ICJ23791418 En Bolivie, la mobilisation ne faiblit pas
  • MARTIN BURON-BROHAND

En Bolivie, la mobilisation ne faiblit pas

Mis à jour : 29 nov. 2019


Les partisans du principal candidat à la présidence de l'opposition bolivienne, l'ancien président Carlos Mesa, scandent des slogans face aux partisans du président et candidat à sa réélection Evo Morales, à La Paz, le 21 octobre 2019. © AFP, archives

Depuis des semaines, la mobilisation en Bolivie ne faiblit pas. Malgré la démission de l'ex-président Evo Morales, la contestation continue dans les rues du pays où s'affrontent anti et pro-Morales. Retour sur une mobilisation sans précédent.


Très active, l'impressionnante mobilisation en Bolivie ne s'essouffle pas. Des milliers de manifestants sont dans les rues des villes du pays afin de protester contre les élections d'octobre dernier et les résultats de celle-ci. Malgré la démission du président Morales, ils se mobilisent afin de faire entendre leur voix. L'arrivée de la nouvelle présidente par intérim peut-elle réussir à calmer la colère des Boliviens ?


Une élection incertaine


En octobre dernier, près de 7 300 000 personnes étaient appelés aux urnes afin d'élire le président de la République pour les cinq prochaines années. En Bolivie, le président peut être élu dès le premier tour s'il recueille plus de quarante pour-cent des voix et qu'il dispose d'une avance de plus de dix pour cent par rapport au deuxième.

Pour cette élection, une dizaine de candidats présentent un dossier de candidature. La campagne se déroule dans un contexte très tendu.


Face au président sortant Evo Morales, un principal opposant se dresse contre lui : Carlos Mesa. Il est historien et journaliste et devient une menace pour le président puisqu'il parvient à recueillir le soutien de la droite et de la gauche. A l'issue de ce scrutin du 20 octobre dernier, les premiers résultats partiels semblent afficher un second tour entre Morales et Mesa. Cependant, la fin des résultats, montre un avantage pour le président et celui-ci pourrait l'emporter dès le premier tour. Après plusieurs jours de contestation, le tribunal suprême électoral de Bolivie le déclare vainqueur avec 47.07 % des voix contre 36.51 % pour son opposant.


Résultats du Premier tour de l'élection présidentielle en Bolivie © AFP et TSE

Une mobilisation dans la rue


Rapidement, une contestation s’intensifie, des soupçons de fraudes lors de ces élections et le fait que l'OEA (Organisation des Etats Américains) et l'UE mettent en doute la légitimité de ce scrutin viennent renfoncer ces doutes. Ces deux institutions appellent à la réalisation d'un second tour, d'autant plus qu'ils sont soutenus dans leur démarche par d'autres Etats d'Amérique latine.


Afin de manifester leur mécontentement, les Boliviens se rendent dans les rues où très vite un climat de fortes tensions se construit avec d'un côté les pros et de l'autre les anti-Morales. Partout dans le pays, des slogans "Democracia si, Dictatura no" que l'on peu traduire par "Démocratie oui, dictature non" se font entendre. Des deux côtes, les affrontements feront des dizaines de blessés. Chacun campe sur ses positions et ne semble pas prêt à faire de concessions.


La position Morales


Le président monte au créneau après quelques jours de fuite médiatique. Il appelle ses sympathisants à ne pas reconnaître la victoire du peuple. Axant son discours sur le fait que certains Boliviens s'enlisent dans le refus du vote indigène, dans la haine, le mépris et la discrimination, il espère rallier de nouvelles forces à lui.

Les violences se poursuivent malgré le fait que les deux camps prônent la volonté de protester de manière pacifique. Morales se retrouve rapidement confronté à deux scénarios : Soit il accepte la convocation de nouvelles élections ou le maintien d'un second tour, soit il se condamne à s'attirer les foudres de la moitié du pays.


Une contestation accentuée par des difficultés sociales


Dans les années 2000 à 2005, la Bolivie est marquée par des crises sociales récurrentes qui se traduisent par des violences lors de manifestations nationales.

Les boliviens choisissent le mode de la protestation pour montrer leur mécontentement face à l’inflation des prix entraînant de graves émeutes. Celles-ci causant 80 morts ainsi que 500 blessés. L’effet Morales sur l’économie bolivienne va engranger une nette amélioration des conditions sociales du pays. De nombreux projets sociaux vont être financés grâce à la nationalisation des hydrocarbures. Cela se reflète à travers le niveau de pauvreté du pays en net recul. Ainsi, selon l’ONU le niveau de la pauvreté extrême serait passé de 36,7 % en 2005 à 16,8 % 10 ans plus tard. La pauvreté modérée quant à elle est passée de 60 % à 36 % de la population.


De nombreux boliviens vantent le mérite de Morales d’avoir réussi à inverser la tendance d’un pays en déclin en un pays se développant grâce à une redistribution des richesses entre les différentes catégories de la population. De nombreuses réformes sociales se mettent en place notamment pour lutter contre la mortalité infantile, la désertion scolaire. Mais aussi en faveur de la gratuité des soins médicaux pour tous les boliviens.


Un pays marqué par une histoire sombre


Durant le XIXe siècle, la Bolivie est marquée par de fortes périodes d’instabilité politique rythmées par des coups d’Etat très fréquents et un puissant interventionnisme militaire sur le territoire. A l’ère du XXe siècle, la Bolivie va percevoir une lumière de démocratie avec la bipolarisation de deux partis : un parti libéral et un parti conservateur. La tenue d’élections est caractérisée par l’instauration d’un corps électoral toutefois très restreint. Cependant, la crise économique et le soulèvement du parti républicain en 1920 vont faire renaître un modèle plus dictatorial. Le mouvement nationaliste révolutionnaire des années 1950-1960 offre à la Bolivie une légère ouverture au monde avec un contact commercial avec les États-Unis. La période 1960-1980 est marquée par la succession de dictatures militaires.


Face à cela, on peut citer la guérilla armée de l’Armée de libération nationale de Bolivie menée par le révolutionnaire Che Guevara en 1966 pour faire face à la dictature et libérer le peuple bolivien de la pression du CIA et des États-Unis.



Jeanine Añes nommée présidente de la République de Bolivie par interim. © Le Point














Une démission surprise


Après l'appel grandissant de la rue, Evo Morales, décide donc de démissionner espérant calmer la population . Dans une allocution e l10 novembre dernier, il affirme son choix de quitter ses fonctions de président, qualifiant sa démarche comme le fait d'être poussé par un coup d'Etat. En effet, il a perdu le soutien de la police et de l'armée, ce qui l'a grandement affaibli. Il demande l'asile au Mexique, qui lui est rapidement accordée.

Une nouvelle présidente par intérim est donc nommée : il s'agit de Jeanine Añes. Seconde vice-président de la chambre du Sénat en Bolivie, elle prône la conduite de nouvelles élections présidentielles et législatives et assure que des sanctions seront prisent face à l'ancien président si celui-ci venait à revenir dans le pays.


Elle a donc promulgué le dimanche 25 novembre une loi, permettant l'organisation de nouvelles élections. Reste à voir si la mise en oeuvre de ce scrutin permettra d’apaiser les violences qui ont fait 32 morts en un mois.


Martin Buron-Brohand

Dorian Marchand

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