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Agriculture en Inde : le « cœur et l’âme » du pays menacés

En Inde, alors que la colère monte depuis des semaines chez les syndicats agricoles, les paysans manifestent depuis une vingtaine de jours et envahissent la capitale. Le 20 septembre, trois réformes qui menaceraient les prix de vente de leurs produits ont été votées.

Des agriculteurs bloquent une route nationale dans l’Etat du nord du Punjab, en Inde, Adnan Abidi, Reuters.


Nombreux sont les agriculteurs ayant pris leur tracteur et autre engin agricole pour se rendre à New Delhi, et bloquer les routes depuis fin novembre. Venus principalement des États du Pendjab, de l’Uttar Pradesh et de l’Haryana, les régions où la production agricole est la plus élevée en Inde, ils attendent de la part du gouvernement, une abrogation des trois nouvelles lois agricoles. Les syndicats agricoles s’y opposent depuis leur adoption, mais rien y fait, le gouvernement de Modi ne souhaite pas faire marche arrière. Les forces de police ont fait face aux manifestants avec des blocus et l’utilisation de canons à eau, de gaz lacrymogènes ou encore de matraques, pour empêcher l’entrée dans la capitale. Mais cela n’a pas arrêté les opposants. Beaucoup dorment sur place, dans des camps de fortune ou dans leur véhicule à l’entrée de la ville et n’entendent pas partir de sitôt. Shiv Kumar Kakka, agriculteur s’est exprimé : « Les agences gouvernementales empêchent les agriculteurs d’atteindre Delhi, mais la protestation se poursuivra jusqu’à ce que leurs revendications soient satisfaites. Notre position est claire, nous voulons que les trois lois agricoles soient abrogées ». Et si des échanges ont été opérés entre le Gouvernement et des syndicats, aucune entente n’est pour l’heure annoncée. Pourquoi ces lois soulèvent tant de contestations ?


Les agriculteurs, en vendant leurs produits, notamment le blé, le soja, ou encore le riz, sur les marchés appelés les « mandis », régulés par l’Etat, bénéficient « d’un prix minimum garanti par le gouvernement […], ainsi que des plafonds de prix sur les produits essentiels ». Ces mesures leur garantissent des revenus stables tout au long de l’année, dans un pays où le secteur agricole représente 60% de la part des travailleurs et environ 15% du PIB national. Mais nombre d’entre eux redoutent les nouvelles mesures prises par le gouvernement, leur permettant notamment de vendre leurs produits à des entreprises privées mais sans garantie de prix minimaux. Ce sont eux qui fixeront leurs prix et choisiront leurs acheteurs. Beaucoup craignent justement que les grandes entreprises favorisent la baisse des prix, et la non-négociation, « alors [qu’ils pouvaient] vendre à des prix plus élevés si la demande [était là], à l’inverse, ils pourraient avoir du mal à atteindre le prix minimal les années où l’offre est trop importante sur le marché ». Mais le gouvernement dément ces accusations : le Ministre de l’agriculture affirme que « la réforme va permettre aux paysans d’augmenter leurs revenus » et Narendra Modi, lui affirme que « les nouvelles réformes agricoles [vont offrir] aux agriculteurs de nouvelles opportunités ». Ces mesures sont une contrainte de plus, dans un pays où les conditions (sécheresse, manque d’eau, mécanisation peu développée, rendements faibles…) sont déjà difficiles, où des milliers d’hommes se sont donnés la mort et où d’autres peinent à vivre correctement tous les jours.


Une crise mondiale ?



En 2019, selon les chiffres du ministère de l’agriculture et de l’alimentation indien, le pays possédait « la 2e surface agricole au monde » et nourrissait « 17 % de la population mondiale ». Il est aussi le « 1er exportateur de riz, de viande bovine et d’épices ». Ces chiffres montrent l’importance du marché agricole indien dans le monde et beaucoup d’étrangers affichent leur soutien aux opposants. Le 5 novembre, à Toronto, des centaines de personnes sont sorties dans la rue brandissant des slogans comme « We stand with Farmers » (nous sommes solidaires des agriculteurs) et ce dimanche, environ 400 personnes manifestaient devant le Parlement européen de Bruxelles. Ce soutien se reflète aussi aux Pays-Bas, aux USA ou encore en Angleterre. Une femme dont les parents et grands-parents « ont vécu tant de difficultés et ont maintenu la culture agricole vivante dans nos familles pour subvenir à nos besoins » et qui manifeste depuis New York a déclaré : « Même si vous ne ressentez pas de lien personnel avec l’Inde ou les agriculteurs, comme beaucoup d’entre nous, […] vous devriez vous préoccuper de l’exploitation des personnes qui vous nourrissent tous les jours ». Ce n’est donc plus seulement l’Inde qui est affectée par cette réforme, mais une grande partie du monde.


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