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  • Dorian Grangier

Bélarus : sous la dictature républicaine, la révolte

Mis à jour : oct. 1


Le drapeau du Bélarus indépendant, symbole de l'opposition à Loukachenko, brandi lors des manifestations à Minsk © LCI

Le 9 août dernier, Alexandre Loukachenko, président du Bélarus depuis 1994, a remporté l'élection présidentielle avec 80,2% des voix. Un résultat qui a plongé le pays dans une crise politique majeure.


Les élections présidentielles de la République du Bélarus, plus communément appelée Biélorussie, a fait bouillir de rage le peuple biélorusse. Un score fleuve, 80,23%, pour un président à la popularité discutable, Alexandre Loukachenko. Avant même l'annonce des résultats "officiels", des milliers de manifestants sont descendus dans les rues de la capitale, Minsk, pour clamer leur mécontentement.



La dernière dictature européenne


Le Bélarus est aujourd'hui considéré comme la dernière dictature en Europe géographique. Indépendant depuis l'éclatement de l'URSS en 1991, le pays a connu une très courte période démocratique jusqu'en 1994 et la première élection d'Alexandre Loukachenko. Ex-directeur de fermes collectives lors de la période soviétique, Loukachenko s'impose comme un ultra-conservateur et dicte une répression sévère dès le début de son mandat. Ce dernier instaure alors une nouvelle Constitution en 1996 qui lui donne de nombreux pouvoirs et restaure le drapeau de la Biélorussie soviétique. Parmi les nouvelles réformes, on peut citer l'augmentation de la durée des mandats de quatre à sept ans ou encore la possibilité pour le président de dissoudre le Parlement. En parallèle de cela, Loukachenko maintient des relations étroites avec la Russie, tout en gardant des services existant lors de la période soviétique, comme le KGB, police politique nationale. Depuis, il s'est fait réélire à chaque élection présidentielle, 2020 marquera le début de son sixième mandat. Cependant, les résultats sont à chaque fois contestés et accusés de fraude, Loukachenko engrangeant environ 80% des voix à chaque élection... et cette année ne déroge donc pas à la règle.


Le président biélorusse, Alexandre Loukachenko, à la sortie des urnes, à Minsk © AFP

Des manifestations récurrentes et violentes


Et comme chaque élection depuis 2001, de nombreuses manifestations inopinées se sont mises en place. Cette année, les premières manifestations ont commencé dès le mois de juin, et se sont amplifiées à l'approche de l'élection. Dès l'après-midi du 9 août, à quelques heures de l'annonce des résultats, des milliers de manifestants sont descendus dans la rue pour s'opposer à Loukachenko, l'issue du scrutin ne faisant aucun doute. Car face à lui, se dressait une opposante politique novice : Svetlana Tsikhanovskaïa. Propulsée à la tête de l'opposition suite à l'arrestation de Viktar Babaryka en juin dernier, cette professeure d'anglais de formation a dû se battre contre les attaques machistes et incessantes de son adversaire. Créditée de seulement 9,9% des voix malgré un fort support de la part du peuple biélorusse, Svetlana Tsikhanovskaïa a préféré fuir en Lituanie pour poursuivre son combat contre la dictature et mener l'opposition au pouvoir sans risquer l’emprisonnement.


Svetlana Tsikhanovskaïa devant les sympathisants à l'opposition contre Loukachenko © AP / Sergei Grits

Un combat qui continue encore aujourd'hui : au quatrième jour des manifestations, qui ont déjà fait au moins un mort et des centaines de blessés, chaque nuit ressemble à des scènes de guérilla urbaine. La police, présente en grand nombre, utilise des techniques répressives et violentes pour disperser les manifestants. Entre arrestations par la force, utilisation de gaz lacrymogènes et grenades explosives, la violence connait une escalade rapide. Selon Ales Bialiatski, présidente de l'ONG de défense des droits humains Viasna, la force a été utilisée de manière "disproportionnée" par la police.



Quelle réaction suite à cette crise ?


À l'international, de nombreux pays occidentaux ont vivement critiqué les résultats de l'élection et remettent en cause son intégrité. Les pays de l'Union Européenne ainsi que les États-Unis se sont montrés "gravement préoccupés" par la situation actuelle au Bélarus. De l'autre côté, les pays proches de la Biélorussie et de l'idéologie communiste ont félicité le président Loukachenko, comme la Russie, la Chine ou encore le Vénézuela.

L'issue de cette crise semble cependant inévitable : à cause de la répression forte du pouvoir exécutif, de la police et de l'armée qui font loi dans les rues de Minsk, l'opposition se retrouve muselée de toute part au Bélarus. Loukachenko accentue de plus en plus cette répression par des mesures fortes, comme le blocage de nombreux sites Internet depuis ce lundi 10 août. Mais les grandes manifestations marquent un fort désaveu pour le président biélorusse qui, à l'approche de ses 66 ans, voit son peuple se révolter une nouvelle fois encore, de manière plus forte à chaque fois. Jusqu'à, peut-être, une révolution ? L'opposition se prend à rêver...


Dorian Grangier

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