ICJ23791418
 
  • enzoleanni

Birmanie : de la crise à la guerre ?

La Haute-commissaire de l'ONU, Michelle Bachelet, estime que la crise birmane actuelle peut rapidement se transformer en conflit généralisé. Pour éviter cela, elle demande aux Etats de faire pression sur la junte afin de stopper les faits de violations voire ceux qui pourraient être qualifiés de crimes contre l'humanité.


Les protestations continuent en Birmanie © Reuters

Le 1er février dernier, la junte réalise un coup d'Etat militaire chassant du pouvoir Aung San Suu Kyi, présidente de la ligue nationale pour la démocratie et prix Nobel de la paix en 1991. Depuis ce coup d'Etat, une grande répression s'opère au sein du pays d'Asie du Sud-Est. Elle aurait fait 710 morts, dont une cinquantaine d'enfants, et pas moins de 3000 arrestations. Le week-end dernier avait lieu le massacre de 82 personnes à Bago. Michelle Bachelet est très pessimiste sur le futur de la situation : "Il y a des échos clairs de la Syrie en 2011. Là aussi, nous avons vu des manifestations pacifiques accueillies par une force inutile et clairement disproportionnée. La répression brutale et persistante de l'État à l'encontre de son propre peuple a conduit certains individus à prendre les armes, suivi d'une spirale de violence dans tout le pays".



Une opposition qui sait se faire entendre


Du mardi 13 avril au vendredi 16 avril se tenaient des célébrations pour le Nouvel an bouddhiste. Alors que de nombreux Birmans avaient pour intention de boycotter ces jours de fête, ils les ont finalement transformés en théâtre de désobéissance civile. Des messages de lutte ont fleuri dans l'ensemble du pays. Ainsi pouvions-nous voir des pots de fleur où il était inscrit de ne jamais abandonner. "Même si c'est une période de festivités, nous ne nous amusons pas. Nous ne serons pas heureux tant que ce dictateur ne sera pas renversé et nous continuerons de nous révolter", a déclaré à l'AFP, sous couvert d'anonymat, un étudiant de Mandalay.

Les manifestants disent supporter le Comité pour représenter le Pyidaungsu Hluttaw (CRPH), synonyme d'un retour de la démocratie © AFP

Le pays composé de 135 ethnies différentes est souvent divisé au sein même de sa propre population. Or, depuis le 1er février, c'est un véritable consensus qui se crée pour accuser la répression militaire. France 24 écrivait d'ailleurs : "Avec le coup d'État, Bamars, Kachins, Chins, Shans ou Karens se sont cependant trouvé un ennemi commun : la Tatmadaw, l'armée birmane". De la même façon, les femmes se servent de ces mouvements d'opposition pour remettre en cause la culture patriarcale du pays. Elles ont, par exemple, tendu de longs pagnes à travers les rues afin que les militaires passent dessous. Il est alors nécessaire d'expliquer que dans l'imaginaire collectif birman, lorsqu'un homme passe sous un tissu féminin, il perd son hpon, synonyme de pouvoir.


Malgré ces vagues de contestation, la Birmanie continue de plonger dans une crise. Les tirs incessants et le sang abondant risquent d'aboutir sur une guerre généralisée. A l'image de la Syrie, pour reprendre l'exemple de Michelle Bachelet, la répression pourrait être plus forte que la lutte.


Enzo Leanni

20 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout