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  • Antonin Albert

Covid-19 : les stations de ski dans l’incertitude


Station de ski Les Arcs. ©France Montagne

La crise sanitaire actuelle pousse les stations de ski dans l’incertitude quant aux conditions d’ouverture pour le début de la saison. Les 350 stations de ski françaises redoutent le pire, sans pour autant se laisser abattre. Souplesse et adaptation sont de rigueur.



La saison avait pourtant bien commencé sur les glaciers français des Deux-Alpes et de Tignes. Mais l’allocution du président de la République vient marquer un point d’arrêt à 12 jours d’ouverture de pistes aux publics. Les glaciers des Deux-Alpes et de Tignes ont été obligé de fermer, alors qu’ils accueillaient de nombreux pratiquants. Frédéric Porte, directeur général de la station de Tignes, livre son premier ressenti : « sur ces vacances de Toussaint, on a eu droit à nos meilleures conditions d’enneigement depuis quatre ans et on a eu une fréquentation en hausse de 30 % par rapport à la même période en 2019.» Cette fermeture obligatoire touche ainsi toute les stations de ski.

Port du masque obligatoire sur les remontées mécaniques du glacier de Tignes. ©Andy Parant

Lorsque Emmanuel Macron a annoncé le reconfinement, la station de Val d’Isère (Savoie) avait par exemple déjà vendu 1.200 packs de son événement « Premières Traces », qui marque chaque année l’ouverture de sa saison début décembre. À la différence du premier confinement, cette fermeture n’intervient pas à la fin mais au début d’une saison, avec des impacts autrement plus complexes pour les sportifs et l’économie de la montagne.



Une situation économique préoccupante


Le secteur du tourisme de montagne pèse 10 à 11 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel. Cette économie est aujourd’hui menacée par la crise due à la Covid-19. Plus de 120 000 emplois dépendent de l’ouverture des stations de ski, « et on peut multiplier ce chiffre par deux ou trois en ajoutant tous les emplois indirects dans les vallées », détaille Jean-Luc Boch, président de France Montagnes.

Une forte incertitude pèse sur l’économie locale, qui ne sait pas comment appréhender ce début de saison. Beaucoup de professionnels s’attendent à des réservations de toute dernière minute : « si ça se passe comme cet été, nous avions des réservations le matin pour le soir même », raconte Luc Stelly, directeur de l’office du tourisme du Sancy (Puy-de-Dôme). Sans certitude sur la date de fin du confinement, beaucoup sont pessimistes quant à la tournure des évènements. « On espère au moins ouvrir pour les vacances de Noël et le jour de l’An, une semaine cruciale pour nous », souffle François Badjily, directeur d’Alpe d’Huez Tourisme (Isère), qui enregistre environ 1,5 million de nuitées chaque hiver.


Entre 6% et 9% des Français partent chaque hiver en séjour dans une station de ski. ©AdobeStock

Il faudra en tout cas compter sans les touristes étrangers, qui représentent en moyenne 28% de la clientèle des stations françaises. Par endroits, comme à Val Thorens (Savoie), on compte parfois jusqu’à 75% de touristes étrangers. Pour la station iséroise, « c’est un vrai défi, puisque nous avons l’habitude d’avoir davantage de clients anglais (42 %) que français (38 %) » note Armelle Solelhac, PDG de l’agence Switch.



Des mesures sanitaires inédites en station


Dans la mesure où les stations de ski seraient autorisées à ouvrir leurs pistes, cela ne se fera pas sans un protocole sanitaire strict. France Montagnes, association regroupant les principaux acteurs du tourisme de montagne en France, a prévu tout un arsenal de consignes, dont le masque obligatoire dans les remontées mécaniques et dans les files d’attente (voir vidéo ci-dessous). « On ne veut surtout pas faire n’importe quoi. Il n’y aurait rien de pire que d’ouvrir pour refermer car on n’aurait pas anticipé une recrudescence de l’épidémie », insiste le président de l’organisme Jean-Luc Boch. Certaines stations ont pris des mesures particulières, comme l’Alpe d’Huez, avec des « brigades Stop Covid » et un hôtel entier bloqué pour l’isolement d’éventuels cas positifs au Covid-19.




Une note d’optimisme


Malgré le climat anxiogène de cette incertitude, les 350 stations de ski françaises se montrent optimistes et continuent leur préparation de la saison à venir, bien qu’il soit difficile de savoir quand et comment il sera possible de dévaler les pistes des domaines français. Tony Parker, propriétaire de la station de ski de Villard-de-Lans (Isère), se montre plutôt confiant : « pour le moment, on est un peu dans le flou, on ne sait pas trop s’il va y avoir une saison ou pas. On reste positif et on espère quand même faire une bonne saison cette année. » Armelle Solelhac, PDG de l’agence Switch se veut rassurante : « Non seulement les gens ont besoin de grand air et d’un sentiment de liberté, ce que la montagne peut leur offrir, mais en plus l’équipement pour faire du ski est par nature idéal pour nous protéger ».

Il faut dire que les chiffres de cet été laissent présager une bonne saison hivernale : « D’habitude, on dépasse les 85% de réservations durant deux semaines l’été, là ça a duré cinq semaines », se félicite Luc Stelly pour le massif du Sancy. Même enthousiasme aux Rousses (Jura) qui n’avaient « pas connu d’aussi bon été depuis l’an 2000. » Alors les stations de ski ouvriront-elles pour les fêtes de fin d’année, et pourront-elles sauver leur saison ? Personne ne s’aventurera à donner une réponse hâtive sur le sujet. Du côté du gouvernement, la décision d'ouvrir ou non les stations de ski pour les vacances de Noël sera prise «dans les dix prochains jours», indique Matignon. Après les annonces du président de la République mardi soir, l'issue positive semble être de moins en moins imaginable pour ces stations.




Antonin Albert

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