ICJ23791418
  • inesesnault

Entendre pour ne plus écouter les critiques

Née avec une agénésie de l’oreille gauche, Georgia Clémençon aujourd’hui âgée de 18 ans, raconte son parcours. Entre moqueries, opérations et force de rage, la jeune femme est fière de pouvoir entendre des deux oreilles grâce à sa dernière opération.


Georgia Clémençon, 18 ans, atteinte d'une agénésie de l'oreille gauche.

Crédit photo: Georgia Clémençon


Opérée il y a quelques mois de l’oreille gauche, Georgia entend pour la première fois des deux oreilles. "Je suis née avec une seule oreille, je n'ai pas d'oreille gauche. A ma naissance c'était tout plat, pas d'oreille gauche ! " infirme Georgia Clémençon. Le chemin de l'hôpital ne lui est pas inconnu. Et pour cause, à l’âge de dix ans, Georgia subit sa première opération dans le but de créer une oreille superficielle façonnée à partir d’un bout de côte. “Je me suis fait opérer pour la première fois en 2012. En réalité, il y a eu trois opérations au total. La première était la plus risquée et la plus lourde. J’avais à peine 10 ans, j’étais loin de ma famille, à Paris. Résultat, au réveil c’était très dur mentalement. J’ai toujours voulu faire cette opération mais le post-opératoire était très difficile à gérer. Je suis tombée en dépression pendant de longues semaines”, déclare Georgia Clémençon. Une étape difficile donc mais nécessaire pour l’acceptation de soi mais surtout pour ne plus faire face aux regards insistants et aux remarques déplacées. “C’était le moyen de passer inaperçue et que les questions de mes camarades d’écoles cessent enfin” ajoute-t-elle.


"Sans l'école, je ne me serais jamais sentie différente"


L'école est pour beaucoup un lieu de socialisation sur fond d'apprentissage, mais pour d'autres l'école reste une épreuve et un lieu propice aux discriminations. "Mes parents m'ont toujours expliqué ma particularité physique, mais à la maison je ne me suis jamais sentie étrange." explique Georgia Clémençon. Pleine d'inquiétudes, sa mère a souvent appréhendé l'étape de la rentrée scolaire : "Ma mère était très inquiète à l'idée que d'autres enfants se moquent de moi, elle pleurait beaucoup" ajoute-elle. Une famille inquiète mais toujours garante de soutien. "Mes parents et mes sœurs m'ont toujours poussé à accomplir ce qui me faisait peur. Mes parents m'ont très tôt expliqué les différentes opérations possibles" explique-t-elle. Malgré un entourage encourageant, tout n'est pas rose : "Mes grands-parents étaient déçus d'avoir une petite fille avec quelque chose en moins. Pour eux, c'était un handicap irréversible et négatif pour ma vie" ajoute Georgia. Difficile à accepter pour l'ancienne génération. Le poids de la culpabilité qui s'ajoute à la solitude de l'école : "Dans la cour de récré, les enfants étaient attirés par ma différence, les questions fusaient mais une fois répondue je n'étais plus intéressante" explique Georgia. Discriminée à la fois par son handicap mais aussi par sa couleur de peau et ses cheveux afro, pour Georgia, l'école n'a pas toujours été synonyme de joie. "Si j'avais vécu dans une grotte, je n'aurais jamais vu ma différence comme un problème..." conclut Georgia Clémençon.


“Tu peux pas faire ça, t’as qu’une oreille ! ”


Souvent vue comme le vilain petit canard, Georgia témoigne : “ Les enfants sont durs, ils n’ont pas de filtre, j’ai souvent été mis de côté”. Une enfance singulière donc naviguant entre moqueries et amis fidèles de longues dates. "Le plus difficile à vivre c'était l'arrivée des vacances synonyme de centre aéré. Là-bas, je ne connaissais personne, c'était très dur pour moi" explique-t-elle. D'un naturel timide et réservé, Georgia a longtemps préféré rester seule afin d'éviter les questions indiscrètes et provocatrices. " A l'école primaire j'avais deux amies, c'était mes deux seules amies. Elles connaissaient mon histoire, ma différence et je me sentais à l'aise" ajoute Georgia. Une atmosphère incongrue à la création d'amitié et à l'intégration : " C'était impossible de se faire de nouveaux amis. J'étais exclue à cause de ma manière de parler par exemple" conclut-elle. Après sa première opération, les questions et regards mal-placés persistaient : "J'ai dû porter un bandeau pendant plus d'un an après mon opération. J'avais toujours des questions, c'était vraiment pesant. J'en avait marre de devoir faire face aux regards, aux questions ! Je voulais passer inaperçue ! " explique Georgia. Une intervention qui a tout de même eu un impact positif sur son psychique : "Après l'opération je suis devenue fière de ma différence. Je me sentais mieux dans ma tête et mon corps !" ajoute-t-elle.


Vers l'ouïe et l'au-delà


Décembre 2020. Nouvelle opération. Une opération tant attendue pour Georgia : "J'étais déterminée, je voulais entendre coûte que coûte ! " explique-t-elle. La peur n'avait donc plus sa place. Technologie récente, l'opération consiste à implanter un boitier aimanté proche de l'oreille afin de pouvoir aimanté un second boitier à l'extérieur. Intervention coûteuse (près de 10 000 euros), sa famille a longtemps été hésitante. "J'en ai parfois voulu à mes parents car ils ne m'ont jamais parlé de cette opération" explique Georgia Clémençon. Lorsqu'elle a découvert l'existence de cette opération, c'était un signe d'espoir et d'avenir pour la jeune femme : " En décembre 2020, j'ai eu l'opportunité de faire cette opération à moindre coût alors je n'ai pas hésité !"


Photos du boitier aimanté BoneBridge permettant d'entendre. De gauche à droite : le coté aimanté du boitier, le coté visuel du boitier recouvert d'un cache, les différents caches.

Crédit photo: Georgia Clémençon


Depuis seulement quelques semaines, Georgia a reçu son boîtier extérieur lui permettant d'entendre d'autres perspectives. "Aujourd'hui je peux entendre et comprendre la personne sans la regarder ou demander de répéter, c'est trop bien ! " explique-t-elle. Discret et pratique, l'appareil change la vie pour les malentendants comme Georgia. "Grâce à cet appareil j'entends les conversations des gens dans la rue ! Mais aussi plus anecdotique j'entends mon pipi coulé... ahah " ajoute-t-elle en rigolant.



Georgia Clémonçon avec son appareil auditif. Crédit photo: Georgia Clémençon


"Fière de pouvoir entendre"


"A l'heure d'aujourd'hui je suis fière d'avoir fait cette opération. Je suis fière de mon parcours, je suis fière de raconter mon histoire. Cela n'a pas toujours été facile, malgré les pleurs et les doutes, ma différence m'a beaucoup apporté !" confie Georgia Clémençon.


Inès Esnault









43 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout

©2020 par Les Berges De L'Info.