encore trop absente. Plusieurs spécialistes critiquent la prolongation du délai sur le plan éthique. Passé 12 semaines, le fœtus est en fin de construction, en partie ossifié. Son extraction est plus complexe et moins de médecins sont qualifiés pour ce procédé. Avorter au-delà de ce délai est vu pour beaucoup comme le décès d’un être vivant. Le manque d’efficacité au sein du système est souligné, les priorités de l’Etat sont remises en cause. Ce dernier est accusé de faciliter l’avortement en le remboursant intégralement alors que la pilule reste en partie à la charge des femmes.


Audrey Faure

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