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  • Loïs Patton

Afrique : des élections cruciales pour la démocratie

Mis à jour : nov. 11


John Mahama et Nana Akufo-Addo respectivement de gauche à droite. Photo : Democracy in Africa

Cette année, cinq scrutins présidentiels se tiennent en Afrique de l’Ouest. L’occasion de se tourner vers davantage de démocratie.


Les élections qui se tiennent cette année sont « cinq élections aux enjeux élevés », a rappelé Mohammed Ibn Chambas, Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel, aux membres du Conseil de sécurité en juillet dernier. Les habitants du Burkina Faso, du Ghana et du Niger vont en effet se rendre aux urnes en novembre et décembre de cette année.


Sur le continent africain, les démocraties sont encore peu nombreuses. Carte : Le Monde Diplomatique

Après des résultats contestés ce 18 octobre en Guinée, où le président sortant, Alpha Condé, l’a emporté avec 59,49% des voix et des manifestations de grande envergure en Côte d’Ivoire, l’Organisation des Nations Unies espère que la démocratie s’imposera dans le secteur avec les élections à venir. Actuellement, soixante-trois territoires africains se revendiquent de leur statut de nation tandis que seulement cinquante-cinq sont représentés à l’ONU. Et des tensions politiques animent ces états, car si quatorze d’entre eux sont considérés comme « démocratiques » par l’ONU, les quarante et un restants sont encore gouvernés par des régimes autoritaires ou dictatoriaux.



Pourtant en 2019, un espoir était apparu sur le continent, lorsque seize pays s’étaient rapprochés des fondements démocratiques. L’Algérie passait alors du statut de « régime autoritaire » à celui de « démocratie hybride » et le Soudan améliorait son régime politique, gagnant ainsi huit places au classement des démocraties du monde. Mais malgré cette ouverture, la même année, vingt-quatre autres pays ont régressé politiquement. Une situation « due à la dégradation du processus électoral et du pluralisme politique dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne » selon l’entreprise d’analyse financières britannique Economist Intelligence Unit. La situation politique en Afrique est en déclin depuis ces dernières années et M. Chambas voit dans ces élections « une opportunité de consolider la démocratie dans ces pays. »


Novembre, un mois décisif pour le Burkina Faso…

Le Burkina Faso est un pays ouest-africain. Carte : RFI

Le Burkina Faso a connu de nombreux bouleversements politiques au cours de ces dernières décennies. Le peuple burkinabé s’est notamment soulevé en 2014 contre l’ex-président Blaise Compaoré, qui menait une politique autoritaire.


Le président sortant élu en 2015, Roch Marc Christian Kaboré est en lice pour un second mandat. Le chef de file du parti de centre gauche Mouvement du Peuple pour le Progrès espère remporter les élections face à l’ex-premier ministre de Blaise Compaoré, Kadré Désiré Ouédraogo qui s’affirme dans une gouvernance plus stricte. Les Nations-Unies attendent beaucoup de ces élections qui pourraient, si les Burkinabés le décident, replonger le pays dans l’autoritarisme…


Les habitants du pays se sont déjà réuni pour critiquer le pouvoir en place. La situation est complexe puisqu’un grand nombre de Burkinabés se trouvent dans l’obligation de quitter leur domicile. Les aides au logements sont en effet trop faibles : « Au Burkina Faso, en juin, plus de 921.000 personnes ont été contraintes de fuir leurs maisons, soit une augmentation de 92% par rapport à fin 2019 », déplorait le représentant spécial.



Elections au Ghana : Akufo-Addo ou Mahama ?


Au Ghana, le président sortant, Nana Akufo-Addo, qui appartient au Nouveau Parti Patriotique, un parti de centre droit, affrontera le 7 décembre prochain John Mahama, le candidat plus progressiste du Congrès National Démocratique. Mais le conseil de sécurité de l’ONU a mis en garde les autorités locales, car les fraudes électorales persistent et la nécessité de fonder une démocratie stable dans la région est primordiale.



Niger : la démocratie restera t-elle en place ?


Au Niger, Mahamadou Issoufou, lauréat du Prix Mo Ibrahim, prix récompensant la bonne gouvernance démocratique, ne se représente pas aux élections. Il a effectivement réalisé les deux mandats qui lui sont autorisés et laisse quatre candidats se disputer la présidence.


Mohamed Bazoum succède au président sortant en tant que candidat du Parti Nigérien pour la Démocratie et le Socialisme. Face à lui, Seyni Oumarou et Hama Amadou représenteront les partis plus conservateurs du Mouvement National pour la Société du Développement et du Moden Fa. Enfin, Salou Djibo, général de corps d’armée, figurera comme quatrième candidat. Le militaire s’était emparé du pouvoir en dirigeant un coup d’état le 18 février 2010. Il était resté au pouvoir jusqu’en 2011.


Le Général Salou Djibo, candidat à l'élection présidentielle 2020. Photo : Jeune Afrique

L’avenir démocratique d’une partie de l’Afrique est donc remis en question en cette fin d’année 2020. La situation est tout particulièrement critique au Burkina Faso et au Niger qui sont confrontés à des problèmes sécuritaires croissants. Chambas rappelle que « les attaques par des extrémistes violents et les violences intercommunautaires ont continué de miner la paix et la sécurité dans la région. »



Loïs PATTON




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