ICJ23791418
  • Thomas Jau

Che Guevara, la face cachée d'un mythe



Véritable objet de culte, héros national, symbole de la libération des peuples et du communisme. Che Guevara restera comme l’une des plus grandes figures de son époque. Un cliché du Che est particulièrement resté dans la mémoire collective. Nous sommes le 5 mars 1960 et Alberto Korda, de son vrai nom Alberto Díaz Gutiérrez réalise très certainement la photo la plus marquante de sa carrière : Guerrillero Heroico.



Soixante ans nous séparent de ce cliché, pourtant ce dernier n’est pas tombé dans l’oubli et au moins en partie grâce à lui, le Che non plus. Guevara n’est pas un cas isolé de figure indépendantiste sud-américaine mystifiée. C’est même tout le contraire. L’Amérique et plus particulièrement l’Amérique du Sud a longtemps souffert d’un manque d’identité culturelle qu’elle soit nationale ou continentale. Et ce notamment à cause de la perte des cultures précolombiennes (Mayas, Incas et Aztèques pour les plus connues). Il n’est ainsi pas rare de voir des héros révolutionnaires représentés avec un drapeau national. Simón Bolívar, lui est devenu un mythe continental mais il n’a pas la renommée internationale du Che.



Une figure de la pop culture


Si le natif de Rosario, en Argentine, est aujourd’hui entré dans la pop culture, il le doit en grande partie à ce cliché de Korda. Reproduit, affiché, la photo est même modifiée en 1961 par Jim Fitzpatrick, un artiste irlandais.


Version iconique de Guerrillero Heroico par Fitzpatrick

Cette version restera néanmoins longtemps anecdotique, du moins jusqu’à la mort du Che. En effet, les ombres qui règnent autour du 9 octobre 1967 - jour de son exécution sommaire par l’armée bolivienne – ont élevé El Commandante au rang de martyr de la Révolution cubaine.


Cette date est aujourd’hui encore, dans de nombreux pays, célébrée au même titre qu’une fête religieuse. Mais le Che n’est pas simplement une figure "religieuse" faisant l'objet d'un culte, il est devenu un symbole international de la lutte des peuples. Et même au-delà, Ernesto Guevara représente la liberté et il n’est aujourd’hui pas rare de voir son image reprise à des fins publicitaires ou sur un t-shirt.



Intitulée "Let them rest in peace", cette campagne de la Miami AD School de São Paulo dénonce les abus d'utilisation de l'image du Che dans la publicité

"Carnicerito"


Déportations de masse, camps de travail forcé, camps de concentration, exécutions de masse… Il est fort probable que ces mots vous évoquent le régime nazi, beaucoup moins le Che.


Pourtant c’est bien le Che qui, sous le titre de commandant en chef de la prison de la Cabanã - forteresse en plein cœur de La Havane – dirigea de telles actions. Homosexuels, catholiques, policiers, militaires et opposants politiques y furent jugés par un tribunal révolutionnaire dirigé par El Commandante et responsable de centaines d’exécutions sommaires. De cette période, lui restera un surnom : Carnicerito, « le petit boucher » et ces mots, qu’il aura en 1964 devant les Nations Unies :

"Nous avons fusillé, nous fusillons et nous continuerons de fusiller autant qu'il le faudra"

Au total, 216 exécutions signées du Che sont documentées de 1957 à 1959. Pour la seule Cabanã, entre 55 et 105 exécutions seraient à attribuer au Che dont certaines de sa main même. Le nombre total de victimes d’exécutions du tribunal révolutionnaire reste inconnu et les estimations sont extrêmement floues, variant de 200 à plus de 700 victimes.


« Un culte que l’on porte à un assassin », Jacobo Machover


Bien qu’étant coupable des pires atrocités, le Che continue d’être célébré et glorifié.

De nombreuses voix s’indignent de ce qu’ils considèrent être la glorification d’un meurtrier. Jacobo Machover, écrivain cubain fait partie de ses voix. Avec son livre, La face cachée du Che, il entend rétablir « la vérité sur les écrits et les actions du Che et en finir avec le mythe qui a été développé depuis 50 ans ».


L’objectif des historiens, au-delà de vouloir faire tomber le masque du Che, est de montrer les vrais héros de la révolution cubaine - ceux qui ont rejeté les dérives autoritaires - en mémoire de ces martyrs oubliés et dont le bourreau est célébré dans le monde entier, pour certains jusque sur leur lieu de mort. Comme à Santa Clara ou se trouve le mausolée du Che et lieu de la bataille du même nom qui força le président Batista à fuir vers Saint Domingue (actuelle Haïti).

À Santa Clara, où se trouve son mausolée, 70 000 cubains se sont réunis le 9 Octobre 2017 pour célébrer les 50 ans de la mort du Che ©Yamil Lage AFP

Terroriste et héros révolutionnaire ?


Ici l’ordre a son importance, certes le Che est avant tout connu dans le monde comme étant un héros de la révolution cubaine mais ce Che est celui des images, celui mis en avant par le régime Castriste.

Mais il y a l’autre Che, celui des écrits. Écrits à sa mère dans lesquels il se dit « assoiffé de sang », écrits dans lesquels il se plongea, Mein Kampf en tête, duquel il gardera l’envie de créer un « homme nouveau ». Écrits aussi dans lesquels sans doute le premier, il théorisa le terrorisme comme étant une technique, une arme parmi tant d’autres, la violence n’ayant pour lui aucune limite tant que celle-ci lui permet d’obtenir ce qu’il souhaite.


Thomas Jau

78 vues

©2020 par Les Berges De L'Info.